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Palmer n’est ici que depuis cinq ans. Qui me dit qu’il ne continue pas de travailler en
sous-main pour le Global Post ? Tout cela ne serait-il pas une machination pour me faire
trébucher et discréditer l’Universal Herald ?
Il se perdit un instant dans de vastes pensées. Puis posant de nouveau les yeux comme
par hasard sur la misérable personne de Puig, effondré sur son siège, il lui porta
négligemment l’estocade.
— J’ai le choix de vous considérer soit comme un provocateur, soit comme un
imbécile. Dans le doute et par un effet de ma bonté, j’opterai pour la seconde solution : je
ne me donnerai pas le ridicule de prévenir la Protection sociale de cette affaire. Avez-vous
des copies de ces photos ?
— Non, gémit Puig.
— Tant mieux. Il me suffit donc de détruire la matrice des images sur votre
multifonction. C’est fait. Le voici. Maintenant, vous pouvez disparaître.
Stuypers s’était tourné vers son écran de travail et prononça le nom de sa secrétaire.
Elle apparut, l’air un peu surpris, recoiffant ses mèches d’une main.
— Veuillez ouvrir le dossier de monsieur…
— Puig Pujols.
— Vous avez entendu ? Tant mieux. Portez dessus la mention : « Forte accélération de
carrière. » Merci.
Puig se leva et, comme Stuypers ne manifestait aucun désir de lui serrer la main, il
sortit sans un mot.
Les couloirs étaient animés. Des groupes se formaient pour la pause en riant. Puig les
croisa lugubrement. Son bureau minuscule était en dessous. Il prit l’escalier de secours
pour y descendre, goûtant le silence plein de soupirs et d’échos de l’immense spirale de
béton. Son bureau était vide de ses deux autres occupants. Il ramassa quelques affaires et
les fourra dans un sac de sport déchiré qui traînait par terre. Puis il sortit.
Dans le jargon du nouveau droit social, les plus grandes garanties étaient assurées aux
salariés. Aucune sanction ne devait porter un nom à connotation négative ou insultante.
Ainsi, on disait « accélérer la carrière de quelqu’un » pour désigner ce que, dans la langue
familière, on continuait d’appeler « le mettre à la porte ». Une « forte accélération de
carrière » supposait l’inaptitude définitive du sujet à remplir quelque fonction que ce fût
dans ce secteur. C’était une manière en effet d’accélérer à ce point une carrière qu’elle
était portée, en un instant, à son terme définitif.
Le hall d’entrée était grouillant de monde. Le rez-de-chaussée de l’Universal Herald
était constitué de centaines d’écrans qui permettaient de voir en même temps toutes les
chaînes globaliennes et cette grande foire colorée attirait toujours beaucoup de gens.
Puig marcha jusqu’au comptoir de la réception pour y rendre son badge professionnel.
Il remarqua, à quelques mètres de lui, une jeune fille brune, le visage semé de grains de
beauté, qui rédigeait un long message. De temps en temps, elle essuyait discrètement une
larme. Puig se dit qu’au milieu de ce tourbillon de gens affairés, souriants, s’efforçant à