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Fiches oeuvres
Tape Paris, 2014
NUMEN / FOR USE
Dès son arrivée au Palais de Tokyo, le visiteur est accueilli par Tape
Paris, l’oeuvre imposante de NUMEN/For Use, un collectif d’artistes
également designers et scénographes (Sven Jonke, né en 1973, vit
et travaille à Berlin ; Christoph Katzler, né en 1968, vit et travaille à
Vienne et Nikola Radeljkovic, né en 1971, vit et travaille à Zagreb). Il
s’agit de la quinzième édition d’une installation* déjà présentée dans
des contextes très divers, de l’environnement naturel à l’espace public
urbain, et dont la première édition est née de « l’enregistrement » (d’où
le titre anglais, tape) des mouvements de plusieurs danseurs évoluant
entre les piliers d’une pièce. L’installation a nécessité un important
travail de montage*, mobilisant dix personnes pendant onze jours. Exclusivement constituée d’une quarantaine de kilomètres de bandes de
scotch transparent, elle envahit le hall d’un réseau de formes souples
et organiques déployées en hauteur et étirées jusqu’à l’entrée de l’exposition « Inside ».
Tape Paris, dont l’apparence évoque un immense cocon suspendu tel un parasite à l’édifice, intrigue indubitablement. Confrontant le monumental à l’intime, le sculptural à l’architectural, elle
sollicite le corps du visiteur, qui est invité à se déchausser pour
la pénétrer. Plus que de regarder l’oeuvre, il s’agit d’évoluer à
l’intérieur et d’en expérimenter les développements formels dans
l’espace. À l’instar du Leviathan de l’artiste Anish Kapoor (né en
1954, vit à et travaille à Londres) présenté dans la nef du Grand
Palais en 2011, la surface de l’oeuvre du collectif NUMEN/For
Use incarne une frontière sensible entre extérieur et intérieur,
extériorité et intériorité. Matérialisant le passage d’un lieu à un
autre et d’un état d’esprit à un autre, l’oeuvre forme un abri,
presque une enveloppe corporelle, au sein de laquelle le visiteur est confronté aux différences d’échelles entre son corps et
l’installation et ce faisant, à sa propre fragilité. À travers cette
expérience sensorielle et psychologique, vécue dans le temps, il
effectue les premiers pas du voyage intérieur que propose l’exposition.
NUMEN / For Use, Tape Melbourne, 2011.
Anish Kapoor, Leviathan, 2011. « Monumenta » au
Grand Palais. Courtesy Ministère de la Culture et de
la Communication
Forêt, 2014
Eva JOSPIN
« Depuis les temps les plus reculés la forêt pratiquement impénétrable
où nous nous perdons symbolise le monde obscur, caché, pratiquement
impénétrable de notre inconscient. »
Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fée, 1976
Les œuvres d’Eva Jospin (née en 1975, vit et travaille à Paris) et de
NUNEM/For Use, bien qu’esthétiquement très différentes, partagent
plusieurs points communs. Leur réalisation a nécessité un long travail
basé sur la répétition de mêmes gestes à partir d’un matériau pauvre,
familier et éphémère. À l’instar de Tape Paris, la Forêt d’Eva Jospin
matérialise un passage vers un autre monde et réfère, comme la forme
labyrinthique, à une épreuve qui aura valeur d’initiation pour celui qui
l’affronte. L’artiste travaille exclusivement le carton, qu’elle découpe,
lacère, assemble et colle pour faire naître son motif. Oscillant entre l’il-
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Eva Jospin, Forêt, 2013.