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L’ANALYSE DES SITUATIONS LINGUISTIQUES : GRILLE ET LOUPES La grille d’analyse des situations linguistiques (R. Chaudenson, 1988, 1991, 2001), quoiqu’elle soit à visée universelle (pour toute situation linguistique ou pour toute langue), a été utilisée essentiellement, dans le passé, pour la langue française dans trois types de contextes concernant des États membres de la Francophonie : 1/ en centrant l’analyse sur le cas propre du français lorsque celui-ci coexiste avec des langues nationales (même si, comme on l’a vu dans la grille elle-même, une telle approche implique toujours la prise en compte des autres langues de l’État ou du pays en cause) ; 2/ en prenant explicitement en compte la situation d’une (Rwanda) ou de plusieurs (Sénégal, M. Daff, 1991) langues nationales ; 3/ en tenant compte des variétés régionales/dialectales de la langue nationale (Madagascar, M.Rambelo). D’autres modes d’utilisation ont été mis en œuvre : comparaison de la situation du français dans les Provinces canadiennes du Québec et de Terre Neuve (E. Cochet) et même son application à des États où le français est langue étrangère (Lybie). Plus d’une trentaine d’applications ont ainsi été conduites entre 1990 et 2002. Une difficulté dans l’usage de cette grille est apparue dès la première version de cet outil (1988), dans la mesure où, dès cette époque, avaient adhéré aux instances francophones des États où le Status (S) et le Corpus (C) du français (selon les définitions de la grille) étaient si faibles que les valeurs numériques qu’on pouvait leur accorder plaçaient ces États, dans le plan dessiné par les axes S et C, très près du croisement des deux axes. Les localisations tendaient donc à se superposer ou, en tout cas, à se concentrer en un ensemble trop dense, dans le coin inférieur gauche du plan. C’était le cas, par exemple, en 1991, de la Dominique, de Sainte Lucie, de l’Égypte, du Viêt-Nam, etc. et, un peu plus tard, de la Guinée-Bissau, du Cap-Vert, de la Guinée Équatoriale, etc. L’émergence d’une « francophonie d’appel » et l’entrée des PECO dans la francophonie ont rendu encore plus sensible cette difficulté. Il a paru indispensable de réfléchir à de nouveaux aménagements de cette grille qui permettent, à la fois, de mieux distinguer entre des situations qui tendaient à se confondre, et de décrire de façon plus précise certains secteurs des situations linguistiques dont l’importance apparaissait comme essentielle. Un exemple permet de mieux comprendre le problème. Si l’on applique la grille dans sa version initiale à un État comme la Bulgarie, en se limitant aux cas du français (qui avec des valeurs de S et de C proches de zéro, se trouve dans le coin inférieur gauche du plan) et du bulgare qui, avec des valeurs proches de 100, se trouve par conséquent à l’opposé, dans le coin supérieur droit, on fait apparaître l’originalité de sa situation sociolinguistique par rapport à celle d’autres États, également membres de la Francophonie. Même si elle est clairement insuffisante, cette représentation générale de la situation bulgare n’est pas inutile. En effet, une représentation générale de la situation linguistique d’un État est d’autant plus nécessaire que d’autres langues méritent aussi d’être prises en compte : on pourrait songer à examiner dans ce cas, avec le même outil, la place du turc, du tsigane et des langues d’autres minorités. Toutefois, on voit bien que, s’agissant du français, il est indispensable de distinguer entre elles des situations qui a priori peuvent être jugées comparables ou même voisines. Ce peut être, par exemple, le cas du français en Albanie, en Bulgarie, en Macédoine et en Roumanie, que certaines analyses tendent à rapprocher et même, pour certaines d’entre elles, à confondre. Or, il est évidemment indispensable, dans l’élaboration de politiques nationales comme dans les actions de coopération bilatérale et multilatérale 293 Ouagadougou-3e epr.indd 293 2004-10-18 10:44:43