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169815VDN_TRANSFUGES_fm9_xml.fm Page 13 Mardi, 20. septembre 2011 10:42 10 introduction biné de ces divers contacts : si l’on admet que le pastiche de Balzac partage des personnages non seulement avec La Comédie humaine mais aussi avec le pastiche de Flaubert, s’ensuit-il que ces derniers entretiennent par son intermédiaire une relation transfictionnelle1 ? Autrement dit : la transfictionnalité est-elle, pour parler comme les mathématiciens, une relation transitive ? Jusqu’où les réseaux, parfois tentaculaires, que les fictions tressent les unes avec les autres s’étendent-ils ? On voit mieux la spécificité de l’approche transfictionnelle. Certains se demanderont cependant si celle-ci ne fait pas l’économie du texte au profit de relations diégétiques indifférentes à leur matérialisation discursive. On verra que tel n’est pas le cas, et que c’est bien souvent à hauteur de « textures », pour reprendre un terme de Doležel, que se décident bien des relations transfictionnelles. Il reste que celles-ci, en donnant les personnages comme autonomes par rapport aux textes qui les instaurent, s’exposent à une objection d’ordre esthétique qu’on pourrait être tenté d’étendre à l’étude qui cautionnerait une pratique quelque peu suspecte. Qu’on se souvienne de réactions comme celle qu’exprimait Béatrice Didier il y a une quarantaine d’années : Verrait-on Ellénore resurgir dans un autre roman de Benjamin Constant et cette fois, comme personnage secondaire ? Cela est impensable. Car il est des romans qui retracent une aventure unique et achevée (par la mort des personnages ou non, là n’est pas la question ; la mort finale n’est que le moyen de traduire symboliquement ce que l’expérience a d’unique et d’achevé). (Didier, 1972 : 21, cité dans Aranda, 2001a : 147-148) Dans une perspective structuraliste stricte, celle de Todorov à la même époque, l’interdit ne serait pas limité aux « romans qui retracent une aventure unique et achevée » mais vaudrait pour toute fiction : 1. Cela revient à se demander quelles stratégies interprétatives les lecteurs seront enclins à adopter. C’est aussi ce que suggère l’exemple de la chaîne transfictionnelle qui relie La Peste à L’Étranger, et ce dernier au Malentendu : le tressage d’un (discret) fil conducteur entre les œuvres est indéniable, mais il n’est pas sûr que tous les lecteurs en concluront à une porosité diégétique permettant au Dr Rieux, par exemple, de séjourner à l’auberge où Jan a été tué. 13