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comme tout corpus juridique, appelle interprétation et jurisprudence, de sorte qu’il est tout à la fois envahi et enveloppé par des normes implicites de conduite. Au “ code de la route ” répondent et correspondent les “ normes implicites du volant ”. Elles se caractérisent principalement par leur indexation aux situations : il s’agit moins d’appliquer mécaniquement un cadre légal, dont l’utilité est certes incontestée, que d’adapter les règles qu’il énonce au contexte concret de l’action ou encore à la représentation qu’on s’en est forgée au fil des kilomètres. La situation tend plutôt à primer sur la règle, de sorte qu’enfreindre le code de la route peut ne pas produire de sentiment de déviance : bien au contraire, la rigidité paraît anormale à beaucoup de conducteurs. L’écart entre code de la route et normes implicites du volant est d’autant plus perceptible que l’on circule aussi maintenant dans des pays étrangers dont l’exotisme nous dépayse fortement : en ces pays, on est souvent surpris des réactions des conducteurs ou des chauffeurs de taxi par exemple et l’on peut tenter de reconstituer quelques unes de ces normes implicites de conduite qui nous échappent d’emblée faute d’être autochtones. Finalement c’est bien autour de cette bipolarité, respect scrupuleux du code de la route vs. adhésion aux normes implicites de conduite, que se construisent des styles de conduite automobile. Pour les styles de conduite, qui gravitent autour du pôle de la souplesse adaptative implicite, la présence des forces de l’ordre et leur répression des infractions apparaissent comme une fâcheuse intrusion dans un système d’interactions informelles où la règle du jeu essentielle est justement l’absence de règles fixes (au moins dans l’absolu !). Les risques relèvent alors d’éléments extérieurs à ce système qui s’y introduisent et le perturbent en ne “ jouant pas le jeu ”. On peut alors supposer que la décision d’arrêter de conduire se fonde moins sur une incapacité à respecter la légalité du code de la route que sur la multiplication des difficultés pour rester “ souple ” et “ jouer le jeu ” de ces normes implicites du volant. Le stéréotype du “ vieux traînard ” que dénoncent les jeunes conducteurs stigmatise une excessive prudence, censée “ coller ” au code de la route, et une trop grande lenteur dans les réactions (Renouard, 1996). Tout comme l’objet “ automobile ” (du moins le plus souvent), les normes du volant et l’activité de conduire un véhicule relèvent de la sphère privée : la voiture apparaît à beaucoup comme une extension du domicile, quand elle n’est pas vécue comme une extension même du corps, de sorte qu’il s’avère difficile d’interférer dans ce 9