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ILS S'EXHIBENT POUR EXISTER
Alain Buisson, La Dépêche du Midi, article paru le 02/09/2001
Pendant deux mois, « Loft Story » a divisé les Français sur un sujet de discorde inédit.
D'un côté, ceux qui buvaient les paroles de Loana sans modération; en face, la vague des
indignés; entre les deux, une majorité silencieuse indifférente et vaguement amusée. Le «
zyeutage » des futilités d'une existence quasi-cellulaire de filles et de garçons filmés en
continu a néanmoins éclipsé l'été pourri, la crise boursière, les licenciements et les sales
guerres sur le globe. La « télé-réalité » s'est installée dans le quotidien de tous ceux qui ont
invité Loana, Christophe et la bande de cloîtrés volontaires plusieurs fois par semaine à la
maison. Il semble bien qu'on ne l'en délogera pas de sitôt. L'intimité de gens « comme
tout le monde » exposée sans voile, pas même une feuille de vigne, accroche un large
auditoire - plus de doute possible après cette éclatante démonstration de M 6. La rentrée
est là, les grilles sont prêtes et la « réalité » s'insinue partout. M 6 et TF 1 - qui avaient eu
des mots en plein « Loft Story » - vont entamer un formidable deuxième round sur le ring
de l'Audimat en opposant deux groupes de « lofteurs ». Le registre diffère, pas le concept.
Rien ne va plus depuis que M6 a retiré la perfusion « Loft Story » à ses millions de
téléspectateurs début juillet. Avec « L'été de Loana », on gardait espoir. Mais là, il va falloir
se faire une raison. C'est bel et bien fini. Fini!
Il va falloir s'y faire ou déserter. Au choix.
Par Yves Rouquette, La Dépêche du Midi
S'y faire ou déserter. À quoi bon s'inquiéter, s'indigner, se scandaliser, faire appel aux
analystes et aux spécialistes des transformations « sociétales », parce que de plus en plus
de gens, devant les caméras et les magnétophones de la télévision viennent se mettre à
poil jusqu'au tréfonds du fondement et au plus tordu de leur libido?
Ça n'en vaut pas la peine. Tout cela est vieux comme l'humanité. On n'a pas attendu la
télé pour qu'on exhibe sur la place publique les plaies, les ulcères, les croûtes, les bras sans
mains, les jambes sans pieds. Et pour tendre sa sébile.
Le commun des mortels aime ça. Le spectacle des horreurs en tout genre lui convient,
qu'il s'agisse du veau à cinq pattes, de la femme à deux têtes ou du galeux, le pauvre Job
sur son fumier. Jadis, il était prêt à jeter quatre sous dans l'escarcelle du misérable.
Aujourd'hui, pour se repaître de misères banales, il est prêt à engloutir toutes les réclames
de la publicité qui entrelardent tous les reality-shows.
C'est sans doute que la bête humaine prend du plaisir à la douleur des autres, à la façon de
ces vieillards qui se ragaillardissent à enterrer plus jeunes qu'eux. Après tout, si ce
déferlement de confessions, de règlements de comptes entre époux ou amants et parents
ou enfants, est aussi insupportable qu'on veut bien le dire, il n'y a qu'un geste à faire:
zapper vers d'autres programmes réputés moins idiots ou balancer son poste à la
poubelle. C'est ce que j'ai fait le jour où je me suis vu, à 13 h 35, en train de regarder
chanter Sheila, alors que pour rien au monde je ne serais sorti devant ma porte si elle y
avait été, poussant ses chansonnettes tocardes.
Il y a cependant plus grave, bien que ce soit aussi ancien et aussi répandu que le
voyeurisme d'élite ou de masse. C'est le goût des individus - dont tous ne sont pas
imbéciles - pour la confession impudique, le strip-tease intellectuel, le slip-tease (pour
parler comme Raymond Queneau) littéraire ou présumé tel.
Les Américains ont, pour ce type d'effeuillage, un mot qui me plaît bien: c'est celui de «
burlesque ». Rien n'est, en effet, plus tristement désopilant que cette femme, par exemple,
annonçant devant le petit écran à son homme, qu'en trente ans de vie commune, il ne l'a
jamais fait jouir. Mais est-ce là une spécialité télévisuelle? Pas du tout. Jean- Jacques
Rousseau grattait ses plaies pour le plus grand bonheur de ses lecteurs. L'admirable « Mort
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