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Nina a pris exemple sur la chanteuse mais elle a un peu toussé en tamponnant une larme. Alors
maman a dit : Thomas va bien, j’en suis certaine, et nous sommes allés dormir sur les effluves de
peinture fraîche. Impossible d’écrire tard dans la chambre de petit frelon si bien que j’ai dû
attendre aujourd’hui pour reprendre ma plume.
Des processions en faveur de la paix ont été spontanément organisées dans toutes les communes
avoisinantes et, tôt ce matin, Julie s’est rendue à Limeuil pour joindre ses prières à celles des
autres croyants. Faute d’avoir pu dénicher L’Avenir de la Dordogne , maman a rapporté de Paunat
L’Intransigeant. Or, en ouvrant à mon tour le canard, j’ai découvert un rectangle vide au bas du
second feuillet. Ce n’est pas l’habitude de maman de découper un journal qui n’a pas encore été lu
par toute la maison, mais elle a prétexté une photo insoutenable pour opérer sa propre censure. La
Glam’, quant à elle, a changé de couleur en apprenant dans ce même journal que « les télégrammes
sont susceptibles, dans les circonstances actuelles, de subir des retards que l’administration
s’emploie à réduire au minimum ». J’adore recopier ces formules administratives dignes de
Labiche ! L’artiste s’est levée en jetant sa serviette pour s’enfermer dans sa chambre toute la
matinée. Et l’on prétend que je suis l’adolescente de la maison…
Julie est rentrée assez tard de Limeuil. Depuis le perron, elle agitait l’exemplaire de
L’Intransigeant qu’elle avait acheté elle aussi – en appelant Madame, madame, vous avez vu
dans le journal ? Mais maman s’est vite emparée des feuillets pour les fourrer dans le poêle à
bois. Non, je n’ai rien vu et je ne veux rien savoir. Et ni vous ni Maurice ne savez rien. C’est
clair ? Julie est demeurée bouche bée : Mon journal alors ? Je n’ai rien compris à cette histoire.
Depuis ce soir, maman ne souhaite plus écouter les communiqués officiels, qu’elle considère
vagues au point d’en avoir la nausée. Je ne peux lui donner tort, mais si nous n’écoutions pas les
actualités radiophoniques, nous serions loin, si loin de la réalité que nous pourrions être heureux.
*
Nat dit : Crois-tu que l’on pourrait retrouver un exemplaire de ce journal chez un bouquiniste ?
Léo dit : Taux de probabilité en dessous de zéro, mais si ça t’amuse… On se donne rendez-vous
dans trois siècles, quand tu l’auras déniché.
Nat dit : J’entretiens le vague sentiment que tu te moques de moi. Je me trompe ?
Léo dit : Tu connais Internet, le truc qui s’allume et où tu clavardes en ce moment avec ton
meilleur ami ? Je te trouve ton canard en quinze secondes top chrono… Mais pas avant demain,
suis débordé.
Nat dit : De toute façon, je ne suis pas d’humeur à lire les journaux car demain matin, je dois
incarcérer Maurice au MVD.
Léo dit : On ne dit pas « faire une donation » quand il s’agit d’un musée ?