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DOSSIER DE LA SEMAINE EDITORIAL Dangereuse imperméabilité L’air jurassien sous surveillance... En ouverture des questions au gouvernement, exercice rituel du mercredi après-midi, Manuel Valls a cette semaine rendu hommage aux victimes des intempéries qui ont durement frappé la Côte-d’Azur. Puis, le chef du gouvernement a appelé les députés à se « rassembler pour penser aux disparus» et à observer une minute de silence. Singulière et louable unanimité... « Dès demain, l’arrêté de catastrophe naturelle sera pris », a promis le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Mais ces tragiques inondations qui ont coûté la vie à plus d’une vingtaine de personne le week-end dernier sur le littoral méditérannéen ont-elles pour seule origine une simple catastrophe naturelle ? Pas si sûr. Loin s’en faut d ‘ailleurs... Car en s’y penchant d’un peu plus près, l’on constate alors que ce ne sont pas les pluies diluviennes en elles-mêmes qui ont causé tant de dommages, mais bien davantage les conditions dans lesquelles l’eau s’est (ou plutôt ne s’est pas) écoulée, n’étant, en l’occurence, plus suffisamment absorbée par le sol. Apparaît ainsi clairement comme cause majeure de ce sinistre épisode, l’imperméabilisation intensive des surfaces habitables. Une volonté farouche de vouloir défier les éléments, de croire prendre le pas sur la nature (quelle illusoire prétention !) et de lui imposer notre diktat consumériste du bétonnage à outrance... Ajoutons à cela la forte pression foncière que subit la Côte d’Azur, secteur à forte attractivité touristique, et l’on découvre ainsi l’ensemble des paramètres qui conduisent à ce que les décideurs, principalement politiques, continuent d’approuver aveuglément cet accroissement inexorable des surfaces artificialisées. Une urbanisation opérée sans souci d’économiser l’espace ni de préserver les multiples écosystèmes. Reflet d’une politique foncière irresponsable, seulement guidée par l’intérêt purement mercantile. Peut-être aidée par les différentes rétrocommissions liées aux juteuses opérations de promotion immobilière ? Sur la Côte d’Azur, les requins ne sont pas sous l’eau mais juste derrière les plages, bien visibles, sur leurs énormes panneaux de chantier... Seulement à trop vouloir prendre le pas sur la nature, tôt ou tard, un jour celle-ci se venge. Alors il serait peut-être temps de ne plus rester sourds et imperméables aux signaux qui nous sont explicitement envoyés. De tenir enfin compte du préjudice lié à nos comportements, de ce qu’ils nous amènent à subir. Tout ceci pour nous, mais surtout pour ceux qui nous succéderont. «Après moi le déluge» rétroqueront certains, goguenards, arc-boutés sur leurs insensibles certitudes. Qu’ils se méfient quand même, il se pourrait bien qu’il survienne avant... ■ Cyril KEMPFER La qualité de l’air, celui que l’on respire à l’extérieur comme à l’intérieur des bâtiments, est un enjeu sanitaire, environnemental et économique majeur. En 2014, nous avons localement connu trois épisodes de pollution situés en mars, avril et décembre. Plus précisément, 8 jours à Lons-le-Saunier et 5 jours à Dole, ont été relevés avec des taux supérieurs au seuil de concentration de 50 μg/m3. Pour l’heure, en 2015, le nombre de jours de dépassement est déjà de 6 pour Dole et de 7 pour Lons-le-Saunier. Des mesures acceptables et d’après les spécialistes, «sans risque réel sur le plan sanitaire et notamment respiratoire». Détails. Dans notre région, ATMO Franche-Comté a en charge la surveillance de l’environnement atmosphérique sur l’ensemble du territoire franccomtois, et intervient tout particulièrement dans les domaines de l’air ambiant, au moyen d’une vingtaine de stations fixes automatisées et de quatre moyens mobiles. Ainsi, une quinzaine de polluants sont surveillés via deux plateformes de modélisation et de prévision de la qualité de l’air, qui assurent aussi la gestion des alertes à la pollution atmosphérique. Les actions orchestrées dans le département Sur le Jura, pour cette année 2015, le programme d’actions d’ATMO Franche-Comté intervient tout particulièrement sur la surveillance en continu de la qualité de l’air via les stations fixes installées à Dole, Tavaux, Damparis, Chatenois et Lons le Saunier. En découle également une estimation de la qualité de l’air le long de la vallée de la Vallière, en lien direct avec le projet de contournement de Lons le Saunier. L’accent est mis actuellement concernant la surveillance des pollens d’ambroisie, sur Dole et sur Bletterans, en lien avec le programme de lutte contre cette plante invasive et hautement allergisante. On note enfin des campagnes de mesures en air intérieur sur des établissements recevant du public, dont certains, récemment rénovés en BBC (Bâtiment Basse Consomma- La prévalence de l’allergie respiratoire à l’ambroisie augmente de façon progressive et constante depuis quelques années. tion d’énergie), de même que le suivi des émissions de Gaz à Effet de Serre, consommations d’énergie et productions d’énergies renouvelables. Trois épisodes de pollution en 2014 et une dégradation pour 2015 En 2014, trois épisodes de pollution ont été recensés en mars, avril et décembre. Notamment, 8 jours à Lons-le-Saunier et 5 jours à Dole, ont été enregistrés avec des taux supérieurs au seuil de concentration de 50 μg/m3. Pour l’heure, en 2015, le nombre de jours de dépassement de ce même seuil de concentration est déjà de 6 pour Dole et de 7 pour Lonsle-Saunier. Concernant l’ozone, toujours sur 2015, 43 et 26 dépassements de la valeur de 120 µg/ m3 en moyenne sur 8 heures ont déjà été enregistrés, à cet instant de l’année, respectivement pour Lons le saunier et Dole. «Ce qui illustre ainsi une certaine dégradation de la qualité de l’air» concède, sur son dernier communiqué de presse, l’ATMO Franche-Comté. Un fait établi certes, mais qui d’après les spécialistes, ne provoque pas directement d’impact sanitaire significatif. L’essentiel est donc préservé. Au moins pour le moment... ■ C.K Contact ATMO : www.atmo-franche-comte.org L’éclairage de Michel Brignot, médecin-pneumologue : Michel Brignot, première question que tout le monde se pose inévitablement... Les quelques dépassements observés dans le Jura sont-ils nocifs pour la santé ? «Les différents relevés sur l’année 2014 et le début de 2015 confirment effectivement la bonne qualité de l’air atmosphérique du Jura. Même si l’on a observé quelques dépassements par rapport aux seuils tolérés pour les PM 10, les concentrations mesurées restent acceptables et sans risque réel pour l’homme sur le plan sanitaire et notamment respiratoire. On ne peut en dire autant des concentrations d’ozone de l’air atmosphérique pour l’année 2015 qui sont malheureusement en hausse par rapport à 2014, effet canicule oblige. Là encore, la situation est loin d’être catastrophique et il n’y a aucun lieu d’être abusivement alarmiste. La surveillance systématique doit bien sûr se poursuivre». Observez-vous de nouveau symptômes liés à la dégradation de la qualité de l’air ? «Pour autant, même s’il est constaté une augmentation progressive des cas d’asthme ou de bronchite chronique obstructive (BPCO), ceci peut s’expliquer de multiples façons : meilleure connaissance de ces pathologies qui sont mieux dépistées et donc plus diagnostiquées, intervention d’autres facteurs que la pollution atmosphérique, notamment les allergies respiratoires, la pollution domestique par les composés organiques volatils et bien sûr le tabagisme actif ou passif qui agissent alors de façon intriquée comme des cofacteurs. Il convient donc de rester prudent dans l’interprétation des chiffres et de ne pas surestimer le rôle de la pollution atmosphérique qui est certes bien réel mais pas exclusif…» AU CONSEIL DÉPARTEMENTAL EXPOSITION “objectif patrimoine“ 14 photographes jurassiens / 200 clichés Photo : Stéphane Godin Exposition permanente jusqu’à la fin de l’année — 2 — Un commentaire sur l’ambroisie ? On dirait que son invasion dans notre région coïncide avec une recrudescence de nombreux cas d’asthme et autres allergies... «Là aussi, la prévalence de l’allergie respiratoire à l’ambroisie augmente de façon progressive et constante depuis quelques années, expliquant de nombreux cas d’asthme ou de rhinoconjonctivite survenant en période estivale, souvent dans la continuité d’autres allergies polliniques comme les graminées. Cette augmentation des cas s’explique du fait qu’on recherche maintenant systématiquement la pollinose à l’ambroisie en testant le pollen et que cette plante a tendance à envahir le bassin de Dole et celui de Bletterans, la contamination pollinique se faisant essentiellement par vent du sud dominant puisque cette essence provient du sillon rhodanien et de la proche région lyonnaise. Les collectivités doivent se pencher sur le problème et procéder à l’éradication de cette plante, seule mesure réellement efficace sur la prévention de l’allergie à l’ambroisie».