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Ainsi, les associations de familles de disparues, le Collectif des Familles de Disparus (CFDA), Sos disparus, et les associations de victimes du terrorisme, Djazairouna et Somoud, tentent de faire entendre leur désaccord avec la politique de réconciliation nationale, d’initier et d’alimenter une réflexion autour de ce thème. Quant au bureau de SOS Disparus rencontre de nombreux obstacles à ses activités: il est obligé de changer d'adresse chaque année car les propriétaires refusent de renouveler le bail; les bureaux sont régulièrement saccagés et fouillés et des agents de l'Etat surveillent les lieux ou rendent visite régulièrement aux membres de l'association pour les intimider; certains journalistes ont reçu l'ordre de boycotter les communiqués de presse émis par l'association, et des familles de disparus ont été menacées anonymement par téléphone de la disparition de leurs proches si elles continuaient à manifester.64 De son côté l'Organisation nationale des victimes du terrorisme et ayants-droit (ONTVAD) cherche à prendre ses distances par rapport au projet de réconciliation, tandis que le Comité Justice en Algérie qui a saisi le Tribunal permanent des peuples sur la question des droits de l'Homme en Algérie dès 2004, a réussi à acquérir une certaine visibilité internationale, notamment en France. Dans cette perspective, un forum intitulé «La préservation de la Mémoire pour la reconstruction d’une société» devait se tenir le 16 juillet 2009 à la Maison des syndicats (gérée par le Syndicat national autonome des personnels de l'administration publique (SNAPAP) dans la banlieue d’Alger, mais a été interdit le jour même par les forces de sécurité qui ont bloqué l'accès au lieu de rencontre sur ordre du Wali d’Alger «pour des raisons de sécurité». Outre le harcèlement quotidien et les interdictions de réunion, l’interdiction de manifester est toujours en vigueur dans la capitale en 2011, ce qui restreint considérablement le champ d’expression des associations et des militants. Une loi adoptée en 2001 (suite au soulèvement kabyle) interdit sine die toute manifestation dans la capitale alors qu’en province, l’état d’urgence permet aux représentants locaux du Ministère de l’Intérieur d’interdire toute manifestation ou rassemblement qui à leurs yeux serait susceptible de «troubler l’ordre et la tranquillité publique». Chaque fois que la centaine de mères de disparus, réunie tous les mercredis devant la Commission Nationale Consultative pour la Promotion et la Protection des Droits de l’Homme (CNCPPDH) tente de manifester, elle se heurte à des cordons de forces de sécurité qui n’hésitent pas à les malmener. Le 16 juillet 2009, lorsque les membres du Collectif des familles des disparus en Algérie ont tenté d’organiser une manifestation dans le but de sauvegarder la mémoire des victimes, un grand nombre de policiers, d’agents des forces anti-émeute et de policiers en civil leur ont bloqué l’accès au local où devait se tenir le rassemblement. Le 24 avril 2010, la police a eu recours à la force à Aïn Benian dans la wilaya d’Alger pour disperser une marche organisée appelant au respect des droits des Berbères en commémoration du «Printemps berbère». La demande d’autorisation de manifester étant restée sans réponse, les organisateurs avaient finalement décidé de maintenir le rassemblement. Les manifestants ont tous été arrêtés après avoir été interrogés et forcés de signer une déclaration. En mai 2010, la police a empêché la tenue d’un modeste rassemblement devant l’immeuble de la chaîne de télévision d’État. Quatre des organisateurs de la manifestation, qui militaient pour la liberté de presse, ont été détenus au motif qu’ils incitaient à la participation à un rassemblement «susceptible de troubler la tranquillité publique». En novembre 2006, l'épouse et mère de victimes de disparitions forcées a été condamnée à une amende pour avoir hébergé un étranger, membre du Collectif des familles de disparus en Algérie basé en France, sans en avoir informé les autorités. En mars 2005, un dossier sur la question des disparus a été établi par la commission ad hoc mise en place par le pouvoir et présidée par l'avocat Farouk Ksentini65. Son rapport fait état de 6146 disparus, ce qui est déjà un aveu de la part des autorités qui, jusqu'alors niaient l'existence de 64 65 21 Interview de Nasséra Dutour (présidente du CFDA) au Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme, décembre 2007. Egalement président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'Homme.