Download Micro / Macro - micronouvelles
Transcript
Micro-scopies* Résumé Au-delà du rêve de totalisation, même contrarié, du grand roman européen, la multiplication des microfictions est un des phénomènes marquants de l’écriture contemporaine. D’origine ancienne, les flash fictions se sont multipliées et codifiées de manières diverses grâce aux possibilités offertes entre autres par le Net. S’appuyant volontiers sur l’intertexte, elles semblent engager une perspective joueuse et joyeuse sur la vie qui n’empêche toutefois pas l’expression d’une certaine forme de cruauté. Situées du côté de la liste, elles invitent à dire le multiple en appelant à dépasser la nostalgie du fragmentaire. Abstract Apart from the (unfulfilled) dream of the great European novel, the proliferation of microfictions is one of the most striking phenomena of contemporary writing. Although they have a long history, flash fictions have recently proliferated and have been codified in various ways through the possibilities offered, among others, by the Net. Often based on the intertext, they seem to initiate a playful and joyful perspective on life which, however, does not preclude the expression of some form of cruelty. Related to the list, microfictions invite the enumeration of the multiple while encouraging us to go beyond the nostalgia of the fragmentary. Mots-clés microfiction, vitesse, intertexte, court-circuit, poésie Du multiple Le vœu, formulé à la fin du XXe siècle par divers écrivains, d’une littérature romanesque apte à dire la multiplicité du monde – selon le mot qu’Italo Calvino avait choisi de mettre en exergue à la dernière de ses Leçons américaines - est-il toujours à l’ordre du jour ? Selon quelles voies nouvelles, selon quels protocoles narratifs ? L’ambition de construire et de représenter la complexité de la réalité guide-t-elle toujours le romancier du XXIe siècle ? Pour tenter de répondre à ce (trop) vaste questionnement, la revue propose dans sa première édition de réfléchir aux fictions qui disent dans la brièveté l’étendue du monde, entre micro et macro, entre obsession du minuscule ou du fragmentaire et fantasme de totalité. À moins que cette multiplicité ne soit devenue pour nous aujourd’hui le signe ou le témoin d’un irrémédiable éparpillement de la réalité, d’une pulvérisation que l’on trouvera selon l’angle de vue réjouissante ou décourageante. Au-delà du rêve de totalisation, même contrarié, du grand roman européen, l’on est frappé en effet par la multiplication récente des fictions courtes, des microfictions. Si les flash fictions, ainsi que les appellent volontiers les Anglo-Saxons, connaissent une tradition ancienne, la pratique a reçu une impulsion nouvelle du fait des possibilités offertes par Internet, que multiplient encore les nouvelles formes de réseaux sociaux ou l’utilisation des téléphones portables. Le champ qu’elles occupent aujourd’hui est vaste puisqu’il va de l’humour à la science-fiction et il apparaît traversé de tensions fortes, entre intuition et intellectualisme. C’est à un tour d’horizon – critique et créatif – des raisons et des figures de cette attraction pour la fiction minuscule, microscopique que nous invitons donc. * Pour citer cette contribution: Dominique Rabaté, Pierre Schoentjes, “Micro-scopies”, in Revue critique de fixxion française contemporaine, n°1, décembre 2010, URL <http://www.revue-critiquede-fixxion-francaise-contemporaine.org/francais/publications/no1/rabate_schoentjes_fr.html> 3