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RAPPORT
ANNUEL
DE
L’ O B S E R VAT O I R E
DE
LA
LAÏCITÉ
2014-2015
mouvements de population qui en ont résulté, les orthodoxes ont trouvé en France mieux qu’un lieu
d’exil. Par l’accès à la liberté de conscience et à la liberté de culte dont elle leur a garanti la jouissance,
par l’octroi d’une pleine citoyenneté qu’elle leur a donné ou redonné d’exercer, la patrie des droits
de l’homme est devenue leur patrie. Portés par ce mouvement d’émancipation, ils se sont ainsi
affranchis des pressions étatiques, des enfermements communautaires, des pesanteurs sociologiques
pour revenir à l’essence de leur foi. Assurés du caractère ouvert et égalitaire de ce pluralisme concret,
ils sont allés à la rencontre des autres à travers le dialogue savant, oecuménique, interreligieux, mais
aussi en entrant dans une relation de plain-pied avec l’humanisme, la modernité et la sécularisation.
Une double cohésion en est ressortie : d’abord, celle des orthodoxes entre eux qui ont dépassé de
la sorte leurs clivages linguistiques ou ethniques pour affirmer leur unité dans l’appartenance
commune à un même pays, une même langue, un même devenir ; ensuite, celle des orthodoxes avec
l’ensemble de leurs compatriotes dans le partage des mêmes valeurs, de la même culture, de la même
conception du politique, au sens premier des lois régissant la vie de la Cité. Le meilleur signe de cette
intégration est certainement la contribution des écrivains, des artistes, des scientifiques, d’origine,
de confession ou de sensibilité orthodoxe au patrimoine et au rayonnement de la France. Dans le
même temps, l’expérience, quasiment de laboratoire, qu’a connue l’Église orthodoxe en France n’a
pas manqué de revêtir une force d’exemple pour le reste de l’orthodoxie dans le monde. Cet
enrichissement réciproque peut, sans exagération, être considéré comme un fruit de la laïcité, ce
principe inaliénable qui est inscrit dans le premier article de notre Constitution.
La laïcité n’est pas qu’un principe, mais il s’agit surtout d’une expérience du vivre ensemble que les
fondamentalismes de tout ordre entendent remettre en question. Dans son rapport au Président de
la République, en date du 15 avril 2015, sur Nation française, un héritage partagé, le Président du Sénat,
Monsieur Gérard Larcher déclare : « Je tiens à le souligner, mon propos sera ici de voir dans quelle
mesure les cultes – tous les cultes – peuvent participer efficacement, en leur sein, à la lutte contre
les fondamentalismes et soutenir explicitement les valeurs de la République française. » Très
certainement, le fondamentalisme est-il un phénomène qui traverse tous les courants religieux, voire
certaines fermentations idéologiques, posant comme base axiomatique la non-possibilité des
religions, et plus largement des personnes, à coexister. Or l’inspiration métaphysique des religions
n’est pas qu’une posture sociologique. Le message de l’Évangile, sur lequel se fonde l’Église
orthodoxe, dans une logique de transmission, considère le dynamisme de la foi à l’aune de sa capacité
à produire du lien, non seulement à l’intérieur de sa propre communauté, mais aussi avec l’ensemble
de l’environnement socio-politique dans lequel les orthodoxes se trouvent. Ce lien, nous ne cessons
de lui chercher un sens, une densité. Que nous l’appelions « communion » ou « fraternité », il renvoie
à l’intuition fondatrice du christianisme que l’on peut vivre pleinement intégrés dans la société et se
satisfaisant du fait que leurs institutions, en se structurant selon les modèles requis, ont acquis le
statut d’interlocuteurs pour les pouvoirs publics et que les dispositions réglementaires générales
encadrant les cultes leur ait été étendues. C’est aussi la raison pour laquelle les orthodoxes en France,
qu’ils soient Français ou étrangers, se lèvent contre les formes diverses du communautarisme. Ils
entendent se situer moralement dans l’espace public tel que le définisse la Constitution et les lois
de la République, tout en participant activement aux différents débats et autres réflexions qui
traversent la société française. La présente contribution participe activement à la volonté des
orthodoxes d’y participer. C’est d’ailleurs avec toujours beaucoup d’enthousiasme que nous
acceptons d’être auditionnés par les différentes commissions publiques.
Au cours de notre précédente audition, je m’interrogeais ainsi : Les fossés qui séparent les hommes
n’ont-ils pas tendance à se creuser sous le poids d’une crise qui n’est pas moins morale
qu’économique ? Une attitude de pure prudence peut-elle suffire face à l’urgence ? Comment
accorder une place aux religions dans le débat public tout en respectant la séparation des pouvoirs
ainsi que l’impératif d’écarter les arguments d’autorité qui en est la condition ? Ces questions sont
encore d’actualité. Elles le sont d’autant plus que les événements tragiques du début de l’année,
échos d’une situation géopolitique qui se détériore au Proche-Orient, ont renforcé l’idée de choc
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