Download urbain (2000-2006)
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69 Il faut cependant rappeler que cette évolution du renouvellement urbain vers la rénovation urbaine était annoncée quelques mois à peine après la nomination de J.-L. Borloo comme ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine du gouvernement Raffarin en mai 2002188, et faisait suite à un rapport établi la même année par la Cour des comptes, qui se montrait sévère à l’égard de la politique de la ville telle qu’elle avait été conduite au cours des trente dernières années. Face à un contexte promis à des évolutions notables, face aux efforts déployés pour dessiner les contours d’une politique par ailleurs controversée en raison des nombreuses démolitions de logements sociaux qu’elle inscrivait à l’agenda des politiques publiques, il ne faut pas sous-estimer le fait qu’il pouvait apparaître délicat d’organiser en parallèle une consultation de recherches. Outre la difficulté à s’accorder avec les différentes institutions directement concernées par la mise en œuvre du programme national de rénovation urbaine (comité d’engagement de l’ANRU, DGUHC, Union HLM, Caisse des dépôts, DIV, etc.), la mise au point du projet initial de consultation « Démolition-substitution » s’exposait aussi au risque d’inciter des équipes à investir des terrains d’enquête dont on savait dès la fin 2002 que les projets les concernant allaient être profondément remaniés du fait de la création de l’ANRU. L’ampleur des transformations annoncées dans le cadre de cette politique de rénovation urbaine rendait peut-être quasi inévitable l’appel aux sciences humaines et sociales qui avait fait défaut jusqu’en 2003-2004 au sein du programme finalisé « Le renouvellement urbain ». Peu sollicitées sur ce thème du temps d’Olivier Piron, émargeant plus volontiers dans les programmes « La ville pour tous » et « Se loger, habiter », les sciences sociales auraient certes eu besoin de temps pour trouver leur place au sein d’un programme marqué par les approches économiques et la production de méthodes ou de doctrines sur le renouvellement urbain, pour se déprendre, en quelque sorte, de ces postures dominantes. Plusieurs observateurs ont insisté sur le fait que le programme national de rénovation urbaine avait contribué à « lever le tabou » de la démolition des logements sociaux189. Il a peutêtre aussi contribué à lever malgré lui un tabou d’une autre nature : celui de la mobilisation des sciences sociales pour l’examen critique d’une politique qui, passant du renouvellement à la rénovation, affichait plus radicalement ses objectifs de transformation sociale des quartiers populaires. Dans son avant-propos à l’ouvrage de Sylvaine Le Garrec, Jean-Paul Blais rappelait en 2006 que le renouvellement urbain, loin d’être un thème consensuel, apparaissait bel et bien comme une notion « politiquement sensible »190. Le constat vaut, également, pour la rénovation urbaine contemporaine. En ayant fait le choix, pour sa programmation 2007-2012, d’une dénomination moins connotée (« Le renouveau urbain »), le PUCA donne l’impression d’avoir tiré les leçons d’une programmation antérieure trop fortement rivée à une notion-clé des politiques urbaines, à sa fortune comme aux controverses qu’elle n’a pas manqué de susciter. Ce souci d’affichage paraît louable. Encore faut-il qu’il permette, en pratique et dans 188 Les grandes lignes du Programme national de rénovation urbaine et les principes de création de l’ANRU ont été annoncés au congrès HLM qui s’est tenu à Lyon début octobre 2002, et présentés en conseil des ministres le 30 octobre 2002. 189 Alors qu’en 2003 ce « tabou » avait déjà été largement battu en brèche… Rappelons que la phrase du ministre Louis Besson qui plaidait pour que ce tabou de la démolition des logements sociaux soit levé date du congrès HLM de juin 1999. 190 Sylvaine Le Garrec, Le renouvellement urbain, la genèse d’une notion fourre-tout, op.cit., p.2.