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0123 0123 Mardi 13 décembre 2011 Berlin, laboratoire politique Lettre d’Allemagne Fréderic Lemaître L a crise de l’euro et les déboires d’Angela Merkel ont relégué au second plan la vie politique berlinoise. Pourtant, il s’en passe des choses intéressantes à la mairie de Berlin! Le 18 septembre, appelés à élire leur maire, les électeurs ont confirmé la prééminence du Parti socialdémocrate (SPD). Klaus Wowereit, maire depuis 2001, entame donc son troisième mandat. Certes, en dix ans, ses cheveux ont blanchi mais, à 58 ans, celui qui faisait figure d’apparatchik semble avoir retrouvé une nouvelle jeunesse. A la fois patelin et branché, « Wowi » ne subit pas l’usure du pouvoir. N’ayant obtenu que 28,3 % des voix et son allié jusqu’ici, le parti de la gauche radicale Die Linke, n’ayant pas recueilli assez de suffrages pour constituer une force d’appoint suffi- sante, Klaus Wowereit avait le choix entre gouverner avec les Verts (17,6 % des voix) ou la CDU (23,3 %). Appartenant à la gauche d’un parti qui, au niveau national, envisage de gouverner avec les Verts en 2013, la décision semblait couler de source. «Je ne peux pas m’imaginer mener avec la CDU une politique innovante et progressiste pour Berlin», avait-il d’ailleurs déclaré avant le vote. Au lendemain du scrutin, les Verts et le SPD ont donc tenté de trouver un accord. Las! En raison – officiellement – d’un différend sur la construction de 4 kilomètres d’autoroute supplémentaires autour de Berlin, les négociations ont échoué et « Wowi » le rouge s’est tourné sans hésiter vers la CDU. Très vite, les deux partis sont parvenus à un accord. Chacun disposera de quatre « sénateurs », l’équivalent d’un ministre dans cette ville qui a le statut d’Etat-région. Le SPD a obtenu la création d’une taxe sur les chambres d’hôtel à partir de 2013 et le maintien des cours obligatoires d’éthique à l’école. Les cours de religion resteront, eux, facultatifs. La CDU a obtenu, notamment, des avantages pour les propriétaires. Choquante pour les Français, cette pratique est banale en Allemagne. Hormis Die Linke que l’on imagine mal diriger une ville ou un Etat-région avec la droite, toutes les combinaisons existent entre le SPD, les Verts, la CDU et le Parti libéral, en fonction des résultats des élections. Nul n’y voit une « combinazione » entre politiciens assoiffés de pouvoir, mais plutôt la preuve que les partis démocratiques sont capables de s’entendre pour assurer la stabilité du pays. D’ailleurs, l’accord de coalition est ratifié par la base avant de s’appliquer. A Berlin, les délégués de la CDU l’ont approuvé à l’unanimité. Au SPD, où certains reprochent à Klaus Wowereit d’avoir un peu vite abandonné les Verts, 176 délégués ont voté pour l’accord, 39 contre et 7 se sont abstenus. Parmi les huit sénateurs, une a eu les honneurs de la presse, Dilek Kolat (44 ans, SPD), chargée « du travail, de l’intégration et des femmes». C’est la première fois que Berlin confie un tel poste à une personne issue de l’immigration. Née en Turquie en 1967, Dilek Kolat est arrivée avec ses parents à Berlin à l’âge de 3 ans. C’est à l’école qu’elle a appris l’allemand avant d’entreprendre de brillantes études de mathématiques financières et de travailler dans une banque. Pour éviter tout conflit d’intérêts, son mari va abandonner ses fonctions de président de la communauté turque d’Allemagne et de directeur de la fédération turque de Berlin et du Brandebourg. Outre l’avenir de la coalition rouge-noire (SPD-CDU) et le parcours de Dilek Kolat, ce qui retient surtout l’attention dans le laboratoire berlinois, c’est l’évolution du parti des Pirates. Avec 8,9 % des voix et 15 élus sur 149, celui-ci a fait une entrée fracassante dans la vie politique, au détri- Plus personne ne parie sur un effondrement de la «bulle» Pirate. Au niveau national, les sondages les créditent de 6% à 8% des voix ment des Verts et du Parti libéral (FDP). Certes, entre le candidat surpris sur YouTube à sniffer un produit pas franchement licite et une autre qui entendait embaucher (et rémunérer) son petit ami, les débuts furent laborieux. Mais cela appartient au passé. Au Sénat local, les Pirates ont non seulement pris la présidence de la commission « nouvelles technologies » mais leur seule élue a snobé la 33 commission « femmes » pour aller s’occuper de « formation ». Surtout, plus personne ne parie sur un effondrement de la «bulle» Pirate. Au niveau national, les sondages les créditent de 6 % à 8 % des voix, suffisamment pour empêcher une coalition SPD-Verts d’obtenir une majorité. Du coup, fini le temps de l’amateurisme revendiqué comme tel. Les Pirates, qui ont gagné 6 000 adhérents depuis le scrutin berlinois, ont organisé leur congrès les 4 et 5 décembre. 1 200 adhérents étaient présents, dont d’anciens soixante-huitards déçus par l’embourgeoisement des Verts. Au grand dam de certains « réalistes » ou « libéraux », les congressistes ont voté à une majorité des deux tiers le droit de chacun à percevoir « un revenu de base» sans condition. Dans le Süddeutsche Zeitung Magazin du 25 novembre, Juli Zeh, juriste et écrivaine réputée, publie une intéressante analyse sur ce parti. «Les Pirates ne sont pas un parti Internet mais un parti de la liberté. Leur préoccupation essentielle consiste en un retour aux principes humanistes. Dans ce contexte, Internet peut être utilisé comme une métaphore pour une appréhension contemporaine de la liberté. (…) Les Pirates sont le seul parti allemand qui ne traite pas la liberté seulement comme une utopie idéaliste ou un programme économique mais comme un principe d’organisation bien réel. » A suivre. Et pas seulement sur Internet. p lemaî[email protected] C’est tout vu ! | Chronique télé par Isabelle Talès En attendant l’apocalypse C ’est une peur vieille comme le monde que celle de sa fin. Et la prochaine apocalypse étant prévue pour le 21 décembre 2012, en vertu d’un calendrier maya devenu soudain plus crédible que celui de La Poste, on n’en finit plus de voir défiler à la télévision gourous habités, prédicateurs zélés et citoyens prévoyants. Dimanche 11 décembre sur M6, c’est Bernard de La Villardière, avec son inimitable façon d’annoncer très sérieusement, mèche au vent et sourcil froncé, des sujets pas toujours situés du bon côté de la ceinture, qui l’a dit: «Nous n’avons plus qu’un an à vivre»… ou un milliard d’années, selon que l’on écoute les prophètes de malheur ou les astronomes de Meudon. Et qui croyez-vous qu’on entendît, surtout, dans ce numéro d’« Enquête exclusive», intitulé «2012: ils ont peur de l’apocalypse» ? Il faut être honnête, une telle enquête n’est jamais dénuée de drôlerie, et celle-ci dépassait son quota de dingos. Jean-Michel et un copain à lui, «descendant d’Osiris», explorent les grottes de Bugarach, village de l’Aude censé rester debout le jour où tout s’écroulera, en quête à la fois d’«une chose de l’espace » et du «tombeau du Christ ». Aymeric s’est installé là aussi, sous ce ciel où «les soucoupes volantes, c’est bateau » ; il se dit guérisseur, médium, « humain sympathique» (77 euros la séance). Au Guatemala, des touristes en chemise de nuit « se connectent avec la galaxie » au milieu de ruines mayas (500 dollars la connexion), et un Français expatrié qui s’est laissé pousser les cheveux, la barbe et l’imagination nous révèle que le prince Charles est un « hybride extraterrestre» (c’est gratuit). Heureusement, certains gardent les pieds sur terre. Notam- DEVENEZ INCOLLABLE SUR L’ACTUALITÉ ment ces « survivalistes», qui se préparent chaque jour au pire. Et en cette matière comme en d’autres, les Américains cultivent un certain professionnalisme là où les Français demeurent des amateurs. Regardez ce couple de Salt Lake City qui stocke jusque dans les tables de nuit des centaines de boîtes de conserve – sans compter le ketchup et la mayonnaise; cette mère de famille qui donne des leçons de tir à ses voisines; ces magasins où se vendent des lots de cheesecakes déshydratés pouvant couvrir une à sept années de dessert. Et maintenant, comparez avec Emmanuel et Sandrine, qui n’ont pas plus de deux mois de lentilles, de riz, d’eau minérale, et se contentent de fourbir deux arbalètes. Le dimanche, Aymeric s’est installé làaussi, sous ce ciel où «les soucoupes volantes, c’est bateau» ils vont «apprendre à tuer des animaux» dans la ferme d’à côté. Pendant que monsieur, telle une poule qui aurait trouvé un couteau, n’en revient pas d’égorger un canard, madame filme… Ah oui, on allait oublier la position de la science, qui tient en quelques minutes et peu de mots : une éruption solaire ne peut pas provoquer le chaos sur Terre, car ça n’est jamais arrivé. Quant au risque de voir dégénérer ces prophéties, il est traité entre deux portes avec le responsable de la lutte anti-sectes, qui a décompté 183 fins du monde annoncées depuis la fin de l’Empire romain. De toute façon, au cas où celle-ci ne serait pas la bonne, Bernard de La Villardière nous en prédit aux moins deux autres, en2116 et 2220. Ouf ! p A ne pas manquer sur 0123.fr Décembre 2011 2,95 € Côte d’Ivoire Avec les soldats égarés de l’ex-rébellion A l’heure où les Ivoiriens ont péniblement repris le chemin des urnes, une caserne d’Abidjan abrite d’anciens soldats démunis en attente d’une affectation. La constitution de la nouvelle armée nationale est lente. (PHOTO : ROMAIN POTOCKI POUR LEMONDE.FR) http://www.lemonde.fr/afrique/ pTiragedu Mondedatédimanche11-lundi12décembre2011:399800exemplaires. Dossiers&Documents www.lemonde.fr/dosdoc 123 pour mettre en perspective l’actualité et comprendre le monde qui nous entoure