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Que voyons-nous ?
Que voulons-nous vivre ?
Que pouvons-nous faire ?
« La famille est plébiscitée comme une valeur refuge
prioritaire dans tous les sondages. (…) Mais, en
même temps, nous constatons que la famille est
fortement contestée de toutes parts. Elle est
contestée dans la vie pratique par l’instabilité des
couples qui s’unissent et se désunissent ; par la
constitution de foyers de fait entre des personnes
qui ne souhaitent pas s’engager définitivement l’une
envers l’autre ; par l’appartenance des jeunes à
plusieurs foyers, dans ce que l’on appelle des
"familles recomposées" ; par les offensives pour
légitimer des unions homosexuelles ; par
l’affaiblissement continu de la politique familiale, etc.
De même, beaucoup de nos contemporains
souhaitent avoir une descendance. On va jusqu’à
dire que le désir d’enfant donne un "droit à l’enfant".
Mais on voit en même temps que cette attitude
n’aide pas à assumer le fait que les enfants
grandissent et deviennent des adolescents, avec leurs
désirs et leur agressivité. On peine à formuler les
repères éducatifs et à prendre les moyens d’assurer
les conditions d’une éducation sereine : stabilité du
couple parental, ouverture de la famille au service
des autres, références morales, etc.
La Révélation nous apprend ce à quoi nous sommes
appelés au plus profond de notre être : AIMER. Ce
« métier de l’homme », Dieu nous en montre le chemin et
l’accomplissement parfait, en Jésus-Christ.
1. Décider que sa famille soit une école d’amour
C'est-à-dire un lieu où l’on apprenne à se recevoir :
comme époux et épouse, comme garçon ou fille, comme
petit ou grand, avec tel tempérament ou caractère. Au
milieu de la culture unisexe et en dépit de la promotion
d’une théorie qui voudrait remplacer l’identité sexuelle
par l’orientation sexuelle (gender), on peut assumer
sereinement une éducation fondée sur la nature de la
réalité familiale que la Révélation chrétienne confirme et
approfondit.
Devant ce tableau contrasté (…), les chrétiens sont
souvent troublés. Ils risquent de succomber à
l’impression qu’il n’y a rien à faire, comme si nous
étions devant une fatalité. Ils se sentent pris dans
l’alternative de se laisser emporter dans les mœurs
que la société promeut sans vergogne ou de se
réfugier dans un îlot de résistance voué à l’ignorance
des autres ou à leur incompréhension. Faut-il que
nous soyons simplement des gens qui font « comme
tout le monde » ou les adeptes d’une contre-culture
qui nous coupe de notre environnement ? La sagesse
chrétienne est-elle seulement à notre usage ou estelle destinée à toute l’humanité ? »
Cardinal André Vingt-Trois,
La famille et la jeunesse : une espérance !
1. L’homme à l’image de Dieu
Le récit de la Genèse révèle l’identité intime de l’homme,
son origine et sa destinée : « Dieu créa l’être humain à son
image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il le créa »
(1,27). La complémentarité homme-femme, sans laquelle
le monde ne serait pas viable, participe donc en premier à
cette ressemblance singulière qui place l’homme au
sommet du cosmos. A la façon des Personnes divines qui
se donnent et se reçoivent éternellement et parfaitement,
l’homme apprend à aimer, dans le temps, découvrant la
"nécessité" de l’autre et sa merveilleuse complémentarité.
2. Se quitter pour se recevoir
Le petit d’homme qui naît dans une famille naturelle a de
la chance : cette petite société sera sa première « école de
l’amour ». La complémentarité de papa et de maman,
l’apprentissage de la fraternité, de l’amitié et du service
préparent son cœur à aimer. Viendra le jour où l’appel à
un don total se fera sentir. « L’homme quitte son père et sa
mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair » (Gn
2,24). « Aimer c’est tout donner » dit Sainte Thérèse de
l’Enfant-Jésus, et tout donner… c'est se quitter.
3. Se recevoir pour se donner
Si l’autonomisation de l’enfant et de l’adolescent est un
travail très progressif, la soudaineté de l’expérience
amoureuse appelle un discernement qu’il faut bien
comprendre. La vie est unique et souvent courte : on ne
badine pas avec l’amour. Le temps des fiançailles est celui
d’une connaissance mutuelle qui donne priorité au cœur.
Le mot « respect » vient du latin re-spicere qu’on pourrait
traduire « contempler avec distance ». Il faut du temps et
de l’espace avant de se donner pleinement ; et donner
mon corps, c’est donner le tout de moi-même. Le
mariage dispose au don total propre aux époux. À moins
que le Seigneur appelle à une consécration plus radicale :
se livrer à Dieu tout entier en son corps pour être donné
à tous. Mariage et célibat sont deux états de vie correspondant à deux vocations fondamentales où l’homme
peut faire l’expérience de la joie du don, dans l’Amour.
2. Apprendre à se donner
La famille est le lieu où l’amour peut être vécu de manière
gratuite, inconditionnelle et miséricordieuse. Mais dans la
logique de marché, l’amour court le risque de se voir
réduit à un bien à consommer parmi d’autres. Sommés de
jouer à l’amour le plus vite possible et tentés d’escamoter
son véritable apprentissage, les adolescents ont besoin de
beaucoup de courage pour donner priorité à
l’apprentissage du service, de l’amitié et de la fidélité.
Mais quel temps gagné pour le long terme ! Sur ces bases
solides, l’amour humain saura fleurir et durer. Où sont
aujourd’hui les lieux où ces expériences sont encore
possibles ? La culture, il faut la construire et non la subir.
Je peux délibérément choisir de vivre de véritables
amitiés, de vraies fiançailles, une fidélité conjugale réelle,
même blessée, un don de soi à portée universelle.
3. Vouloir s’accepter
Après le temps de la découverte et celui du don (mariage
ou célibat consacré), on pourrait croire que "tout est
accompli", qu’il suffit de se laisser mûrir dans l’accueil de
l’autre… Mais un troisième âge pointe déjà, nous
découvrant un nouveau chemin de progression dans
l’amour. Il s’agit de se réconcilier avec son histoire
personnelle, conjugale et familiale. « Il est plus facile qu’on le
croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était
mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soimême, comme n’importe quel membre souffrant de Jésus-Christ »
(Bernanos). S’accepter enfin, accepter son histoire de
famille avec ses grandeurs et ses misères…
Une vraie décision pourrait inaugurer cette œuvre de
l’Esprit Saint.