Download MARDI 11 MARS 2008
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ÉLOGE MALGRÉ LUI D’UN BIBLIOPHILE QUI TIENT À L’ANONYMAT N’y a-t-il pas obligation - pour celui qui la connaît – de rapporter une aventure humaine et intellectuelle sans guère d’équivalent ? Une aventure telle que Balzac s’il en avait eu connaissance n’eût peut-être pas dédaigné de transposer en un conte à la façon du Cousin Pons ! D’abord il faut imaginer un enfant unique, sage dès sa naissance, vivant heureux près des siens. Dès l’âge de douze ans il achète des livres, forcément modestes pour commencer, ceux qui sont à la portée de sa bourse, et il les lit consciencieusement. Comme cela s’est toujours vu en pareil cas, il acquiert une culture étendue. Dans un concours radiophonique de la fin des années cinquante il gagne, grâce à ses connaissances littéraires, un premier prix qui le met à même d’acheter un appartement. Son goût se forme et le porte vers des idées nouvelles, en particulier celles que véhicule la seconde vague du Surréalisme. La connaissance qu’il a des milieux de la librairie et de l’édition lui donne l’idée de devenir une sorte de porte-parole occulte de tout ce qui, en fait de livres, se démarque de la routine. Il devient courtier, représente de petites maisons courageuses publiant à la force du poignet des ouvrages porteurs de messages nouveaux ornés d’une ou de plusieurs figures gravées qui cependant laissent le grand public indifférent ou narquois. Mais lui connaît dans Paris les points où l’on peut trouver audience ; il place des exemplaires aux bons endroits et favorise autant, sinon davantage que les quelques chroniqueurs spécialisés, la propagation d’une façon de penser, d’une forme d’art renouvelées. Il rencontre les grandes figures du Surréalisme, se lie d’amitié avec Breton, Péret, Tzara et quelques autres. Des correspondances échangées avec Pab et René Char attestent une connivence sur de longues années. Mais ce colporteur des temps nouveaux ne manque pas de conserver par devers lui non seulement un, mais encore deux, trois ou quatre exemplaires de certaines publications qu’il a aidées à voler de leurs propres ailes. Et c’est là que l’on aurait pu lui suggérer de choisir la devise Non seulement mais encore pour son ex-libris s’il en avait eu un (on a dit qu’il était modeste). 2