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Master 2 : Dessine moi un mutant… / P. Krajewski – Aix, 2006
dans le cas de l’art trans-génique de Kac. Quitte à créer un mutant, autant le rendre plus fort
encore en lui donnant des armes cybernétiques et prothétiques. De même, le devenir-animal peut
tout aussi bien se retrouver par le biais de différentes formes de mutation (cf : « Manimals » de
Daniel Lee [Pl. 42]) que par le jeu du montage de la chimérisation, etc.
Les concepts de l’hybride et de l’hybridation n’apparaissent pas dans cette perspective. En
effet, l’hybride n’est pas vraiment un axe de développement du plus-qu’humain, mais plutôt un
degré de parcours de l’axe d’évolution. Passées une certaine avancée, pénétration de l’humain dans
une sphère connexe, on pourra parler d’hybridation. L’hybridation est le juste milieu entre la
sphère de l’humanité et les autres sphères que la trans-humanité cherche à investir. En-deçà, on
reconnaît encore trop les oripeaux de l’homme ; au-delà une part primordiale de l’humanité est
perdue. L’hybride est ce point central où l’on reconnaît à égalité, ou plutôt : pour égales, les parts
apportées par chaque sphère.
Le monstre est un égaré sur ces chemins qui mènent quelque part. Parce qu’il n’a pas suivi
le tracé axial ; parce qu’il a été trop loin ; parce qu’il s’est perdu dans les méandres de l’informe ;
parce qu’il ne s’est pas aventuré assez loin, de sorte qu’il n’a pu acquérir les attributs de son
nouvel être, tout en ayant déjà aboli les caractères primordiaux de son humanité – le monstre –
contrairement à l’hybride qui vit la fusion des diverses sphères autour de lui dans une symbiose
parfaite – exhibe sa monstruosité comme une greffe inepte, une bouture incompréhensible,
innommable. Le monstre est la figure de l’indéfini. Il est quelque chose qui ne devrait pas être.
Le mutant, comme figure de prou du devenir-surhumain, est aussi une figure englobante. En
effet, dans chacune de ces quatre propositions qui déclinent le devenir-autre de l’humain, il s’agit en
général de trouver, par le devenir-X, un horizon insoupçonné à l’ancienne humanité, un continent
jusque-là interdit, donc, dans tous les cas, et suivant des modalités distinctes : d’échapper à
l’humaine nature. Le ‘trop humain’ délaisse sa condition et ses limitations afférentes, pour partir
en quête d’un plus, d’un mieux, d’un au-delà, d’un sur-humain. Tout devenir-X est une
conjugaison du devenir-surhumain.
Le post-humanisme est un pari. Le pari dans une humanité ‘nouvelle formule’ qui ne
serait pas seulement différente mais plus apte (fitter1) à accomplir des actions dans son
environnement donné. Ce pari porte un nom : le devenir-autre. L’enjeu de ce pari en porte un
autre : le devenir-surhumain, dont le mutant est le paradigme. Le Mutant, comme figure englobante,
comme symbole générique, réalise cet enjeu. Le mutant, limité à sa dimension idiosyncrasique, en
illustre l’une des facettes2. Le Mutant subsume ; le mutant hypostasie.
L’humanité comme amélioration de l’humain
Parmi les qualités éminentes de l’être humain, se trouve sa capacité de ré-inventer sans
cesse la façon qu’il a d’être humain en fonction des réalisations de son génie propre. Pic de la
Mirandole désignait cette qualité comme la ‘dignité humaine’ – ce qui fait sa valeur propre3. Trois
cent ans plus tard, Rousseau, père de l’anthropologie, de sur-enchérir : « la notion de perfectibilité
nous permet d’envisager une métamorphose indéfinie de l’humain »4. Dernièrement, Fukuyama
ne peut se départir de sa réflexion sur la Fin de l’Homme sans réfléchir à « la qualité humaine
essentielle qui mérite un certain respect ». Il l’appellera : le ‘Facteur X’5. Reprenons le fil : si nous
cf : la formule de Herbert Spencer (1820-1903) concernant l’évolution des espèces : the survival of the fittest.
Et un lecteur derridien de Psyché de conclure que le mutant est au Post-humain ce que la métaphore est à la philosophie.
3 cf : Humain, post humain… / D. Lecourt. p.48.
4 cf : Figures de l’art n°6 : « de Blade Runner à AI : une machine plus humaine que l’homme » / B. Lafargue. p.464.
5 Nous ne pouvons nous laisser de nous étonner de cette dénomination. Pourquoi ne pas l’appeler le « facteur H », pour
‘Humain’ ? Le X est déjà extrèmement employé par le post-humain justement : les X-Men, L’arme X (=Serval) et même : X-factor
(aka Facteur X en français) ! ! Ce terme qu’emploie l’américain pour signifier ce qui fait la nature de l’homme dans son humanité
nue, simple – a déjà été déposé par un groupe de mutants de chez Marvel ! !
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