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«Le temps partiel est de plus en plus souvent une forme de sous-emploi»
INTERVIEW
LE TEMPS PARTIEL EST UNE FORME DE TRAVAIL FÉMINISÉE (EN SUISSE, 80 % DES POSTES À TEMPS
PARTIEL SONT OCCUPÉS PAR DES FEMMES)
ment, le temps partiel recouvre des
modalités de travail très différentes les
unes des autres. On parle de temps partiel lorsqu’on travaille quelques heures
sur appel, mais aussi lorsqu’on travaille
selon un horaire fixe, à 80 % par exemple. Il y a deux raisons principales à
cela : premièrement, le temps partiel
est une forme de travail féminisée (en
Suisse, 80 % des postes à temps partiel
sont occupés par des femmes et plus de
la moitié de la population active féminine travaille à temps partiel). Deuxièmement, on définit toujours le temps
partiel par rapport au plein temps.
Autrement dit, le temps partiel est perçu
avant tout comme un travail féminin et
comme un travail qui n’en est pas tout
à fait un (ce qui va de pair!).
Mais il y a plus. Actuellement on
parle beaucoup du temps partiel car
le temps partiel est recherché par les
employeurs parce qu’il permet une
certaine flexibilité, en termes d’heures
supplémentaires notamment. Par ailleurs, le temps partiel est très souvent
une forme de sous-emploi, parce que
les gens sont à la recherche d’un plein
temps mais doivent se contenter d’un
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temps partiel. C’est notamment un
mode d’accès au marché du travail
de plus en plus courant. On offre aux
jeunes un temps partiel et le passage au
plein temps représente une promotion.
On voit bien que le temps partiel n’est
donc pas un aménagement du temps
de travail, c’est un mode d’emploi à
part entière, précaire très souvent, et
qui touche en priorité les femmes. Ce
n’est donc pas une forme de partage
de l’emploi.
Pour ces personnes,
ce temps partiel est-il liberté
ou piège, choisi ou contraint?
Pour certaines femmes et quelques
hommes, ce peut être un choix durant
une certaine période. Mais ce choix
dépend beaucoup du niveau de qualification et de la position professionnelle de la personne. Une avocate, par
exemple, pourra diminuer durant un
certain temps le nombre de dossiers
ou d’affaires, et retrouver ensuite la
position qu’elle avait dans son étude.
Mais, dans la plupart des cas, il s’agit
d’un temps contraint, qui corrèle souvent avec un faible niveau de qualifi-
Al l ez sav oi r ! / N° 24 O ct obr e 2002
cation et un statut d’emploi peu élevé.
Les gros bastions du temps partiel se
trouvent dans les services (vendeuses,
nettoyeuses, etc.). Parler du temps
partiel en termes de choix ou de contrainte, c’est un piège en soi, car on ne
parle que des personnes et on néglige
le marché du travail, lequel fixe l’offre
de travail et la plupart des gens n’ont
pas la possibilité de «choisir».
Pourquoi, lorsque l’on évoque
la réduction de temps de travail,
pense-t-on tout de suite
au temps partiel?
Ce sont deux choses complètement
différentes. En fait, le développement
du temps partiel représente un obstacle
à la réduction du temps de travail. En
effet, la réduction du nombre d’heures
travaillées passe aujourd’hui par la
diversité des modalités d’emploi, dont
le temps partiel. C’est plutôt vers cela
que tend le marché du travail et non
vers une réduction généralisée du
temps de travail. Ce sont deux choses
différentes.
Mais dans le discours sur la réduc-