Download Message alpha - Monique DAHAN
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obéirent diversement. En se rapprochant, il remarqua sa fourrure rousse qui pouvait correspondre à un coyote ou un loup ; il savait que, dans l’Est canadien, l’hybridation entre le loup et le coyote est en effet fréquente et, de loin, il est possible de les confondre. En le dépassant, il identifia avec certitude un loup. Il avait dû se battre, et une vilaine morsure au cou laissait échapper son sang, le condamnant un peu plus sûrement à chaque minute. S’était-il sciemment posté sur le chemin de l’homme en espérant son aide ? Qui peut le dire ? Le fait est qu’il était là, tremblant de faiblesse, mais toujours droit et fier. Après avoir réussi à stopper le traîneau cinquante mètres plus loin, Michel revint à pied avec le sac à dos médical d’urgence dont il ne se séparait jamais quand il était en course ; il lui avait permis à maintes reprises de soigner –et sans doute de sauver parfois- hommes et chiens blessés. Il était à présent à quelques mètres de l’animal dont le regard interrogateur était planté dans le sien. Ils se jaugèrent ainsi l’un et l’autre en silence pendant un instant, puis Michel parla doucement, calmement en tentant de se rapprocher d’un pas, puis d’un autre ; le loup le regardait toujours fixement mais sans agressivité. Michel tendit la main dans sa direction et s’accroupit à un mètre devant lui. C’est alors que le loup s’allongea dans la neige, à bout de force. La blessure nécessitait des soins délicats et douloureux ; Michel réussit à lui administrer d’abord un sédatif, puis il l’anesthésia légèrement après l’avoir enveloppé dans une couverture de survie, ne laissant apparaître que l’endroit de la lésion. Trente minutes plus tard, la plaie était nettoyée, refermée et pansée. Le loup se réveillait calmement, et dans ses yeux clairs en amande la paix avait succédé à la crainte. Michel déposa à côté de lui une gamelle d’eau et une autre remplie des granulés énergétiques dont il nourrissait ses chiens. Il lui caressa la tête en lui parlant avec douceur, puis il s’éloigna, le laissant récupérer ses forces toujours enveloppé dans sa couverture. Au retour, trois heures plus tard, le loup n’était plus là ; les gamelles étaient vides ; elles n’avaient probablement pas nourri et désaltéré que le loup ! Les jours suivants, et par la suite à chacun de leurs voyages, Edith et Michel tentèrent de le retrouver, au moins de l’apercevoir, grâce à la tâche caractéristique qu’il portait sur le front, mais en vain. Néanmoins, le comportement du loup avait transcendé Michel ; ces quelques minutes au chevet de l’animal sauvage qui s’en était remis à lui, l’avaient fait pénétrer dans un monde inaccessible aux humains, un univers fascinant qui l’avait profondément bouleversé. Depuis ce jour, il vouait aux loups un amour aussi grand que celui que lui inspiraient ses chiens. Il eut le bonheur de le partager avec son épouse.