Download produits

Transcript
Guerre à la drogue
La
croisade
de l ’ onu
r
e
i
s
s
o
d
contre
l a drogue
« Les drogues ne sont pas nocives parce
qu’elles sont contrôlées, elles sont contrôlées
parce qu’elles sont nocives. »
Antonio Maria Costa, directeur exécutif
du Bureau des Nations unies pour
le contrôle des drogues et
la prévention du crime.
Photos : Philippe Richard (Vienne 2003)
Un monde sans drogue, c’est possible
«L
es drogues sont en train de déchirer nos sociétés, engendrant la criminalité, répandant des maladies comme
le sida, détruisant notre jeunesse et notre avenir. On
compte aujourd’hui environ 190 millions de toxicomanes dans
le monde. Aucun pays n’est à l’abri… La mondialisation du
commerce de la drogue exige une réaction internationale », déclarait en 1998 le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan,
en préambule de la session spéciale de l’Assemblée générale
des Nations unies à New York. Lors de cette grand-messe, les
pays membres des Nations unies se donnèrent dix ans, d’une
part pour éradiquer la culture du pavot, du cocaïer et du cannabis, et d’autre part pour réduire significativement l’offre
et la demande de drogues illicites…« Un monde sans drogue,
c’est possible », tel était leur slogan. Sous l’amicale pression
des états-Unis, pour qui la prohibition est une aubaine (qui
leur permet de régner par la force sur une partie du monde),
les nations membres de l’ONU déclarèrent la « guerre à la
drogue ». Et tout ce beau monde ( Jacques Chirac en était) de
se donner rendez-vous à mi-parcours afin d’évaluer les effets
positifs de la croisade lancée contre la drogue et les drogués.
Nous voilà donc en 2003. L’absence de réunion préparatoire n’a pas facilité les débats lors de la 46e session de la
Commission des stupéfiants. Faute de temps, mais surtout
de bonne volonté, les délicates questions soulevées par les
représentants de certains pays (Suisse, Hollande, Belgique…) sur le développement alternatif, le blanchiment de
l’argent sale ou la réduction des risques, ont été évacuées.
Dans le document final adopté par 140 délégations, les États
membres commencent ainsi par se dire « gravement préoccupés par les politiques et activités en faveur de la légalisation des
stupéfiants et des substances psychotropes illicites qui ne sont
pas conformes aux traités internationaux relatifs au contrôle
des drogues et qui risqueraient de compromettre le régime in-
ternational de contrôle des drogues ». Puis, après s’être félicités des progrès accomplis dans leur lutte contre le trafic, ils réaffirment leur volonté d’éradiquer les plantes à
drogues dans les cinq ans à venir. Une dangereuse utopie
de la « guerre à la drogue » défendue par les États-Unis
avec le soutien de nombreuses dictatures, dénoncée par
une manifestation européenne – à laquelle participaient
des activistes d’Asud et du Circ – qui part du centre de
Vienne pour se terminer 7 kilomètres plus loin, devant le
siège des Nations unies 1.
Un bilan déplorable
D
ix ans plus tard – en 2008 – force est de constater
que l’offre et la demande de drogues ont augmenté
partout dans le monde, et que la politique de prohibition pure et dure est un échec. La « guerre à la drogue »
n’est pas qu’un concept. C’est aussi une réalité qui engendre
de nombreux conflits de toute nature où sont quotidiennement bafoués les droits de l’homme les plus élémentaires.
En axant sa politique sur la répression et la stigmatisation des
Asud-Journal 40 été 2009 17