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AVANT-PROPOS D'habitude, l'étrange circule discrètement sous nos murs. Mais il suffit d'une crise pour que, de toutes parts, comme enflé par la crue, il remonte du sous-sol, soulève les couvercles qui fermaient les égouts et envahisse les caves, puis les villes. Que le nocturne débouche brutalement au grand jour, k fait surprend chaque fois. Il révèle pourtant une existence d'en-dessous, une résistance interne jamais réduite. Cette force à l'affût s'insinue dans les tensions de la société qu'elle menace. Soudain elle les aggrave, elle en utilise encore les moyens et les circuits, mais c'est au service d 'une " inquiétude "qui vient de plus loin, inattendue; elle brise des clôtures, elle déborde les canalisations sociales; elle s'ouvre des chemins qui laisseront après son passage, quand le flux se sera retiré, un autre paysage et un ordre différent. Michel de Certeau - La possession de Loudun Collection Archives - Ed. Julliard-Gallimard. cet autre paysage, et ce cadre F tdifférent peuvent encore provoquer des remous quelques deux cent soixante ans plus tard. L'histoire qui vous est présentée prend ses racines dans un passé lointain. En l' occurrence il s'agit de la fameuse affaire des possédées de Loudun. Permettez-moi de la résumer brièvement ici. n 1632, une épidémie de peste ravage Loudun. De mai à septembre, 3.700 personnes passent de vie à trépas et cela sur une population d'environ 14.000 habitants. On se rend compte à quel point la ville de Loudun est cruellement touchée par ce fléau. Urbain Grandier, le curé de l'église SaintPierre se montre courageux et généreux, assistant les malades et portant aux mourants les derniers sacrements. Fin septembre, alors que les derniers cas de peste sont signalés en ville, Soeur Jeanne des Anges, Mère supérieure du couvent des Ursulines voit apparaître de nuit le fantôme du Prieur Moussant, confesseur des religieuses, alors que celui-ci est décédé quelques semaines auparavant. Quelques jours plus tard, le 23 Septembre, des religieuses aperçoivent une boule noire qui traverse le réfectoire, le 27, c'est un homme que l'on ne voit que de dos qui apparaît aux religieuses terrifiées. Et enfin, le 7 octobre, Soeur Jeanne des Anges en compagnie d'autres religieuses peut identifier la sinistre apparition, il s'agit d' Urbain Grandier. E folie. Poussant des cris ou proférant des blasphèmes, prises de convulsions ou se livrant à des gestes obscènes, les religieuses sont littéralement possédées. L'affaire fait grand bruit en ville. Certains n'hésitent pas à affirmer que le diable a élu domicile au couvent des Ursulines. Cependant, une petite minorité estime qu'il ne s'agit là que d'imposture. Les autorités ecclésiastiques décident de procéder à des exorcismes. Dès le 11 octobre, au cours d'une de ces