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34711 2e partie 8/28/06 1:16 PM Page 60 Culture, Santé et ethnicité vers une santé publique pluraliste représentent aussi une source d’explications répandue. Chez les Haïtiens, par exemple, les maladies les plus tenaces et les plus graves sont attribuées à l’intervention d’esprits vaudous nommés maladi diab. Elles sont la conséquence de l’agression d’une force extérieure manoeuvrée par un conjoint jaloux, un voisin envieux ou un adversaire quelconque. Dans de tels cas, la maladie doit être prise en charge par la famille et un Houngan (prêtre vaudou), contrairement aux maladies dont les causes sont naturelles et permettent l’intervention d’un médecin occidental. Notons que le sida est considéré, par la pensée vaudoue comme une maladie envoyée par un sorcier à la solde d’une personne malveillante. Le symbole, comme processus thérapeutique, n’est attribué qu’aux médecines traditionnelles, et pourtant... Chez les Vietnamiens, les causes surnaturelles concernent plus particulièrement les maladies mentales graves. Les désordres psychologiques reconnus comme étant des maladies mentales n’incluent pas les désordres mineurs telles l’anxiété et les dépressions. Bien que le symbole comme processus thérapeutique et le rituel comme métaphore médicale sont généralement attribués aux médecines traditionnelles, la médecine occidentale, qui privilégie une explication plus strictement biologique et épidémiologique, en est également investie. La métaphore chirurgicale n’est pas sans rappeler les rituels thérapeutiques des sociétés dites traditionnelles (Dufresnes, 1985). Pour illustrer l’influence de ces dispositions symboliques, Moerman (1979) cite l’efficacité de la métaphore chirurgicale et de son effet placebo qui, selon lui, repose largement sur le rayonnement personnel du chirurgien (ou guérisseur) et sur le prestige entourant les rites et les remèdes. À titre d’exemple, il cite diverses études sur le pontage coronarien réalisées aux États-Unis en 1977. La majorité de ces études indiquent que cette opération est une réussite dans 80 % à 90 % des cas, au sens de la réduction des symptômes et de la douleur. Toutefois, Moerman (1979) note que dans 60 % des cas de réussite, le fonctionnement du ventricule demeure inchangé et il est plus mauvais dans 20 % des cas, alors qu’il ne s’est amélioré que dans 20 % des cas. Il est d’ailleurs impossible de démontrer que le pontage prolonge la vie. Qui plus est, dans bien des cas où les patients font état d’une amélioration, la greffe n’a pas pris. En conclusion, le sentiment de guérison ne peut être fondé sur la réussite de l’opération. L’efficacité de la métaphore chirurgicale, s’expliquant par le prestige des médecins, leur assurance, la confiance qu’inspire leur équipement, n’est pas ici sans rappeler les rituels thérapeutiques des sociétés dites traditionnelles. Toutefois, les symboles doivent avoir un sens pour le patient, le déploiement technologique ou artisanal doit être conforme à ses connaissances et l’esthétique lui donner des points de repère. Conception familiale et individuelle de la santé Les soins de santé et les services sociaux sont fondés sur la croyance que « la famille normale est la famille nucléaire, que l’unité fondamentale de la société est 60