Download Le pardon
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Marie Gratton Pardonner selon les Évangiles veau gras pour festoyer et marquer la joie que lui procure ce retour. Mais le fils aîné, le fidèle, ne l’entend pas de cette oreille. Il laisse éclater son dépit, sa colère. Il ne peut pardonner à son frère sa vie de débauche, ni à son père sa mansuétude… Celui-ci lui explique : « Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé». Le père est ici la figure de Dieu lui-même, comme Jésus le laisse clairement entendre. Quand il pardonne, c’est la joie de Dieu qui s’exprime. Les égarements du fils sont effacés par un père qui aime sans mesure et y trouve sa joie. Voilà ce que Jésus nous enseigne. C’est sans doute en s’appuyant sur son expérience de l’amour de Dieu à son propre égard que saint Augustin a pu écrire : « La mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure ». À la fin, l’amour décidera de tout. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Jésus. Rappelez-vous la grande scène du jugement qu’on trouve en Mt 25,31-46. « J’avais faim, et vous m’avez donné à manger…». Dieu se trouve aimé, honoré et servi à travers l’amour que nous manifestons au prochain. Sans nous demander d’ailleurs s’il mérite ou démérite notre amour. Et le pardon des offenses sera toujours, à mes yeux, l’expression extrême de l’amour dû au prochain. Les pardons entre peuples « Sur une vaste faute, écrivait Victor Hugo, il faut étendre un vaste oubli : l’armistice. » La formule est belle. De cela Hugo avait la recette. Mais nous savons d’instinct que les petites fautes, même pardonnées, ne s’oublient pas nécessairement. Quant aux vastes fautes… Et puis, les armistices ne procurent souvent que des trêves, et non pas une paix durable. Les belligérants n’ayant rien pardonné du tout. Hélas! Le silence de Jésus sur l’épineuse question des conflits internationaux ou des guerres civiles ne doit pas nous empêcher d’y réfléchir ici, si brièvement que ce soit. Quelle place le pardon doit-il y tenir, quelle forme doit-il prendre? Jésus n’en souffle pas mot. Mais il réprouve la violence. On le voit bien lorsqu’il dit à Pierre, au jardin des Oliviers, alors que ce dernier coupait l’oreille d’un des soldats venus l’arrêter : « Remets ton épée dans son fourreau, car quiconque se sert de l’épée, L’autre Parole, Numéro 134 Printemps 2013 9