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Préambule L’article 3 de la « Déclaration Universelle des droits de l’homme » publiée en 1948 précise que « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ». 1 Le mot sûreté est dérivé du latin securus et désigne une « garantie de préservation de l’intégrité physique », ou ce qui est sûr au sens de certain et de certitude. Qui assure la sûreté des nations en 2010 ? De multiples acteurs publics et privés. Dans les sociétés démocratiques modernes, c’est une mission régalienne. L’Etat a le devoir de remplir cette tâche, avec constance et efficacité, puisque comme le précisent les textes fondateurs, la sûreté est un droit inaliénable de chaque citoyen. Il existe donc un partenariat de fait entre les acteurs privés et publics, les qualités des uns compensant les défauts des autres et inversement. Les entités sont donc condamnées à s’entendre, qu’elles le veuillent ou non. Au sein des régimes instables, c’est la communauté sociale qui assure en principe la 2 défense de la population. C’est le concept des milices . C’est évidemment beaucoup moins fiable et régulier. Pourquoi faut-il de la sûreté en 2010 ? La guerre a changé. 1 Ne pas confondre securus avec securitas en latin, qui désigne « l’absence de soucis », « la tranquillité ». Le mot sécurité n’a été que peu employé en France avant le XIIe siècle sauf pendant les périodes d’occupation anglaise. Son usage apparait dans la langue française au XVIIIe après un détour par l’anglais secure puis security, qui traite de l’absence de danger. 2 Milice est un nom dérivé du latin militia, miles-itis, c'est-à-dire soldat. Depuis le XVe, il sert à désigner un corps de citoyen armé levé dans les communes alentours destiné à venir renforcer l’armée régulière. Par déformation depuis la création de la militia par Mussolini, et à une organisation similaire crée en France sous le régime de Vichy, le mot milice désigne une formation armée sans caractère officiel effectuant des opérations de surveillance. 9 Préambule L’ère du soldat en uniforme combattant contre un autre soldat est révolue. Aux concepts de la guerre préventive ou de la guerre asymétrique, le terrorisme de destruction massive s’impose désormais comme le nouvel idéal de lutte des minorités. C’est une des formes du conflit moderne auquel la société globalisée doit faire face. Tout change. Autrefois les conflits armés étaient longs, suivis d’une période de stabilisation courte avant une reconstruction globale et une consolidation de la paix. Désormais, les conflits armés sont courts, et la période de stabilisation préalable à la reconstruction est très longue. La prolongation du conflit se fait par la dispersion de la terreur durant cette période de stabilisation, non seulement sur les théâtres d’opérations, mais elle s’exporte partout du fait des interactions géopolitiques. Ainsi, 3 un postulat politique en Europe peut avoir des conséquences dramatiques en Afghanistan, partout où se trouvent des européens, et bien entendu en Europe. Même chose pour les américains, les chinois, les russes, etc. Selon le fantasme des pourvoyeurs de la terreur, le conflit doit s’exporter et devenir permanent jusqu’à la victoire finale, fut-elle au prix d’une destruction absolue et bilatérale. Qu’importe la vie humaine, mieux vaut une défaite pour tous que d’accepter au renoncement de ses convictions. Cette doctrine dogmatique porte un nom : le fondamentalisme. La situation est grave car bien des citoyens s’imaginent vivre pacifiquement loin des conflits qui déchirent le monde. C’est évidemment faux. Le danger ne vient plus seulement de l’extérieur comme nous l’avons souvent pensé avec le concept de l’es4 strange (du latin extraneus – celui du dehors ). Avec la connaissance de l’autre, ce risque est aujourd’hui très atténué, cependant qu’un autre plus pernicieux est apparu. Du fait de la globalisation démographique, le danger est aujourd’hui enfoui à l’intérieur même de nos sociétés, surtout dans les grandes entités modernes (Amérique du Nord, Brésil, Europe,…). Nous devons donc lutter contre un ennemi extérieur et intérieur. C’est un terrible combat schizophrénique. Qu’est-ce que la sûreté aujourd’hui ? Le grand soldat qu’était le général George Washington, fondateur des Etats-Unis d’Amérique, premier président élu, affirmait que « Se préparer à la guerre est le meilleur moyen de préserver la paix ». C’est une parfaite définition du concept de sûreté. Certaines mesures seront visibles, et participeront à la communication indispensable vers la population d’une prise en compte des menaces par l’Etat. La plupart des mesures seront invisibles et seront basées sur l’efficacité du renseignement militaire ou du renseignement criminel. 3 Caricature du prophète Mahomet, Interdiction du port du voile dans les espaces public en France, condamnation de la polygamie, difficultés d’implantation d’une mosquée, interdiction à l’Iran par l’AIEA d’enrichir de l’Uranium, soutiens à Israël, etc. 4 Autrement dit l’étranger, celui qui n’est pas comme nous et qu’il faut détruire du fait de sa différence. 10 Sûreté mode d’emploi – Tome 1 L’ouvrage SURETE MODE D’EMPLOI ne traitera que les mesures visibles et de la façon dont il faut les appréhender. Le lecteur y découvrira notamment que la sûreté est un vrai métier qui demande des compétences, d’abord pour assimiler à sa juste mesure le spectre des menaces, ensuite parce que la mise en œuvre de mesures concrètes demande une certaine technicité. Les mesures « visibles » de sûreté sont-elles efficaces ? Difficile de mesurer quantitativement et qualitativement un procédé de dissuasion destiné à rassurer les populations. Il est certain que depuis 40 ans environ, les mesures de sûreté n’ont jamais permis d’arrêter une action terroriste. Elles concourent néanmoins à rassurer les acteurs économiques qui aujourd’hui, conscients des menaces existantes, exigent un minimum de dispositifs de protection. Sans compter la population qui généralement plébiscite les moyens mis en place, surtout si elle est peu concernée par les contraintes de contrôle. En revanche les mesures de sûreté non visibles, principalement mises en place par les services de renseignement sont très efficaces. On estime que deux attentats sont déjoués chaque année en France. Dans un pays démocratique, la protection de la nation ne peut se faire que par la conjonction des mesures visibles et invisibles. Tout l’un ou tout l’autre ne serait ni cohérent, ni sérieux. Reste que pour mettre en œuvre des mesures de sûreté, il faut une grande compétence, malheureusement pas toujours reconnue. L’idée saugrenue selon laquelle les métiers de la défense (dit métiers de la sécurité) ne requièrent pas de prédispositions particulières est profondément insinuée dans la culture sociale de nos contemporains, bien que cela ne corresponde plus à la réalité. L’agent de sûreté est mal considéré, mal payé, mal recruté. Et pourtant, une forte responsabilité repose sur ses épaules. Le spectre de la sûreté Pendant trop longtemps, les notions de sûreté (mot originel français) et sécurité (mauvaise traduction du mot anglais security), ont été confondues. Dans cet ouvrage, tous nos auteurs reviennent en détail sur cette confusion philologique et apportent leur contribution à cette analyse. Cependant au-delà des mots et des textes, notre besoin de sûreté est global. La sûreté aéroportuaire a été la première à être réglementée et imposée par les autorités pour des raisons historiques. Aujourd’hui, ces mesures se déclinent vers de nombreuses autres activités que nous n’avons pas souhaité ignorer. On trouvera donc dans cet ouvrage de nombreuses références à : 11 Préambule • La sûreté aérienne et aéroportuaire • La sûreté portuaire et maritime • La sûreté de la correspondance (courrier et colis) • La sûreté des sites sensibles (sites industriels ou sites de la défense nationale d’un pays) • La sûreté des palais d’Etat • La sûreté des gares et de leurs consignes • La sûreté des établissements pénitentiaires • La sûreté des centrales nucléaires • Le contrôle douanier Pas question pour nous de faire un ouvrage dont le tropisme serait centré sur une seule de ces activités. Ce serait une ségrégation inadmissible. Nous voulons nous adresser à tous les agents de sûreté, quelle que soit leur spécialité, leur lieu d’exercice professionnel, à tous les encadrants, aux acheteurs de matériels, aux rédacteurs d’appel d’offres, bref à toutes les personnes intéressées de près ou de loin par ce métier. C’est une volonté collective. Sureté Mode d’Emploi Depuis 30 ans, Il n’existe pas d’outil pédagogique en sûreté. Plusieurs services de l’Etat se sont alors émus de cette lacune, et après quelques tentatives internes avortées et non coordonnées par des administrations, nous avons été sollicités pour créer le premier manuel de référence interactif. SURETE MODE D’EMPLOI c’est avant tout une équipe de professionnels reconnus pour leur maîtrise des problématiques de sûreté, chacun dans sa spécialité. Un découpage pédagogique en 11 parties a été proposé : • Imagerie radioscopique de sûreté • Connaissance des armes et des munitions • Les explosifs et les munitions de guerre • Les nouvelles menaces • Les facteurs humains • La détection des traces • Le contrôle documentaire • Les portiques de détection des masses métalliques et les Body Scan • Les marchandises dangereuses 12 Sûreté mode d’emploi – Tome 1 • La tomographie de sûreté • L’anglais de la sûreté • Les procédures en sûreté Imagerie radioscopique de sûreté La radioscopie de sûreté est une technique nouvelle. C’est le détournement de la technologie d’imagerie médicale à des fins de défense et de protection. S’il y a quelques années, la formation des opérateurs en imagerie radioscopique de sûreté a pu être empirique, sur des appareils rudimentaires, la technologie a connu des avancées considérables. Impossible désormais de s’auto-former ou de s’improviser opérateur en imagerie radioscopique. Comme beaucoup de techniques avancées, les perfectionnements demandent désormais d’avoir des personnels utilisateurs qualifiés, différents de ce qu’ont pu être les premiers opérateurs. A cela est venu s’ajouter une réglementation internationale plus sévère en matière de contrôle des rayonnements ionisants, ce qui est une bonne chose. A condition d’appréhender scientifiquement ces nouvelles normes pour pouvoir les faire respecter… Connaissance de l’armement Mission première : détecter la présence d’une arme. Encore faut-il savoir ce que l’on cherche. Indissociable des métiers de la sûreté, la connaissance pointue des armements individuels est un vecteur essentiel de la culture que se doit de posséder toute autorité ayant en charge la protection de ses concitoyens. Nier cette composante pour de mauvaises raisons politiques ou philosophiques revient à hypothéquer dangereusement nos chances de mettre à mal une menace omniprésente et quotidienne. Identifier, analyser, maîtriser sont les bases incontournables de ce savoir technique. • Identifier aisément et positivement un armement sans s'égarer dans une attitude sécuritaire déplacée, excessive voire caricaturale et, de toutes façons, chronophage donne à l'agent de sûreté la légitimité idoine qui atteste de ses compétences. • Maîtriser un armement – qu'il soit de dotation ou soustrait à autrui – est la phase dynamique de cette connaissance sans laquelle le savoir livresque n'est rien, car c'est au savoir-faire que l'on reconnaît le professionnel de talent et, en matière d'armement, ce savoir-faire ne supporte pas l'à-peu-près. En parcourant ces pages, le lecteur appréhendera mieux cette technologie spécifique et sera à même de remplir efficacement la phase première de sa mission. Cependant 13 Préambule Philippe Peseux et Thierry Vareilles, deux grands spécialistes de ces questions, assurent et démontrent que le vrai danger n’est pas l’objet, mais son utilisateur. Les explosifs Une forte pression est mise sur les agents de sûreté afin qu’ils détectent les explosifs qui pourraient être introduits dans une zone sécurisée. Malheureusement, dans 99 % des cas, les agents de sûreté n’ont jamais vu des explosifs. Difficile de détecter des Engins Explosifs Improvisés sans savoir quoi chercher. Une fois encore, Thierry Vareilles nous éclaire, tout en donnant des règles de sécurité strictes, en montrant à des agents quoi chercher et comment. Tous les explosifs ne sont pas semblables et n’ont pas les mêmes réactions. Sans entrer dans les détails, Thierry propose une excellente introduction à tout ce qui contient de l’explosif militaire, industriel, ou artisanal. Les nouvelles menaces Ce préambule serait incomplet sans évoquer la transformation des menaces depuis 2000. La société découvre, avec atermoiement en 2010, que ces menaces évoluent. Elles sont désormais mondiales, protéiformes et technologiques. Hier encore nous cherchions un spectre unique de risque : les armes par nature et les explosifs militaires. Aujourd’hui nous sommes confrontés à des risques diversifiés qui demandent toujours plus de technicité. Le terrorisme est une nouvelle forme de guerre. Demain, plus fortes encore, plus effrayantes, les menaces terroristes viseront à toucher chacun de nous. Fini l’ère du soldat en uniforme qui combat contre un autre soldat en uniforme. Fini les règles de la guerre et celles de la convention de Genève. Le combattant ennemi d’aujourd’hui ressemble à l’homme de la rue. Il frappe sans discernement les nations pour mieux toucher les Etats. Face à cette nouvelle barbarie, notre défense n’est plus uniquement assurée par des soldats, mais parfois par des opérateurs civils qui travaillent sous délégation de pouvoir des autorités de police ou de défense de leur pays respectif. La conséquence de cette nouvelle forme de guerre moderne est que nous ne savons plus vivre sans protection. Face au crime, il faut opposer des hommes compétents, formés, éduqués. Des analystes, des techniciens sachant respecter des procédures acérées. Sans oublier quelques principes de précaution, plus ou moins bienvenus, à mettre en œuvre. Les facteurs humains en sûreté La mise en œuvre des mesures de sûreté ne va pas de soi. De nombreux facteurs humains entrent en considération dans la façon dont cette mission de défense est 14 Sûreté mode d’emploi – Tome 1 accomplie. Hubert Roux, spécialiste incontesté des facteurs humains en aéronautique, nous expose les conditions environnementales qui jouent sur la fiabilité d’un dispositif de protection. Sans connaître toutes ces interactions, un agent de sûreté a bien du mal a rester centré sur sa mission première. La détection des traces Depuis quelques années, des machines de plus en perfectionnées sont capables d’identifier les molécules qui composent une matière. Ces appareils sont très efficaces et permettent d’isoler des molécules particulières (explosives ou stupéfiantes). Cette technologie ne cesse de se fiabiliser, et c’est probablement l’une de celles qui restera en pointe dans les années à venir. Aujourd’hui plusieurs industriels travaillent sur un appareil portable capable de détecter les menaces NRBCE à distance (20/25mètres). Plus besoin de toucher, d’inspecter, de fouiller : un simple laser pointé sur le contenant permet d’identifier le contenu ! Il est important que les agents se préparent au futur proche de leur métier, sans quoi l’ensemble du dispositif ne peut pas évoluer. Le contrôle des documents La criminalité identitaire a atteint un stade tel qu’elle est désormais une arme efficace 5 pour les organisations criminelles . Or la véritable sûreté d’un dispositif, c’est de connaître les personnes qui pénètrent dans une zone réservée, qui embarquent dans un avion, un train ou un bateau. Le rapprochement documentaire est désormais une mission courante. Est-il bien pratiqué ? Rarement, car plus important que les signes de sécurité des documents, il faut connaître la législation et éviter les substitutions d’identité, tellement courantes dans les sociétés civiles occidentales. Depuis près de vingt ans, je travaille conjointement sur les problématiques de sûreté du transport aérien et de contrôle documentaire. Je forme de nombreux gendarmes et policiers dans beaucoup de pays à la connaissance de l’identité, à l’identification des porteurs, et au contrôle aux frontières. A travers ces quelques pages, comme tous les autres auteurs, j’ai souhaité vous faire partager mon expérience en espérant qu’elle vous passionne autant qu’elle m’a passionné et me passionne toujours. 5 03/10/2010 Dan De Luce, dépêche de l’AFP : les passeports occidentaux, des armes convoitées par Al Qaida. 15 Préambule Portique de détection et Body Scan Le contrôle d'accès des personnes n'est pas l'apanage de la modernité et de nos sociétés sécuritaires. Même si cette tradition remonte aussi loin que le temps humain, il s'agit aujourd'hui de présenter les moyens de détection et de contrôle des personnes souhaitant accéder à des espaces protégés. Alain Establier, spécialiste des problèmes de sûreté, nous propose un catalogue des produits les plus connus sur le marché des portiques de détection de masses métalliques et des détecteurs manuels, ainsi que sur le nouveau créneau de ce qu'on appelle des « Body Scan ». Les portiques de détection de masses métalliques ont rempli un rôle sécuritaire réel, qui est aujourd'hui dépassé par l'inventivité et la détermination des terroristes ou des groupes criminels. L'avenir de « la levée de doute » passera donc bientôt forcément par d'autres technologies. Avec méthode, Alain Establier nous explique qu'utiliser un portique de détection des masses métalliques, ou même un scanner corporel, n'est pas aussi simple qu'il y paraît. Il démontre dans ce livre que la Sûreté et le contrôle d'accès sont un vrai métier, malheureusement souvent mal exercé, mettant en jeu des femmes, des hommes et des technologies. Il passe aussi en revue les nouvelles technologies telles que le Body Scan à rayon X, le « backscattering », les ondes millimétriques ou la détection de traces et par la-même interpelle les pouvoirs publics de nombreux pays à faire preuve de volontarisme et de réalisme en la matière. Les marchandises dangereuses La sûreté, c’est aussi la connaissance et le contrôle de toutes les marchandises transportées par un opérateur ou stockées dans une entreprise. Un transport inadapté ou un stockage défectueux peuvent entraîner des catastrophes. Comme l’explique remarquablement, Yann Le Tonqueze, spécialiste incontesté des marchandises dangereuses et ancien agent de sûreté, il est indispensable de savoir apprécier rapidement les besoins de contrôle, reconnaître les étiquettes, les emballages spécifiques. Malheureusement, de nombreuses personnes ne se soucient guerre de la réglementation « marchandises dangereuses » et provoquent des mises en danger inacceptables. La tomographie de sûreté La tomographie, encore peu répandue, est une évolution du dispositif d’imagerie que nous connaissons actuellement. Doron Levy, en spécialiste éclairé de la tomographie de sûreté, présente ce que sera l’avenir de la détection en imagerie. C’est passionnant et hallucinant. L’imagerie de demain est plus perfectionnée, avec des réglages possibles sur la profondeur de la pénétration du rayonnement, sur son intensité, ce qui nécessite un complément technique de formation important. Grace à Doron, nous touchons légèrement à l’avenir de la sûreté. 16