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COMPTES RENDUS
conduire à une injustice évidente (argument négatif ou exclusif concernant les cas
d’espèce extrêmes) ; (3) le droit n’est pas identique à l’ensemble des lois, mais il inclut
aussi des principes (fondamentaux) du droit qui viennent compléter et structurer les
normes positives du droit (argument de la structure ouverte du droit). Voici, pour
conclure, la définition du droit selon Alexy, dans toute sa complexité :
« Le droit est un système de normes défini par les éléments suivants : (1) il prétend
à être juste (richtig) ; (2) il comprend (a) l’ensemble des normes qui font partie d’une
constitution en général socialement efficace et qui ne sont pas extrêmement injustes
(ungerecht), ainsi que (b) l’ensemble des normes qui sont posées conformément à cette
constitution, qui présentent un minimum d’efficacité (ou de chances d’efficacité) sociale
et qui ne sont pas extrêmement injustes ; (3) il comprend les principes et les arguments
normatifs divers sur lesquels s’appuie (et/ou doit s’appuyer) la procédure de l’application
du droit, afin de répondre à la prétention à la justesse (Richtigkeit) » (p. 201).
Michael WALZ
Gunther TEUBNER, Le droit, un système autopoïétique, traduction de Gaby Maier et
Nathalie Boucquey, PUF « Les voies du Droit », 1993, 281 p.
Il s’agit de la traduction de l’ouvrage de Gunther Teubner, Recht als autopoietisches
system, édité en 1989. Et l’ambition n’est pas mince, puisqu’il s’agit de réconcilier en
les dépassant l’approche normativiste qui coupe le droit du social et l’approche sociologique qui limite le droit au social, par la théorie de l’autopoïèse juridique posant
« l’autoreproduction d’un réseau communicationnel », en interférence avec d’autres
réseaux communicationnels que le droit. Ainsi dans le système social global, autopoïétique de premier degré, se greffe un système de second degré constitué par les règles juridiques. L’auteur n’hésite pas à annoncer là une « acception entièrement nouvelle du
droit »… Dans un luxe de formulations savantes et de vocabulaire varié, qu’un esprit
simple percevrait parfois comme exotiques, la démonstration est entamée et menée à
bon port. On peut même y voir un tour de force dans la mesure où l’auteur arrive d’une
façon rigoureuse et convaincante à marier dimension sociale et autonomie systémique
pour sortir de l’aporie premièrement établie.
Le droit est un système autoréférentiel dans la mesure où sa validité lui est interne :
le droit n’est produit que par le droit, dans un mouvement circulaire qui boucle la
logique la plus immédiate à la procédure la plus affinée, entraînant maints paradoxes et
apories ; à ce titre, il est imprévisible, tribut de son autonomie. La tentation du déconstructivisme est alors grande. Mais pour que la circularité du droit n’y donne pas prise, il
faut précisément avoir recours à la théorie autopoïétique qui place cette circularité non
comme faute logique mais comme problème inhérent à la pratique juridique dans une
société qui fonctionne de manière cyclique. Il y a alors influence causale de l’environnement du système autoproducteur qui organise les jonctions sélectives ainsi établies avec
un soubassement déjà structuré.
Le droit est donc un système social autopoïétique de second degré. Il opère une
« clôture opérationnelle… par la production auto-référentielle des composantes systé-