Download Lire l`article
Transcript
LES DERNIÈRES PERFIDIES DE D’ALEMBERT 67 6.2. LES DEUX DERNIERS PARAGRAPHES Comme nous le verrons plus loin au paragraphe X, d’autres sous-mémoires sont rédigés explicitement à l’occasion de certains événements ou de certaines lectures. Notons surtout les deux derniers portant tous deux le numéro « quarante » : le § XL (1) part d’une lettre de Herschell publiée dans le Journal des Savans de juillet 1783 et le § XL (2) commente un mémoire de Lagrange sur les fluides, publié dans l’Histoire de l’Académie de Berlin pour 1781 et parvenu à D’Alembert en 1783, à un moment qu’il serait intéressant de préciser6. Quoiqu’il en soit, D’Alembert écrit donc encore sur les mathématiques quelques mois avant sa mort (qui a lieu le 29 octobre) et la rédaction de ce tome IX s’étale donc sur un peu moins de deux ans et demi. Nous donnerons dans l’édition du volume III/9 des Œuvres des discussions plus serrées sur toutes ces datations. 7. LES CONTENUS DE CES QUARANTE « SOUS-MÉMOIRES » Tentons maintenant de juger de l’appréciation-dépréciation, reproduite plus haut, selon laquelle ce tome IX ne serait composé que de vieux papiers polémiques déjà plus ou moins publiés, d’extraits d’articles de l’Encyclopédie, et de calculs mathématiques ne menant à rien, que Condorcet a sagement décidé de ne pas publier. Nous allons, par commodité, les regrouper par grands thèmes et nous insisterons un peu sur les passages les plus piquants et les plus novateurs (sous réserve d’examen plus approfondi). De façon un peu arbitraire, nous les évoquerons dans l’ordre suivant : astronomie, optique, figure de la Terre, fluides, mécanique et mathématiques pures ; nous traiterons des probabilités dans le paragraphe 8 suivant. 7.1. ASTRONOMIE Le § XIX, intitulé de façon vague « Sur quelques objets d’astronomie physique » (MS 1792, ff 300-306, 340-363) est en fait un document de caractère exceptionnel et même miraculeux pour un historien des sciences : c’est tout simplement l’affirmation de 26 « priorités » revendiquées par D’Alembert sur la figure de la Terre, la mécanique céleste et les lentilles achromatiques et omises par Bailly dans son Histoire de l’astronomie moderne. En quelques pages, l’auteur indique donc ce qu’il estime avoir apporté d’essentiel au sujet, ou dans son œuvre ; ceci est d’autant plus précieux que les mémoires en question, essentiellement issus des Recherches sur le systême du monde et des Opuscules, étaient très éparpillés, pas toujours très bien rédigés et les idées pas forcément bien dégagées. Nous évoquerons le moment venu, un peu plus bas, les revendications relatives à la figure de la Terre et aux lentilles achromatiques. Celles concernant la mécanique céleste se décomposent en quatre rubriques : la théorie de la Lune (ff 340-352), la théorie de Jupiter et de Saturne (f 353), les comètes (ff 354-359) et la précession des équinoxes (ff 360-361), comportant respectivement six, un, cinq et deux points. Chacune de ces 26 revendications est très précisément référencée, les pages exactes étant données. Nous renvoyons au document lui-même et aux annotations 6 Lagrange envoyait quelquefois à D’Alembert des tirés-à-part de ses mémoires qu’il était allé chercher à l’imprimerie avant la publication du volume entier ; inversement quand le volume sortait officiellement en librairie à Berlin, il pouvait mettre un certain temps avant d’arriver à Paris et encore plus à D’Alembert : il convient donc de rester prudent sur les dates à quelques mois près.