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perd tout son élan comme un animal blessé son sang. Le crépitement assourdissant des cartes retombe à un rythme plus lent et au coup par coup. Bill fait halte, et se tourne vers Audra. Elle est pâle, elle a les yeux écarquillés et elle est manifestement à la fois effrayée et complètement perdue… mais éveillée, consciente – et elle rit ! « Audra ! » dit-il, riant avec elle. Il l’aide à descendre de Silver, appuie la bicyclette contre un mur de brique et la prend dans ses bras. Il lui embrasse le front, les yeux, la bouche, le cou, les seins. Elle l’étreint pendant ce temps. « Mais qu’est-ce qui s’est passé, Bill ? Je me souviens d’être descendue de l’avion à Bangor, puis plus rien. Absolument rien. Tu vas bien ? – Oui. – Et moi ? – Oui, maintenant. » Elle le repousse un peu, pour étudier son visage. « Est-ce que tu bégaies encore, Bill ? – Non, dit Bill, l’embrassant de nouveau. Disparu, le bégaiement. – Pour de bon ? – Oui. Je crois que c’est pour de bon, cette fois. – Est-ce que tu n’as pas vaguement parlé de rock and roll ? – Je ne sais pas. Tu crois ? – Je t’aime. » Il hoche la tête et sourit. Ce sourire lui donne l’air très jeune, en dépit de sa calvitie. « Je t’aime aussi, dit-il. Y a-t-il autre chose qui compte ? » 8 Il s’éveille de ce rêve, incapable de se rappeler exactement ce qu’il était, sinon qu’il se déroulait dans son enfance. Il touche la peau douce et soyeuse du dos de sa femme, plongée dans la tiédeur de son sommeil et rêvant ses propres rêves ; il pense que c’est bon d’être un enfant, mais que c’est aussi bon d’être un adulte et de rester capable de prendre en compte les mystères de l’enfance… ses croyances, ses désirs. J’écrirai un jour quelque chose là-dessus, pense-t-il, sachant qu’il ne s’agit là que d’un songe nocturne, d’une pensée née du rêve. Mais il est agréable de s’y complaire quelques instants, dans l’impeccable silence de l’aube, de se dire que l’enfance possède ses propres et doux secrets et confirme notre mortelle condition, laquelle définit tout ce qui est courage et amour. De penser que ce qui a regardé en avant doit également regarder en arrière, et que chaque vie imite à sa manière l’immortalité : une roue. Ou du moins c’est ce que songe Bill Denbrough en ces heures du point de l’aube, après ses rêves, quand il se 443
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