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Création 2011/2012 par la Compagnie Libre d'Esprit
Mise en scène
Nikson Pitaqaj
KnocK
KnocK
de Jules Romains
mise en scène
Nikson Pitaqaj
avec
Henri Vatin
Joseph Hernandez
Lina Cespedes
Yan Brailowsky
Zachary Lebourg
Remy Leloup
Nikson Pitaqaj
AnneSophie Pathé
JeanYves Duparc
2
« Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore. »
Pour le docteur Knock, qui débarque dans le bourg de
SaintMaurice, persuader ses nouveaux concitoyens de cet
état de fait est un jeu d'enfant. Surtout avec une
consultation gratuite tous les lundis, et la complicité,
involontaire, de l'instituteur et du pharmacien ...
Knock est l'illustration comique, sinon parfaite, de la manipulation à
grande échelle. Que sont la propagande, la publicité, les discours
démagogiques, populistes, les sectes, les religions, l'armée ou encore les
campagnes politiques ? Un dérivé de la théorie de Knock, rien de plus.
Jules Romains nous expose les fondements de ce pouvoir sur les masses.
Le personnage qu'il crée n'est pas tant un médecin escroc que l'apôtre
d'une nouvelle religion, la science, qui devient un outil permettant
d'assujettir la population.
Knock est une des pièces les plus connues du répertoire contemporain.
Qui ne connaît la célèbre réplique : « ça vous gratouille ou ça vous
chatouille » ? Paradoxalement, cette pièce est également une des œuvres
les plus méconnues. En effet, elle est très peu montée depuis
l’interprétation légendaire de Louis Jouvet dans sa création au théâtre en
1926 ainsi que dans ses versions cinématographiques (réalisées par Roger
Goupillières en 1933 et par Guy Lefranc en 1951).
« Vous êtes trop bon, docteur. Mais c'est donc grave, ce que j'ai ? »
« Ce n'est peutêtre pas encore très grave. Il était temps de vous soigner… »
Connue, mais peu montée, cette pièce est pourtant diablement d'actualité,
puisqu’elle parle d’une société effrayée, claustrophobe et frileuse,
phobique et névrosée, en proie à la peur de l’Autre, et obsédée par le
discours tour à tour inquiétant et rassurant de la Science.
La société du bourg de SaintMaurice décrite dans la pièce est finalement
bien proche de la nôtre, où les épidémies, les attentats et autres
catastrophes, annoncés de façon à provoquer l'angoisse, poussent les
hommes à rester cloîtrés chez eux, en proie à l'hypocondrie. Après les
peurs provoquées par l'épidémie de la vache volle, la grippe aviaire, ou le
virus H1N1, nous assistons au retour du Dr. Knock.
« La vérité, c'est que nous manquons tous d'audace, que personne, pas même moi, n'osera
aller jusqu'au bout et mettre toute une population au lit, pour voir, pour voir ! »
Ces thèmes profonds sont traités de façon hilarante par la plume de
Jules Romains qui cisèle une galerie de personnages hauts en couleurs.
La mise en scène mettra en valeur ces thèmes et ces personnages, en
explorant toutes les dimensions comiques d'une pièce qui, bien que
critique visàvis de la société, est un remède salutaire au catastrophisme
ambiant.
3
Adaptation
Knock fait aujourd'hui partie des personnages emblématiques du théâtre
français, à l'instar de Don Juan ou de Tartuffe. Mais comme ses illustres
prédécesseurs, Knock n'est pas un Machiavel au cœur froid. Ce séducteur
qui professe « le style médical » apparaît même, de prime abord, comme
un personnage fantasque que le docteur Parpalaid n'hésite pas à appeler
de « chimérique ».
Cette adaptation cherche ainsi à nous faire redécouvrir ce qui, chez
Knock, peut permettre la manipulation à grande échelle, ce qui la rend
innocente, voire désirable. Knock, on le voit très rapidement, n'est là que
pour tendre un miroir à la société, afin qu'elle découvre par ellemême
ses maladies ou ses angoisses. Au cours des scènes, l'on s'aperçoit alors
que c'est la population de SaintMaurice qui, par son comportement, ses
préjugés et ses peurs, encourage le nouveau docteur à distribuer des
ordonnances comme des bonbons et à mettre progressivement toute la
population au lit. La population tout entière est ainsi complice de cette
vaste supercherie.
La crédulité et l'incrédulité participent d'une même paranoïa collective,
et Knock ne fait que suivre, avant de les exploiter, les inclinations
naturelles des individus, de l'humble tambour de ville à la riche héritière,
de l'instituteur au pharmacien.
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Trois temps
La pièce, construite en trois actes, illustre cette
transformation, avec un découpage temporel entre passé,
présent et avenir.
Le premier acte montre d'abord avec quelque nostalgie une
population en bonne santé, des personnages joyeux,
folkloriques, illustrant le monde des fêtes foraines et le bon
sens paysan.
Après l'arrivée du Dr. Knock, l'acte 2 fait place à une
atmosphère plus inquiétante, où les personnages autrefois si
vivants découvrent, effarés, qu'ils sont « plus ou moins
atteints de maladies plus ou moins nombreuses à évolution
plus ou moins rapide ».
L'acte 3, qui annonce l'avenir et le triomphe de la médecine,
dévoile une population tout entière au lit, dont la vie est à
présent régie par les prescriptions du Dr. Knock.
5
« Depuis mon enfance, j'ai toujours lu avec passion les
annonces médicales et pharmaceutiques des journaux, ainsi que
les prospectus intitulés « mode d'emploi ». Dès l'âge de neuf
ans, je savais par cœur des tirades entières sur l'exonération
imparfaite du constipé. Ces textes m'ont rendu familier de
bonne heure avec le style de la profession… »
(Acte 1)
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Note de mise en scène
Loin de chercher les effets comiques rendus possibles par la
précision géniale de l'écriture, le jeu des comédiens nous
invite d'abord à comprendre les personnages, voire à nous
identifier avec eux.
Le premier acte dévoile une scène vide
qu'occupent des personnages pleins de
vie et d'humour. C'est le temps de la
musique et de la fête.
L'acte 2, en revanche, s'ouvre sur un
espace resserré autour d'une chaise au
centre du plateau. C'est le temps de
l'interrogatoire et des interrogations
d'une société qui découvre les théories
« profondément modernes » du nouveau
médecin du pays. Le jeu des comédiens
demeure cependant léger et rapide,
surprenant le spectateur avec humour
et absurdité.
Le dernier acte se débarrasse de la
chaise et fait place à une multitude de
lits où gisent des malades. L'espace
privé est oblitéré à la faveur de lieux
« hygiéniques » qui, paradoxalement,
expriment l'enfermement dans un
système totalitaire où trône la médecine
et ses infirmiersaubergistes.
Ce n'est qu'à la fin de la pièce que l'on
comprend l'étendue de la folie des
personnages et le sens profondément
comique (ou tragique) de la pièce. En
cela, la pièce effectue chez le spectateur
la célèbre catharsis, ou purgation
(encore un terme médical !),
qu'affectionnaient les Anciens.
Au terme de la représentation, une
question demeure dans les esprits :
« Mais … comment en eston arrivés
là ? » L'on s'aperçoit alors à quel point
la pièce de Jules Romains reste d'une
brûlante actualité et d'une drôlerie
assassine.
Nikson Pitaqaj
7
Scénographie de la « Lumière Médicale »
La scénographie suit la construction de la pièce et
explore le sens de la dernière didascalie de la pièce,
où Jules Romains parle de « Lumière Médicale ».
Le premier acte est lumineux, rien ne vient
encombrer le plateau, laissant aux personnages le
soin de mettre en valeur leur énergie.
Le deuxième acte est éclairé au néon, avec
une lumière resserrée autour de la chaise qui
trône au centre du plateau. L'atmosphère
rappelle celle des commissariats de police
dans les films noirs des années 40 ou encore
les tentes de chirurgiens militaires.
Le troisième acte est éclairé avec
de la lumière noire qui fait éclater
les tissus blancs, la maladie, la
pâleur… bref, les couleurs
(in)hospitalières de la science
moderne que défend le Dr. Knock.
Celuici n'hésite alors plus à se
mêler aux spectateurs qui sont, eux
aussi, nimbés de blanc.
8
Nikson Pitaqaj
Né à Gjakovê, au Kosovo. Fondateur de la compagnie Libre d'Esprit.
De langue maternelle albanaise, après des études de cinéma (ETTIC),
Nikson Pitaqaj s’oriente vers le théâtre, d’abord en tant qu’acteur,
puis en tant que metteur en scène et auteur dramatique.
En 2000, il crée la compagnie Libre d’Esprit avec l’idée de fonder
une véritable troupe populaire qui puisse mettre l'accent sur le tra
vail du comédien. Pendant plusieurs années, il écrit et met en scène
plusieurs de ses propres textes ('Le vrai du faux des gitans', 'Avec ou
sans couleurs', 'Mon ami paranoïaque'…), avant d'exprimer le souhait
de travailler sur des textes d’auteurs classiques ou contemporains du
XIXe et XXe siècles, notamment d'Europe de l'Est ou d'Europe
Centrale (Tchekhov, Dostoïevski, Kleist, Vaclav Havel). Dans son
travail, Nikson Pitaqaj associe une lecture précise du texte et un
important travail sur le jeu des comédiens, en proposant des adapta
tions qui permettent au public de redécouvrir des œuvres trop sou
vent lues de façon univoque.
Pendant plusieurs années, Nikson Pitaqaj organise également en
SeineSaintDenis plusieurs évènements culturels ayant pour thème
les Balkans, carrefour de l’orient et de l’occident, lieu de rencontres
et de conflits. Ces évènements réunissent pendant plusieurs semaines
gens de théâtre, musiciens, artistes plasticiens, cinéastes et écrivains.
9
Jules Romains
Fils d'instituteurs, né à Saint
JulienenChapteuil le 26 août
1885 et décédé à Paris le 14 août
1972, Jules Romains grandit à
Montmartre dans le respect de
l'idéal laïque et rationaliste.
Après des études au lycée
Condorcet, il est reçu en 1906 à
l'agrégation en philosophie. En
1909, il devient enseignant. Il
publie son premier recueil de
poèmes en 1904. L'idée
maîtresse de toute son œuvre est
l'unanimisme selon lequel la
somme des âmes individuelles
crée une âme collective régissant
un groupe social, affirmant ainsi
un lien quasimystique entre les
êtres et la nature, et entre les
êtres euxmêmes. Jules Romains
expose sa théorie dans 'Le
Manuel de déification' (1910),
l'exprime dans sa poésie 'La Vie
unanime' (1908) et 'Le Premier
Livre de prières' (1909), et dans
ses romans : 'Mort de quelqu'un' (1911), et 'Les Copains' (1913). Au théâtre
également, Jules Romains s'intéresse aux chefs qui manipulent les
inconscients collectifs, comme dans 'M. Le Trouhadec' saisi par la débauche
(1923) et son célèbre 'Knock ou le triomphe de la médecine' (1924). Son
œuvre maîtresse, Les Hommes de bonne volonté, vingtsept volumes publiés
de 1932 à 1946, est une fresque unanimiste qui suit le destin d'une multitude
de personnages de 1908 à 1933, mêlant grande et petite histoire, avec en fil
rouge deux protagonistes. La technique de la variation des points de vue
permet à Jules Romains de donner une vision kaléidoscopique des
événements dans le but de représenter la totalité de l'expérience humaine. En
1946, Jules Romains est élu à l'Académie française.
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Photographies © Philippe Bréchet
Fiche Technique
Décor :
une chaise
2 lits de camps (pliables)
Ouverture et profondeur : 4 m.
Lumières :
3 faces, 2 contres
4 néons (propriété de la Compagnie)
Pas de son.
Durée du spectacle : 1h20.
11
La compagnie Libre d’Esprit
Directeur artistique : Nikson Pitaqaj.
Depuis sa création, en 2001, la compagnie est une équipe à la recherche
d’un théâtre populaire, affirmant la théâtralité et la priorité donnée au jeu
de l’acteur. Faire du théâtre, c’est raconter une histoire, et chaque histoire
au théâtre défie les limites de temps et d’espace, permettant de ressentir
l’autre, l’étranger, comme une part de soimême. Le théâtre offre un
moment de pensée particulier, qui passe par l’émotion et où le collectif
l’emporte sur l’individuel. C’est cela qui fonde son caractère populaire.
'Knock' est une création en résidence à l'Épée de Bois (Cartoucherie), avec
le soutien du Théâtre le Grenier de Bougival (78), du Théâtre Royale
Factory (78), du Festival Antigel (Conseil Général 78), de L'Aphélie et de
Nouvelle Vague.
Une coproduction de la compagnie Libre d'Esprit,
d'ADAMI et de la SPEDIDAM.
Tél : 01 45 79 63 47
06 76 80 73 42
Compagnie Libre d’Esprit
8 quater rue de l’Ingénieur Keller
75015 PARIS
Licence : 1010510
SIRET : 44036933800015
Contact : [email protected]
Diffusion : [email protected]
Internet : www.libredesprit.net
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Knock, de Jules Romains par Nikson Pitaqaj
Vendredi 13 juillet 2012
Différent de l'incroyable interprétation de Louis Jouvet dans cette idée
d'évolution inattendue, Yan Brailowsky fait tout de même ses preuves en
faisant briller la scène de l’Espace Alya avec son interprétation du fameux
Docteur Knock de Jules Romains. Avec ses attitudes contrôlées, ses gestes
maniaques et son air de vampire coincé, à la limite du tyran fou, il entraîne
le spectateur dans sa quête du pouvoir absolu, dans son ascension vers
l’apogée de la reconnaissance médicale. Le décor est simple mais astucieux
et efficace, composé de rideaux suspendus qui créent des compartiments et
instaurent une ambiance aseptisée et sous contrôle. Quant au travail de mise
en scène de Nikson Pitaqaj, ses idées originales dans les mouvements des
corps et les expressions marquent bien le caractère atypique de tous les
personnages, mais, surtout, de leur évolution sous l’emprise de l’aura
empoisonnée du cher Docteur Knock.
Savannah Macé
http://planchescourbesetplanchesaclous-liens.over-blog.com/article-knock-de-julesromains-par-nikson-pitaqaj-108098423.html
Jeudi 19 Juillet 2012