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Feuilleton du S t é p h a n o l s
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21 Décemb.
139 -
MEMOIRES
DU
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DIABLE
.
PAR
« — Oh t m o n Diau, m o n Dieu ! m'écriai-je e n fondant en l a r m e s , protegez-
°<L Qu'as-tu donc, L o u i s e ? P o u r q u o i
ne réponds-tu p a s ? Mais qu'as-tu donc ?
«
Oh f ne m e demandez rien mon
itère ; m a i s p a r grâce, par pitié, ne m a n gez rien, ne buvez rien que j e ne vous le
m
pr
r — 'Louise!
e
C
L o u i s e ! tu es folle.
Songes-tu à la.gravité de les paroles ?
„ _~ E c o u t e z , mon p i ' r o , écoutez 1
V o u s pouvient-il de cette soirée terrible
où G u i l ù i u m e vous força d'envoyer votre set m e n t ?
« — Oui.
'
'. , . .
« — E h bien 1 voila ce que je lui ai
e n t e n d u d i r e , lorsqu'il sortit d a v e c
" j é ' l u i répétai les paroles de Guill a u m e et celles de M. Carin. J e lui exDl a u a i c o m m e n t j ' a v a i s été epouvan ea
Se t o u t e s ces i m p r u d e n c e s auxquelles
o n le p o u s s a i t .
V 0
« J e lui dis p o u r q u o i j e m'étais ainsi
placée sans cesse à côté qe l u i . J e lui dis
t o u t , enfin. L'exaspération de m o n père
fut au comble. 11 ne p a r l a i t que de v e n geance. Il m ' o r d o n n a u n siience complet
a l'égard de G u i l l a u m e .
« — Il ne se tiendra p a s p o u r b a t t u ,
m e dit il ; il recommencera, et, u n e fois
q u e j ' a u r a i en main les preuves de Son
c r i m e , ce sera mon t o u r de le faire obéir.
« J e m e s u i s servi du m o t exaspération p o u r v o u s peindre la colère de mon
p è r e , parce qu'à vrai d i r e il n ' y e u t en
lui ni é t o n n e m e n t ni i n d i g n a t i o n . ' ,
Sa seule pensée fut de r e n d r e le m a l
p o u r le m a l , et de profiter de, ce qu'il
venait d'apprendre.
t
* .
J'avais sauvé mon père, m a i s ce fut
p o u r le voir tendre i n c e s s a m m e n t u n
piège à mon m a r i . U voulait le perdre.
Que vous dirai-je? Le l e n d e m a i n de
cette scène, mon père accueillit Guill a u m e avec des remerciements pleins de
b o n h o m i e s u r son i n q u i é t u d e de l a
veille.
J e fus blâmée de fermer Une porte qui
devait rester ouverte à un si bon gendre
la n u i t et le j o u r . Mais G u i l l a u m e d e vina le piège,'au petrt-(Hre n'etitril pas
besoin de cette perspicacité ; peut-être,
pendant que j e l'accusais, était-il derrière cette porte qui lui était m a i n t e n a n t
ouverte, m a i s qu'il ne- voulait pas
franchir.
Mon père, p o u r laisser à G u i l l a u m e
la liberté d'une nouvelle tentative,
exigea que j e quittasse son appartement.
J'obéis.
J'étais lasse d e tant d ' h o r r e u r s ; mon
cœur et m a tête ne suffisaient p l u s a u x
t e r r e u i s dont j ' é t a i s assiégée. T o u s les
m a t i n s j e m'attendais ou à apprendre
que m o n père était mort, ou à voir notre
'
iriaison envahie p a r des m a g i s t r a t s a p - . — D e m a n d e - l é à la justice."
. — C o m m e n t peut-elle le savoir ? r e pelés contre m o n m a r i .
Rien de cela n ' a r r i v a , et, h u i t j o u r s partit Luizzi.
—• E n s'adressant à celui qui sait t o u t ,
a p r è s , mon père, r a s s u r é sur, le compte
toi, S a t a n , n ' e s t - c e p a s ? E h bien I
de G u i l l a u m e , me disait que j ' é t a i s u n e .
folle dont l'imagination avait b â t i , d e . dis-moi la vérité.
l u g u b r e s histoires. * .
. *
— Çon J fit le Diable en sifflotant, t u
« Il semble, E d o u a r d , que mon m a l h e u r dirais' que j e calomnie la société. Mais
ne p û t aller au delà de cette e x t r é m i t é . n'as-Au r i e n deviné d a n s cette histoire ?
Détrompez-vous I ce mot folle, q u e mon
—r J'ai deviné q u e - p r o b a b l e m e n t £ a i
père m'avait dit en s o u r i a n t , m o n m a r i d o r m i les vingt mois que j e t'ai livrés.
me. l'appliqua s é r i e u s e m e n t . J e ^ f u s
— I l y a dea j o u r s où te^es intellilivrée à des médecins, à q u i il osa dire gent. ,.
, ,, .
. •- t
. !
t o u t ce que j ' a v a i s pensé c o n t r e l u i
t— Et, p e n d a n t ce t e m p s , il s'est fait
c o m m e u n e preuve de cette folie. On u n e r é v o l u t i o n ? • - « '
*
plaignit l'infortuné m a r i d'avoir u n e pa*
—
C'est-à-dire
u
n
e
drôle
de*
comédie.'
reille femme, et j e fus s o u m i s e à u n e .
— J e pense que ,tu me l a raconteras^
surveillance de toutes les h e u r e s . D e u x
m o i s après, et l o r s q u e la loi q u i abolis- car j e he p u i s rentrer d a n s le m o n d e
sans connaître les détails d'un événement
s a i t l'hérédité de la pairie fui votée,
" ••<•—*
'
»
m o n père m o u r u t . G u i l l a u m e vint m e si i m p o r t a n t .
—
T
u
m
'
e
a
d
e
m
a
n
d
e
s
beaucoup
: des
l'annoncer, et, d a n s mon indignation, j e
ne p u s m ' e m p ê c h e r de m'écrier : , , , $ p a r v e n u s ' p l u s i m p e r t i n e n t s que ceux
qu'ils ont r e m p l a c é s , des servilités p l u s
« — C'est trop tard, n'est-ce p a s ?
basses q u e celles qu'on se faisait hon* Le médecin était présent et il dit
n e u r de m é p r i s e r , des oppositions d é t o u t bas :
'
sordonnées de la p a r t des h o m m e s q u i
« —- C'est u n e idée fixe. ". '
'
avaient c o n d a m n é toute opposition, les
« H u i t j o u r s après j ' é t a i s d a n s h n ë m ê m e s fautes, les m ê m e s c r i m e s , les
m a i s o n de s a n t é ; c'est Celle d'où j e v o u s m ê m e s sottises, avec u n e autre livrée I
écris, E d o u a r d , c'est celle que j ' h a b i t e voilà tout.
'
.
.
depuis un a n et où j e m o u r r a i bientôt, si
—
J
e
v
e
u
x
les
savoir.
,.
vous ne parvenez à m'en arracher. »
—
E
h
b
i
e
n
!
peut-être
te
les
dirai-je,
si
Le m a n u s c r i t était fini, et le Diable
la
tâche
q
u
i
te
reste
à
r
e
m
p
l
i
r
te
laisse,
était debout devant le baron.
le t e m p s de m ' e n t e n d r e .
— Où sommesTnous donc ? s'écria.
— Q u e l l e est donc cette t â c h e ? • ^
Luizzi.
••
• ' — H e n r i e t t e B u r é est ici, et sa s œ u r ,
— Dans u n e maison de fous, reprit' lè
Diable. .
f.
*
':'' " cotte j e u n e fille, que t u as s u e chez m a •'. — E t cette femme qui d o r m a i t ? - • * d a m e Dilois, se m e u r t d a n s la misère*
.- — Il faut l e s sauver,
•: . / :• •
— C'est m a d a m e de Carin.
'
— Soit. Sortons d'abord d'ici, S u i — Mais est-elle folle ? reprit Luizzi. '
— Demande-le a u x m é d e c i n s .
, 1 , m o i . . . E t le Diable.marcha d e v a n t , ' - - — Son m a r i a-t-il tenté t o u s ces
! 1'.
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SŒUR DE C H A R I T É . '
J Une scène de Chouans
I l s'agissait d e s'enfuir d e cette m a i s o n
'de fous, et Luizzi s u i v i t le Diable. T a n t
qu'ils m a r c h è r e n t d a n s cette i m m e n s e
"demeure, t o u t alla le m i e u x du m o n d e :
les portes et, les m u r s s'ouvfaient devant
Satan p o u r l u i faire u n passage facile,
et* Luizzi se glissait p r e s t e m e n t après
lui. Mais, dès q u ' i l s furent en rasa campagne, le b a r o n eut grand'peine à suivre
son guide infernal.
L a . n u i t était t o u t à fait noire ; u n vent
violent c h a s s a i t sur, le visage d ' A r m a n d
u n e pluie glacée et continue. La terre du
e h e m i n , détrempée p a r cette pluie, s'attachait a u x s o u l i e r s d u baron et le faisait marcher s u r des espèces de p a t i n s
de, b o u e , j u s q u ' a u m o m e n t où la b o u e
•emportait à son t o u r les souliers et laiss a i t notre a m i u n pied en l'air et q u ê t a n t
de l'orteil sa c h a u s s u r e d a n s l'obscurité.
Q u a n t à S a t a a , il allait avec a u t a n t
d'aisance s u r ce t e r r a i n fangeux q u e s'il
e û t marché s u r . des c h a r b o n s ardents,macadamisage ordinaire de son empire. • - • • '*
- Il s'arrêtait silencieusement t o u t e s
les fois q u ' A r m a n d s'arrêtait en j u r a n t
e o m m e un d a m n é , et il attendait p a t i e m m e n t que celui-ci",3e fût r e c h a u s s é . .
Ils étaient en ce m o m e n t -dans u n
chemin étroit, bordé des- d e u x côtés de*
h a u t e s levées d e terre «ourô&né de h a i e s
impénétrables»' •*
— j e
De loin, eh loin de g r a n d s chênes ou
des d r m e s ' centenaires s'élevaient du,
milieu de'ces haies et étendaient l e u r s
b r a s i m m e n s e s s u r ce chemin étroit q u ' i l s
couvraient d a n s t o u ' e sa l a r g e u r e n &1~
h n t s'appuyer^ s u r les haies opposées.
* Comme ur*e, f * " ! ® de cavaliers aé*
j
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r i e n s lancés a u galop, le v e n t passait
t o u t d'un t r a i t à t r a v e r s ces a r b r e s et
ces h a i e s , criant, h u r l a n t e t e m p o r t a n t
avec l u i des n u é e s de feuilles q u i s e m blaient dans- la. n u i t u n vol oyoiseaux'
f u y a n t à tire-d'aile.
P u i s t o u t à c o u p , c o m m e si ces escad r o n s i n v i s i b l e s e n e u s s e n t r e n c o n t r é de;
p l u s p u i s s a n t s , i l s s ' a r r ê t a i e n t et parais-s a i e n t se b r i s e r .
On les e n t e n d a i t r e c a l e r et revenir p a r
raffales inégales et p l a i n t i v e s ; les feuilles dispersées r e p a s s a i e n t e n t o u r b i l l o n n a n t et s'abattaient ça et l à s u r la terreh u m i d e , pareilles à u n e b a n d e de p a s s e r e a u x q u ' o n t d i s p e r s é e e t d é c i m é e lesp l o m b s éparpillés d ' u n Coup de fusil.
A l o i s t o u s les g r a n d s b r u i t s se taisaient u n m o m e n t p o u r J'aisser e n t e n d r e
les m u r m u r e s de l a . ' p l u i e t o m b a n t suit e s a r b r e s l e cri l u g u b r e d ' u n e chouette
et le chant l o i n t a j n d ' u n coq.
L orage r e p r e n a i t e n s u i t e , allant, ven a n t , l u t t a n t , f r a p p a n t de g r a n d s coupss o u r d s e t p o u s s a n t d e a sifflements a w
gus : n o n p a s u n de ces orages b o u i i *
l a n t s et s u p e r b e s q u e s i l l o n n e n t de p u i s s a n t s éclairs, q u i , p a r l e n t m a j e s t u e u s e m e n t p a r de g r a n d s éclats de foudre, q u i
j e t t e n t d a n s l ' â m e line sainte t e r r e u r
p l e i n e d ' a d m i r a t i o n , a u x q u e l s on s'expose, tête n u e , pow> s ' i m p r é g n e r de
leurs chaudes émanations, et respirer
l e u r a t m o s p h è r e électrique ; m a i s un de
ces- n o i r s orages q u i .serrent le corps d£ <••
ttoid et. le c œ u r de t r i s t e s s e , a u x q u e l s '
on f e r m e s o i g n e u s e m e n t s a fenêtre et sa-,
porte p o u r s'accoter a u «oin de l'âtre quia '
b r û l e ou se rouler d a u s les c o u v e r t u r e ^ .
de son lit. •
.
^ C e p e n d a n t L u i z z i s u i v a i t " t o i i ù m « 1&
Diabla, e t i l a v a i t assez de le
p o u r ne pas l'interroger, .
1
(
A
éupjre)