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société »1. Déjà en 1978, avec le projet de maquette standardisée des banlieues américaines, Alteration to a suburban house, Dan Graham exploite le verre et le miroir. La façade d’un lotissement de banlieue américaine type est entièrement en verre, réfléchissant à la fois les maisons d’en face tout en exposant la vie qui se déroule à l’intérieur. Le mur du fond est lui tapissé d’un miroir redoublant le spectacle pour les habitants eux-mêmes2. « Les miroirs double-face me font penser à ces immeubles de bureaux, tout en verre, que les architectes du Bauhaus sont venus construire aux États-Unis après-guerre. On utilise le verre pour donner une impression de transparence et d’ouverture à ces immeubles qui sont souvent le siège de grandes sociétés. […] Le miroir, c’est aussi un moyen de réintroduire l’image, mais d’une manière tout à fait opposée à la perspective issue de la Renaissance »3. Plutôt que de construire comme Graham des objets architecturaux qui dédoublent, fragmentent, refendent le lieu, plutôt que de projeter des constructions faites pour ne pas avoir lieu, Matta-Clark détruit Homes for America, 1966-1967, sept éléments de 70 ou déconstruit des lieux existants4. Ces artistes x 100 cm, pages agrandies de la revue Art Magazine, ont voulu rétablir la solidarité de l’espace et de © Dan Graham, Courtesy Dan Graham et Marian l’échelle. Chez Graham, l’espace et l’échelle ne Goodman Gallery, New York. sont plus des données naturelles qui vont de soi. L’échelle prend une importance nouvelle : celle de la maquette conçue pour être regardée à hauteur d’yeux. Quant au lieu, il est à la fois inexistant, projeté dans un futur que l’on espère irréalisable et matérialisé pour un temps dans l’espace institutionnel de la galerie5. Dans ces installations, nous avons donc affaire à une expérience d’un temps informatif et performatif. Informatif, par la critique analytique que nous propose Graham et performatif en tant que le spectateur « active » l’œuvre. Celle-ci se déroule en temps réel et c’est cette temporalité directe qui participe de son processus de création. L’expérience de leur propre temporalité se trouve exploitée par des artistes tels On Kawara ou Roman Opalka au cœur de leur œuvre, elle en est le sujet et se développe continuellement de manière programmatique par le vécu de l’artiste. 1 GRAHAM, Dan, Ma position, Écrits sur mes œuvres, op. cit. , p. 146. 2 Le projet renoue avec Homes for America dont l’objectif était de proposer des photos documentaires, formelles et descriptives, prises sur deux ans, d’un lotissement de banlieue résidentielle à un magazine grand public comme une sorte d’imitation du photoreportage dans un contexte non artistique. L’article a été publié dans Arts Magasine (décembre 1966 – janvier 1967). 3 Entretien accordé à Birgit Pelzer, PAGÉ, Suzanne et alii, Dan Graham, catalogue de l’exposition, Dan Graham, op. cit. , p. 35. 4 En témoigne Splitting, (1974) que nous avons déjà évoquée, une maison suburbaine du New Jersey, analogue à celle que Graham prend pour cible, que Matta-Clark va littéralement fendre en son milieu, de haut en bas. 5 Se référer à l’article de Thierry de Duve, « Ex situ », Les cahiers du Musée National d’Art moderne, n°27, printemps 1989. 35