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40 Jean-Michel Adam La linguistique étant actuellement très largement dominée par l'oral et l'analyse de la conversation, mettre l'écrit littéraire au centre d'une recherche apparaît comme un intéressant renversement de tendance. L'article de C. Norén confirme toutefois, dans le présent volume, les difficultés rencontrées par la plupart des linguistes qui, pour rendre compte de certains faits de langue, évitent le texte écrit littéraire au profit de l'interaction orale. K. Fløttum et H. Nølke ont l'un et l'autre insisté à plusieurs occasions, sur les problèmes que posent les énoncés de grande ampleur (Fløttum II-2000 : 27)2. Comme le notent H. Nølke et M. Olsen, cette question du franchissement de la frontière de l'énoncé est commune à la ScaPoLine et à la linguistique textuelle, ainsi que les deux « gros problèmes » que souligne H. Nølke3 : Premièrement, les analyses linguistiques s'effectuent typiquement au micro-niveau. Pour les faire servir l'analyse littéraire, il faut combiner beaucoup d'analyses de détail, ce qui aboutit facilement à des structures extrêmement complexes […]. Deuxièmement, toute une série de phénomènes dont les littéraires se sont occupés semblent échapper à une analyse polyphonique linguistique rigoureuse. (Nølke 2001 : 70) Pour traiter ces deux problèmes, j'aborderai d'abord la question qui est au cœur du projet des polyphonistes scandinaves : celle des relations entre linguistes et littéraires, langue et littérature. Si j'ai le sentiment de pouvoir accepter les grandes lignes de la description en langue de la polyphonie linguistique et les ajustements terminologiques proposés par la ScaPoLine, il me paraît évident que la collaboration avec les littéraires passe avant tout par une description textuelle de la polyphonie et par le réexamen de la place de cette dernière dans l'approche par niveaux d'analyse ou modules. Avant d'exemplifier ce point de vue par l'analyse de la dédicace-préface des contes de Perrault, je reviendrai sur des aspects des travaux de Charles Bally, Emile Benveniste et Mikhaïl M. Bakhtine qui ne me paraissent pas assez pris en compte. linguistique... Par cette remarque, je veux seulement souligner le caractère ambitieux, novateur et stimulant du projet des « polyphonistes scandinaves ». 2 Par le numéro en chiffres romains (suivi de l'année et de l'indication de page), je désigne les précédents volumes des documents de travail du groupe des polyphonistes scandinaves. 3 La réflexion développée dans les pages qui suivent doit beaucoup aux travaux menés dans le cadre de l'Institut de recherches interdisciplinaires en analyse comparée des discours (IRIACD) de l'Université de Lausanne et, en particulier, aux remarques d'Ute Heidmann sur un premier état de ce texte.