Download le concept de "routine organisationnelle" entre cognition et institution
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celle-ci étant entendue comme l'ensemble des processus de raisonnement ou de délibération que les hommes produisent et utilisent, comme rationalité procédurale donc. Il est maintenant nécessaire de définir plus précisément ce qu'est la computation. 2) Un détour par la computation, le cognitivisme et l'Intelligence Artificielle A la différence de bien d'autres inventions humaines, telles la machine à vapeur105 ou le moteur à explosion, la théorie scientifique des machines à traiter les symboles a précédé l'apparition et la réalisation physique des premiers ordinateurs digitaux. Il a certes fallu un certain nombre d'innovations techniques, dans les industries électriques et électroniques par exemple, pour pouvoir construire des machines capables de computer, c'est-à-dire de traiter à grande vitesse les symboles. Mais, bien plus important pour la compréhension de ces machines est le fait que celles-ci sont avant tout le résultat du travail (et des théories) des logiciens et des mathématiciens. Car, pour l'ordinateur, comme pour les machines à calculer et machines logiques qui l'ont précédé, la conception théorique de ce que fait la machine (la computation) a pré-existé à sa fabrication. On a donc une image théorique précise et rigoureuse de ce que sont les ordinateurs en tant que machines servant à traiter des symboles, de ce qu'ils font réellement et peuvent faire (et aussi de ce qu'ils ne peuvent pas faire). 1) La machine de Turing Cette image théorique nous est donnée par le concept de "machine de Turing", un concept né de la critique par plusieurs mathématiciens du programme de recherche initié par Hilbert, qui voulait constituer l'ensemble des mathématiques comme système formel. Il s'agissait ainsi de couronner de nombreuses tentatives visant à formaliser et détacher de tout contexte particulier et de toute intuition, la logique, le calcul, et l'ensemble des mathématiques. Il faut citer tout d'abord comme étape importante le traité de Boole : "An Investigation of the Laws of Thought" (1854), où celui-ci accomplit l'algébrisation de la logique (classique), avec comme premier moment la substitution aux propositions de leur valeur de vérité (soit 0 ou 1), et comme second la transformation de la logique des propositions en calcul sur ces valeurs. C'était ouvrir la possibilité d'un traitement mécanique (car formel et détaché de toute intuition) des différentes opérations logiques. "Boole illustre également la construction par récurrence, c'est-à-dire l'idée d'engendrer un ensemble infini d'objets (en l'occurrence, les formules du calcul propositionnel) par combinaison d'objets élémentaires en nombre fini, les combinaisons étant elles-mêmes entièrement spécifiées et en nombre fini" (Andler, 1992, p. 19106). Ces idées seront reprises, approfondies et 105 Les machines à vapeur furent longtemps construites, utilisées et perfectionnées sans utilisation d'une quelconque théorie scientifique. Les pompes à feu de Savery et Newcomen (1712), largement répandues dans les mines au XVIIIe siècle, la machine de Watt (1765-1769) ont été mises au point "un demi-siècle, un bon demi-siècle avant que la théorie en ait été faite." Le mémoire de Sadi Carnot, "La puissance motrice du feu" date en effet de 1824, et est resté complètement ignoré pendant presque dix ans (Voir B. Gille, Histoire des Techniques, p. 698-689 et 1137). 106 Cf. Andler, "Calcul et représentation : les sources", in Andler (éd.) : Introduction aux sciences cognitives, 1992. Voir aussi Houdé et Miéville (éds), Pensée logico-mathématique, nouveaux objets interdisciplinaires, 1994. 75