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Metz, nous paraissent plus belles et plus
émouvantes encore.
Henri Vuillemot, c'est le soldat de Lamennais, le soldat de la liberté et de la pensée en
même temps que de la discipline et du devoir.
Il songe, mais il obéit, t Jeune soldat, où vas-
V A R I É T É S
Le
lieutenant
Vuillemot
Il y a sons roche, dit l'Indépendance belge, une
Correspondance
oui ferait événement, et qui
mon livrait à la France qu'elle compte, parmi
ses morts inconnus, des enfants dignes d'être
illustres, mais la famille s'oppose, par un scrupule exagéré, à Ja publication de ces lettres.
I l s'agit do la Correspondance
du
tu?
lieutenant
f
Quel dommage et que je voudrais que la
famille se décidât enfin à livrer ces émouvantes pages au public ! Ce fut l'Indépendance belge
justement qui, il y a bien des années, révéla
au monde lettré l'existence du lieutenant
pleuré Vuillemot. M. Jules Janin
(Erastc)
donna un jour de courts extraits de la correspondance du jeune officier, et tous ceux qui
les lurent en furent vivement frappés. Micheiet, Daniel Stern, V . Hugo, Victor Cousin, les
esprits les plus divers, se sentirent conquis par
cette sincérité, cette ilamme, cette verve de
jeunesse glorieuse. Henri Vuillemot demeurera classe (car tôt ou tard son œuvre sera
connue) parmi ces écrivains aimés des dieux,
comme eussent dit les Grecs, et qui meurent
jeunes. Mais ni la touchante, intime et profonde correspondance de Victor Jacquemont,
ni les pages pleines de froissement de sensitive
et un peu trop parfumées d'encens d'un Maurice ou d'une Eugénie de Guérin, ni les lettres
hautes en couleur et chargées de ton de Henri
Rpgnault ne m'ont causé l'impression rnâleque
laissent après elles les lettres du lieutenant
Vuillemot.
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dit l e vieux soldat de Béranger. L e lieutenant
Vuillemot devait mourir comme il l'avait souhaité, et si la parole de Gœthe est vraie : une
belle vie, c'est le rêve de la jeunesse réalisé
dans l'âge mûr, ce soldat fut heureux, car il
trouva en pleine vigueur et en plein rêve le
martyre souhaité, comme ce lieutenant Poitevin qui tomba à l'Aima, en plantant le drapeau de son régiment sur la tour du Télégraphe.
11 semble que ces hautes et hères pensées
empruntent un accent plus pénétrant encore
aux circonstances actuelles, et que ces lettres
d'un soldat, lues au lendemain de Sedan et de
ù Pnmlable
combattre
monde!»
Et pourtant, I I . Vuillemot ne raisonne
pas ainsi, et ce* soldat qui tombera sous les
coups des Russes, dans une nuit de siège,
rêve des horizons pacifiques et un avenir
apaisé.
« Il y a, écrit il à nn ami, quelque chose que
« je ne puis admettre, c'est la guerre pour
« donner la liberté (la lettre est datée de
Phalsbourg, 8 décembre 1852). Il me semble
que lorsqu'un dix-neuvième siècle a pour
phares lumineux iant de génie dans les
sciences, dauB les lettres, dans les arts, dans
la politique, dans la guerre, il me semble
que l'homme n'a qu'à ouvrir les yeux pour
marcher directement vers le seul but qu'il
t doit avoir, le bonheur detouspar le bonheur
t individuel, car il est certain que les plus
• grands progrès vers la liberté sont l'œuvre
« de l'esprit e t non des armes. Et cependant,
j'en conviens, sans recours aux armes, il n'y
aurait pas eu de 89, pas de 1830, pas de
1848. Aussi, que l'avenir est terrible à envisager !
« Il n'est pas douteux que l'homme ne
prenne de nouveau les armes pour essayer
un nouveau pas vers le progrès. Je voudrais
ne pas le croire, mais j e le crois... Mon cher
ami, j e respecte trop le génie pour élever
devant lui mon atome d'intelligence (allusion à Victor Hugo et à ses théories belliqueuses). Mais j e ne puis me faire l'idée
qu'il est utile que des hommes s'entrefuent
pour produire un bien, et, en disant cela, j e
ne crains pas qu'on me taxe de faiblesse de
cœur, car mon sang, jusqu'à sa dernière
goutte, est prêt àse répandre pour la France,
cette patrie qui pleure si amèrement Victor
Hugo et que son cœur défend encore dans
« l'exil. Dieu des fois, déjà, j ' a i exprimé,
« comme soldat, un vœu impossible : J'aurais
Vuillemot pendant la guerre d'Orient. Henri
"Vuillemot fut lieutenant an 7« régiment de line et tomba mortellement frappé devant Sôastopol. il y a vingt ans, dans la nuit du 31
janvier 1854. (Votait un cœur haut placé et un
esprit érudit et enthousiaste. Il avait laissé un
journal quotidien de ses impressions et une correspondance à des amis, à un camarade fraternel entre autres, et ce sont ces lettres et ce
journal que M. Ilelzet se proposait de publier.
Certes, la renommée de ce nom de Vuillemot
y e û t g a g n é . 11 y a, dans les pages laissées par
ce jeûne et loyal soldat, une telle élévation do
sentimeiiis, un si vif amour de la patrie, une
telle netteté de vues sur l'armée, sur ses défauts, sur ses héroïsmes, que si la correspondance du lieutenant Vuillemot eût'été intégralement publiée, je né doute pas que la littérature française ne se fût trouvée enrichie d'un
beau livré de plus.
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Une Buanderie
sont si
Vuillemot
On me dit qu'Henri Vuillemot compte dans
sa famille nn général célèbre et qui craindrait
que les idées personnelles du lieutenant, ses
libres jugements sur les hommes et les choses
de l'armée ne portassent atteinte à la discipline.
Mais a-t-on à craindre que l'exemple d'un
officier qui sut si bien vivre et si bien mourir
fasse jamais des indisciplinés? Au contraire, un
grand mot semble, si je puis ainsi parler, resplendir sur la tombe du jeune soldat tombé
dans la nuit du 31 janvier'1854, et ce mot est le
mot de devoir. Ne craignez rien, avec de tels
exemples, vous ferez, au contraire, une armée
véritable, solide, pensive et résolue.
D'ailleurs, en dehors même de ia physionomie militaire de I I . Vuillemot. qu'on pourrait,
sur certains points, comparer à Paul de Molènes, ce rêveur, il y a, dans la correspondance
du lieutenant, unequantité de pages purement
littéraires et poétiques et qui ne rappellent
personne.
C'est ainsi que Vuillemot, quittant Phalsbourg, entonne une sorte de cantique digne
d'Obermann, mais d'un ton très particulier et
très pénétrant : • Où sont les ruines où je me
f suis reposé ? les arbres où j'ai gravé desinit tiales chéries, les sources où j'ai laissé tom« ber des larmes ? »
IMPRIMERIE COMMERCIALE
I
du lieutenant
profondément belles qu'elles émurent les
inoins sensibles, à une époque où l'on avait
cependant à chercher de l'émotion ailleurs que
dans le souvenir oublié d'un soldat tombé en
Crimée. Combien d'autres alurs notre patrie en
avait vu mourir! C'était en décembre 1870, en
plein Paris assiégé. Le journal le Temps avait
commencé dans son feuilleton la publication
des extraits du journal et de la correspondance
du lieutenant. Le premier article parut justement le jour de la bataille de Champigny et,
quoique l'attention et les angoisses fussent
beaucoup plus tournées vers la Marne que vers
les feuilletons des journaux, la révélation de
ce talent rare et de cette âme haute ne passa
nullement inaperçue. Malheureusement, les
seuls lecteurs du Temps, dans une ville bloquée, purent pénétrer dans l'intimité de cette
conscience de soldat; aujourd'hui ces feuilletons sont introuvables ; et si la famille persisté
à ne point vouloir réunir, sous la forme plus
durable du livre, les extraits du journal do
Henri Vuillemot, nn véritable monument littéraire demeurera inconnu peut-être de toute
une génération. Quant à être perdu, c'est
impossible. Tôt ou tard, ces lettres prendront rang dans les bibliothèques, à côté des
èpistoliers les plus remarquables et les plus fameux.
440
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310
513
312
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307