Download Dossier STAGE- Boursier-Mougenot
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5 chaque changement de plan, à chaque incursion visuelle dans le cadre. Ça grésille, ça crépite, ça stridule, ça vrombit… La bande-son originale, ignorée, est remplacée par ces chocs sonores, indices révélateurs d’un changement dans l’image. La transduction de signal désigne un processus par lequel on convertit un type de signal ou de stimulus en un autre type : ici, elle est basée sur un principe technique qui permet d’écouter le son produit par les constituants de l’image. La sortie vidéo connectée à l’entrée d’un amplificateur audio produit un bourdonnement continu : elle génère un « drone » qui est modulé, en fonction de la quantité de luminosité, de la vitesse et de la taille des objets qui traversent le cadre Le terme de drone music fut utilisé dès 1958 pour décrire des musiques ethniques ou spirituelles contenant des bourdons (des sons, notes et clusters maintenus ou répétés) caractérisées par de longues plages musicales présentant peu de variations harmoniques et dont le rythme ne varie pas ou très lentement. Le drone ethnique existe dans de nombreuses parties du monde, comme dans le gagaku japonais, le pibroch écossais, le didgeridoo australien ou la musique hindoustanie (accompagnée quasi-invariablement par un tampoura, un instrument utilisé exclusivement comme bourdon). La Monte Young décrit son Trio for Strings (1958) comme « la première œuvre, dans l'histoire de la musique, complètement composée de longues tonalités maintenues et de silences ». Parmi les musiciens ou groupes ayant exploré le drone depuis les années 1960, on peut, entre autres, citer son Theater of Eternal Music, Charlemagne Palestine, Éliane Radigue, Jacques Thollot, Klaus Schulze, Tangerine Dream, Robert Fripp et Brian Eno. Le spectateur, passée sa première réaction de stupeur, ressent un plaisir légitime à observer la vacuité des gesticulations, à identifier ces revenants (dans tous les sens du terme) médiatiques qui s'adonnent si naturellement à la « conspiration » cathodique. En zappant, en scrutant et en reliant ces bribes disparates et lacunaires, il est conduit à actualiser son regard sur un des asservissements planétaires de notre époque. Si le titre de l’œuvre fait étonnamment écho à celui d’un film de David Cronenberg, réalisé en 1983 (Videodrome5), le sens sous-jacent (l’inintelligibilité de ce qu’on regarde) renvoie aux multiples études scientifiques tendant à démontrer les effets néfastes de la télévision sur le fonctionnement cérébral. extension Prototype, technique mixte, dimensions variables, 2014. Projection, dispositif de traitement et de diffusion audio. Liseuse, modèle dune de smarin, dessinée par Stéphanie Marin Collection de l’artiste Crédit photographique Cédrick Eymenier Les images apparaissant sur l’écran du téléviseur de zombiedrones sont simultanément diffusées dans la salle sombre adjacente. Un mur entier sert d’écran à la vidéoprojection, le visiteur peut s’étendre sur la liseuse disposée dans l’angle droit de la pièce. Sa posture n’est donc pas anodine car le siège l’invite littéralement à se relaxer… 5 Le visionnage d’un mystérieux programme-pirate dénommé Vidéodrome provoque peu à peu des hallucinations et autres altérations physiques. La frontière entre réalité et univers télévisuel devient bien mince et la folie guette… V. Boubekeur – E. Goupy / Stage de Formation continue / ESPE académie de Toulouse