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― I, 2 : La version A de l’ars notoria ou la quête de l’origine ―
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c) Iconographie
L’autre point qui individualise nettement T1 est son iconographie en tout point
unique et de très grande qualité. Le récent catalogue de Turin décrit les figures de manière
très détaillée. Son auteur, C.S. Montel, y voit — non sans de nombreuses hésitations — le
travail de trois dessinateurs différents : le premier aurait réalisé les figures des fol. 1r, 2v,
3r, 4v, 7r, 16r (?), 19r (?), 21v (?) ; le second celles des fol. 6r, 7v, 16v (?), 17r-18v, 19v21r ; le troisième la figure de la science médicale au fol. 22r (plus éventuellement les fol.
22v-23r). De son côté, l’historien de l’art Michael Camille compte en tout et pour tout
deux intervenants, sans donner le détail de leurs compositions respectives 110. De telles
distinctions ne paraissent guère évidentes tant se dégage de la composition et de
l’exécution de ces figures une forte unité d’ensemble. Les figures semblent plutôt être
l’œuvre d’un seul et même individu. Du reste, les prières et les listes de noms d’anges
couramment inscrites à l’intérieur ou à proximité sont de la main du même scribe, qui a
sans doute aussi effectué les tracés. Quoi qu’il en soit, le compositeur de ces figures
n’hésite pas à innover. S’il reste fidèle à la structure habituelle des figures et s’il réemploie
massivement le fonds iconographique commun de la tradition manuscrite, il intègre par
ailleurs des motifs figuratifs qui tendent, d’une part, à affirmer l’appartenance chrétienne
de l’ars notoria, et qui, d’autre part, nous assurent de sa provenance anglaise.
Prenons par exemple la première figure de « faculté grammaticale » (nota
gramatice facultatis) qui ouvre, une fois n’est pas coutume, le traité (fol. 1r)111. Sa
structure générale en cercles concentriques correspond à la structure de la première figure
de la grammaire présente au fol. 2v, que l’on retrouve dans tous les autres manuscrits
illustrés. Mais outre que les noms angéliques dont elle est constellée varient quelque peu
(bien que la base soit similaire), cette figure de la grammaire se distingue de son modèle,
d’une part, par la présence en son centre d’une représentation de la Crucifixion du Christ,
entouré de la Vierge Marie et de saint Jean ; et d’autre part, par la présence à ses quatre
coins des attributs des quatre évangélistes : en haut à gauche, l’aigle, attribut de Jean,
brandit un phylactère sur lequel on peut lire : In principio erat Verbum [Io I, 1] ; à droite,
l’ange, attribut de Matthieu, brandit l’inscription Liber generacionis Ihesu Christi [Mt I, 1]
; en bas à gauche, le bœuf ailé, attribut de Luc, tient un phylactère qui porte la mention :
Quoniam quidem multi conati [Lc I, 1] ; enfin, en bas à droite, le lion ailé de Marc brandit
110
111
M. Camille, « Visual Art… », op. cit., p. 113.
Cf. planche n° XII. Ms. Turin E.V.13, fol. 1r.