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Éditorial — Collaboration spéciale À la lettre un violent choc qui l’a brusquement ramené à la réalité. Il venait d’apercevoir un gros avion de couleur foncée et d’aspect menaçant tout près de son aile gauche. Il ne s’attendait sûrement pas à voir un aéronef de ce type si près de son propre avion. Il n’allait jamais s’en remettre. Le pilote avait été retardé et avait dû repousser l’heure du départ, c’est pourquoi son horaire était maintenant très serré. Il était encore possible d’atteindre la destination avant la noirceur, à condition d’emprunter la route directe qui survolait des collines jusqu’au nord d’une grande région métropolitaine. Le pilote devait absolument arriver à destination avant la tombée de la nuit, car il avait un rendez-vous pour une vente en début de soirée et son patron lui avait dit qu’il ne pouvait le manquer. Il n’y avait pas de place pour les solutions de compromis. Sa première et dernière réaction a été d’incliner brusquement l’aéronef pour tenter de s’éloigner du danger perçu. Il a ensuite ressenti une douloureuse pression thoracique sous-sternale, il a perdu le souffle, et tout est devenu noir. Les prévisions météorologiques en route étaient relativement bonnes, mais on annonçait néanmoins un abaissement du plafond et une diminution de la visibilité au-dessus des collines vers le nord. Le pilote avait la possibilité de modifier légèrement sa trajectoire vers le sud, de manière à demeurer au-dessus du relief plus bas, si les conditions météorologiques se détérioraient trop. Il lui suffirait alors d’accélérer quelque peu pour quand même arriver à l’heure. Il restait cependant un problème, et il était de taille. Des NOTAM signalaient qu’une zone réglementée de 30 NM était en vigueur autour de l’aéroport international de la région métropolitaine afin d’assurer la sécurité d’un chef d’État en visite. Pour traverser cette zone, il fallait respecter plusieurs exigences, dont celle de disposer d’un transpondeur en bon état de service. Malheureusement, puisque son transpondeur était en réparation, le pilote savait qu’il ne pourrait obtenir du contrôle de la circulation aérienne (ATC) l’autorisation d’emprunter la zone réglementée. Malgré tout, puisqu’il y était contraint par la détérioration des conditions météorologiques, le pilote a choisi de pénétrer quand même dans l’espace aérien réglementé, décision qu’il allait regretter le reste de sa vie. Il se trouvait environ à mi-chemin à l’intérieur de la zone réglementée à 4 NM de la limite supérieure lorsqu’il a subi Vers la fin de 2008, la ville de Québec a été l’hôte du Sommet des chefs d’États francophones. L’organisme fédéral responsable de la sécurité de cet événement a demandé aux Forces canadiennes de lui fournir un appui aérien. Pendant les trois jours qu’a duré cet événement, on a enregistré 22 violations de l’espace aérien. La plupart des contrevenants qui ont commis ces violations ont été poursuivis. Des pilotes de la région de Québec ont donc eu la surprise de leur vie lorsqu’ils ont été interceptés par des aéronefs militaires. Plus tôt cette année, le nouveau président des États-Unis a visité Ottawa. Pendant son court séjour d’une durée de 6 heures, un hélicoptère commercial a violé l’espace aérien réglementé qu’on avait établi pour assurer la sécurité du président américain. Ces 5 dernières années, il y a eu plus de 400 violations d’un espace aérien réglementé à l’intérieur de l’espace aérien canadien. L’erreur est humaine, c’est bien connu, mais il faut comprendre que depuis les événements du 11 septembre 2001, les règles de sécurité concernant l’espace aérien ont été considérablement resserrées et la tolérance face à l’erreur a beaucoup diminué. La présence militaire a augmenté, tout comme le nombre d’interceptions effectuées. Si les pilotes continuent d’ignorer en si grand nombre les zones réglementées, ce n’est qu’une question de temps avant qu’un très grave incident ne survienne et ne cause, peut-être, une perte de vie. C’est pourtant clair, il est interdit de pénétrer à l’intérieur d’un espace aérien réglementé à moins d’avoir demandé et reçu l’autorisation de le faire auprès de l’organisme de contrôle. Nouvelles 3/2009 Opérations de vol Son plan consistait à voler à basse altitude de manière à demeurer sous la couverture radar de l’ATC et de reprendre ensuite rapidement sa route, ni vu, ni connu. Ce raisonnement comprenait toutefois une grave lacune. Il n’avait pas songé que l’ATC pouvait avoir fait appel aux services des militaires pour assurer une meilleure identification des aéronefs à des fins de sécurité et pour faire respecter la loi, au besoin. Son aéronef a donc été repéré et un chasseur a été déployé pour l’intercepter et l’escorter hors de la zone réglementée. Un tel scénario aurait-il pu se produire dans la réalité? Malheureusement, oui. Pré-vol Pré-vol De toutes les faiblesses de l’être humain, la plus pernicieuse et sans doute la plus généralisée est celle qui lui fait dire après coup : « Si c’était à refaire, j’agirais sûrement différemment ». Malheureusement, nous ne pouvons jamais rien changer au passé. À la lettre Opérations de vol par Bob Grant, inspecteur de la sécurité de l’aviation civile, Normes et procédures de l’espace aérien, Normes, Aviation civile, Transports Canada Éditorial — Collaboration spéciale Si je demeure à basse altitude, je parviendrai sans doute à traverser cette zone sans que personne ne me remarque... 17