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62 pratique qu’il expose, Cordemoy privilégie davantage encore la valeur d’enseignement pratique de l’Histoire. L’exemple historique perd toute valeur intrinsèque pour ne garder que celle d’illustration ; mais par-là même, il laisse toute liberté au maître de choisir dans la matière historique ce qui lui convient pour son propos sans avoir à en justifier de la pertinence. Nous sommes bien à l’opposé de la démarche critique. Les Maximes sont précédées d’un court traité de quelques pages : Des moyens de rendre un État heureux78 . L’acteur politique s’instruit dans l’Histoire des modalités de la chose politique, il doit en saisir aussi la finalité. Dans Des moyens de rendre un État heureux Cordemoy par ce titre assigne déjà le but de la politique : Le Bonheur des peuples part d’une proposition première dont découlent trois consécutives : « Il faut toujours avoir en vue ce qu’il y a de plus parfait ; et bien qu’on ne doive pas espérer d’y parvenir, il faut au moins y tendre, si l’on veut suivre le plus droit chemin. » (Des moyens de rendre un État heureux, p.204, (p.36)) Cette proposition apodictique est posée comme principe, elle revient très classiquement, du point de vue du philosophe, à poser le Bien au principe de toute action morale ou politique. Tout aussi classiquement la finalité pratique du Bien est le bonheur suivant la première conséquence : (1) « De là il suit que, si l’on veut trouver les moyens les plus sûrs pour régler un État, il faut considérer d’abord ce qui le peut rendre parfaitement heureux. » (Idem, p.204, (p.36)) La politique n’est qu’un changement d’échelle quant à la morale, on passe de l’individu à un ensemble d’individus et si pour la morale l’unité de base est la conscience individuelle, pour la politique elle est la famille79: « Un État est à plusieurs villes, ce qu’une ville est à plusieurs familles, et ce qu’une famille est à chacune des personnes qui la composent. Si bien que, pour voir jusque dans le principe, ce qui peut rendre un État parfaitement heureux, il faut voir ce qui rend une famille heureuse. » (Ibidem, p.205, (p.36)) La fin du politique comme étant le bonheur n’atteint pas l’individu elle va Œuvres complètes, troisième partie, Paris 1704, pp.204-216, (p.35). « Une famille est en petit l’image d’un Etat qui n’est que l’assemblage de plusieurs familles : plus la famille est grande, plus il y a de rapport entre ces deux gouvernements » (Fénelon, Mœurs des Israélites, op. cit., p.11) 78 79