Download Le rapport Pronovost : un diagnostic partiel, une analyse tronquée

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Ce rapport entreprendra ensuite de s’interroger sur les activités et les fonctions assumées dans ce modèle par les producteurs agricoles regroupés au sein de l’UPA et de ses
fédérations régionales et spécialisées. Nous montrerons qu’à travers les programmes à frais
partagés, les organisations syndicales ont investi des segments économiques des filières en
y jouant un rôle dépassant largement la simple défense des intérêts professionnels. En participant à des activités de développement (services-conseils, recherche, traçabilité, publicité)
et en jouant un rôle déterminant dans la création ou l’orientation de centres de services et
d’expertise ou encore dans la mise en place ou la relance d’équipements de transformation,
les organisations syndicales sont devenues de véritables acteurs économiques. Plus encore,
ces acteurs économiques ont été appelés au fil des ans à jouer un véritable rôle de substitution pour assurer des services ou des fonctions que le MAPAQ ne pouvait ou ne voulait pas
assumer. Les fédérations régionales et spécialisées de producteurs agricoles ont souvent été
amenées à assumer une direction sur des questions qui ailleurs dans d’autres juridictions
sont assumées par l’État. En tant qu’acteurs économiques, ces mêmes fédérations ont été
amenées à offrir des services qui dans des agricultures plus largement dominées par les
grands groupes industriels sont offerts par les entreprises intégrées. En remplissant ces deux
rôles de substitution, les Fédérations spécialisées ont ainsi connu un développement singulier qui les démarque dans l’ensemble de l’industrie et qui donne son originalité au modèle
québécois dans le complexe agroalimentaire continental, voire mondial.
Dans une troisième section, nous présenterons une analyse de l’évolution de la dynamique des rapports entre les principaux acteurs du monde agroalimentaire. Nous montrerons d’abord qu’au fil du temps le rapport de force dans les filières s’est déplacé. À l’origine
orienté et défini par les besoins des « acheteurs » traditionnels des offices de mise en marché,
en l’occurrence les transformateurs, ce rapport s’est déplacé au profit d’une prédominance
certaine de l’influence de leurs clients, les distributeurs. Nous montrerons ensuite les liens
qui se nouent entre ces derniers et les principales firmes multinationales de la transformation, dont les stratégies deviennent de plus en plus déterminantes sur le façonnement de
l’offre, c’est-à-dire la production. En nous appuyant aussi sur les mémoires déposés à la
CAAAQ, cela nous permettra de montrer les intérêts conflictuels entre le couple formé des
multinationales de la transformation alimentaire et des grands distributeurs et celui formé
des transformateurs et des agriculteurs nationaux.
À la lumière des constats que nous tirerons de la situation d’ensemble de l’industrie
agroalimentaire, nous entrerons, dans un quatrième et dernier temps, en discussion avec le
rapport Pronovost sur le rôle de l’État et du MAPAQ en particulier
À de longues analyses détaillées et chiffrées, nous avons préféré une présentation plus
schématisée qui permet de mieux faire ressortir à notre avis la place de l’UPA et des fédérations sectorielles dans la mosaïque agricole actuelle, profondément marquée par les multinationales de l’alimentation et la grande distribution. Les limites du présent mandat ne
nous ont pas permis de réaliser une collecte de données plus exhaustive qui aurait donné
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