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port que nous avons présenté devant la commission des affaires économiques et du
plan à la fin de l'année 1997. Gérard Delfau l'a confirmé.
Par contre, il nous a été difficile de définir une stratégie d'avenir claire
pour La Poste. Beaucoup ont préconisé une poursuite prudente des politiques
actuelles. Je pense cependant que la prudence la plus élémentaire serait de ne pas
avancer plus lentement que les autres acteurs du marché. Il nous faut être présents
sur le marché.
Personne n'a d'ailleurs dénoncé l'alliance avec un grand opérateur international que je préconisais comme une erreur. Cet opérateur pourrait être une grande poste historique internationale ou un spécialiste du colis qui bénéficierait de ressources financières importantes mais serait intéressé par le savoir faire et le réseau
de La Poste.
Je pense qu'il ne sera pas possible d'appliquer en France une méthode
semblable à celle qu'ont employée les opérateurs allemands et néerlandais. Notre
histoire, notre culture et nos impératifs sont différents des leurs et les méconnaître
serait une erreur dangereuse. Je suis pragmatique et je me refuse à toute théorie
ultra-libérale ou ultra-étatique. La France a souvent marié la réalité du marché et
les grands équilibres de l'État en matière de cohésion et de la solidarité sociale.
Au sortir de la guerre, notre pays avait déjà choisi cette voie médiane en acceptant le plan Marshall et en constituant un réseau d'entreprises publiques. Cette
spécificité est trop souvent oubliée par les grands cabinets de conseil anglosaxons.
Il nous faut prendre en compte cette tradition mais refuser la peur qui
nous pousse à un certain conservatisme frileux qui nous distingue d'autres grands
pays européens. Comme British Mail, nous pouvons conserver une grande entreprise publique tout en la guidant vers une meilleure rentabilité : il ne sert à rien de
nous lancer dans des réformes aussi radicales qu'inutiles mais il serait tout aussi
préjudiciable de nous en tenir à des structures dépassées.
En toute chose, c'est l'intérêt du citoyen qui doit primer et il ne faut pas
comprendre service public, statut public de l'entreprise et statut public du personnel. Malgré nos divergences, nous sommes tous conscients que le service
public ou universel est un élément très important de notre secteur postal. Mais il
n'est pas figé et je pense même qu'il peut être étendu, comme c'est le cas dans le
secteur des télécommunications, par exemple. Si tel n'était pas le cas, nous
aurions rapidement pris un retard technologique important en matière de téléphonie par exemple.
Nous avons chacun la responsabilité de donner à notre pays une poste
capable de s'adapter. Il ne faut pas avoir peur de la concurrence si les règles du jeu
concurrentiel sont équitables. Il ne faut pas s'appuyer sur des monopoles pour
constituer des positions discriminatoires mais il ne faut pas non plus mésestimer la
force du secteur monopolistique.