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Que se passe-t-il alors ? « Le vrai self surgira rapidement » (p. 59), écrit-elle. Mais
les « thérapeutes bouddhistes » – Nina Coltart se compte-t-elle parmi eux ? – « s’amuseront de voir que la personne doive attendre ce moment-là pour éventuellement comprendre que le soi qu’elle a réussi a atteindre n’est, après tout, qu’une illusion »
(p. 59). L’illusion qu’à grand peine la cure aura éradiquée, accouche… d’une illusion.
Pour le bouddhisme, en effet, le vrai self est illusion. Mais, qu’on ne s’y trompe pas,
intervient-elle, la pratique méditative ne recherche pas « la destruction du moi ou la
négation du moi. L’Occident s’est largement trompé en interprétant le bouddhisme
comme une pensée nihiliste » (p. 51). Non, ce qui l’attire dans le bouddhisme, ce n’est
pas une ascèse à faire « grincer des dents », c’est « un paradoxe délicieux » (p. 59) :
Le Bouddha a enseigné les pratiques, et notamment la discipline morale, qui
permettent de renforcer un soi sain ou en voie de guérison, émergeant de ses
faux self névrotiques, tout en affirmant que le vrai self , au sens d’une identité
immuable, n’existait pas (p. 60, italiques N. C.).
Cette idée qu’« au cœur de la vie se trouve une sorte d’insignifiance » (p. 51) est,
dit-elle, « tout à fait viable » et « se rapproche davantage de ce que nous comprenons
de la théorie de Winnicott sur le vrai et le faux self que de toute autre notion inquiétante pour notre esprit occidental conditionné » (p. 51-52). Le dernier mot, pourtant,
sera pour l’ignorance – au sens d’une des trois « passions de l’être » que Lacan a promues, après les avoir trouvées… dans le bouddhisme :
Bien entendu, dans le cadre d’une psychanalyse, nous faisons comme si –
comme s’il y avait un soi qui perdure, souffre, aspire à une guérison et au bonheur, se batte pour faire changer les choses, se connaisse souvent très profondément et vive certaines formes de réalisation (p. 60-61).
Pourquoi me navre qu’elle ajoute « et il en va de même dans le bouddhisme » ?
Sans doute la victoire de l’ignorance : le « délicieux paradoxe » bouddhiste l’aura,
jusqu’au dernier mot, efficacement protégée de la « grande énigme de la sexualité ».
Et je m’en étonne, c’est bien ma naïveté !
L’esprit de la psychanalyse
Si la psychanalyse est une pratique, sans cesse recommencée, c’est qu’aucun barrage contre les vagues de ce Pacifique d’ignorance ne tient. Freud, un temps, l’a
inquiétée : il a fait énigme de la sexualité. Le 8 mai 1973, Jacques Lacan commençait
la séance de son séminaire par une de ses « formules » (par lui supposées difficiles,
commente-t-il) :
[…] je donne ici mes formules
l’inconscient
ce n’est pas que l’être pense comme l’implique pourtant ce qu’on en dit, ceci
dans la science traditionnelle
l’inconscient
c’est, […], c’est que l’être en
parlant, quand c’est un être qui parle
c’est que l’être en parlant jouisse