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DOSSIER Déléguer une partie de la sélection des documents peut se révéler utile au cas par cas, suivant les besoins et le contexte de chaque établissement. Certaines conditions ne sont pas négociables, telles que le fait de s’adresser à « un libraire fiable et compétent dans la matière », ayant une « bonne connaissance du paysage éditorial » et capable de « participer au travail de veille » pour « allége[r] celui de la bibliothèque 19 ». Le respect des délais et la qualité de la communication avec le prestataire, avec lequel la bibliothèque aura des échanges réguliers, sont primordiaux, ainsi que sa connaissance du contexte local de l’établissement. Dans cette perspective, les librairies locales © Anne Verneuil ont leur rôle à jouer (voir encadré). PLUSIEURS QUESTIONS SOULEVÉES – Délais, retours et retards. Le temps passé à la mise en œuvre et au contrôle des activités externalisées 20 n’est pas à négli- À la bibliothèque d’Amsterdam. ger. Dans des secteurs éditoriaux moins structurés que le droit – L’autonomie de la bibliothèque en débat. L’intégration ou l’économie, l’impossibilité de retourner les ouvrages peut du coût de la prestation au prix de chaque ouvrage peut, être problématique, notamment lorsque les budgets réduits ne sur le long terme, entraîner une dépendance de la biblio- souffrent pas de dépenses superflues. Être en mesure d’accep- thèque envers le fournisseur et des difficultés à recréer les ter tous les ouvrages implique la rédaction de grilles complexes missions et les compétences de sélection en interne si la et devant être révisées régulièrement ; il est donc préférable de prestation s’arrête, dans un contexte favorable à l’économie négocier un taux de retour avec le prestataire 21. de personnel. – Préserver le lien à la collection et l’expertise. • L’émergence d’un nouveau type de prestataire : les L’externalisation peut engendrer un sentiment de perte de « sociétés de services aux bibliothèques 26 ». Dans les pays contrôle du fonds ; en effet, les commandes permanentes ont anglo-saxons et d’Europe du Nord, une part variable des bud- tendance à immobiliser les budgets à l’avance 22 et à favoriser gets d’acquisitions est confiée à des sociétés de service aux l’uniformisation des collections. Par conséquent, compléter bibliothèques comme NBD/Biblion, la « force tranquille qui se ce mode d’achat par des acquisitions plus ciblées permet au cache derrière les bibliothèques 27 ». Cette société d’économie bibliothécaire de rester le garant de l’identité de la collec- mixte 28 réinvestit obligatoirement ses profits 29, et emploie des tion 23 et de conserver une « liberté de manœuvre 24 » en affi- bibliothécaires ou des lecteurs spécialisés pour la constitution nant la sélection par la recherche d’ouvrages rares, originaux de bibliographies ou de commandes sur profils. La bibliothèque ou « à valeur ajoutée » selon les besoins de la bibliothèque. d’Amsterdam confie une partie de la sélection à cette société et En outre, il semble que l’on ne puisse dissocier totalement conserve l’autre partie en interne pour s’adapter à son public. l’immersion dans la collection et l’acte de la médiation, comme le rappelle Bertrand Calenge 25. NBD/Biblion fonde son efficacité sur la mutualisation des services, qui lui permet de réduire au maximum les coûts. 19. Propos recueillis auprès de Geneviève Sonneville. 20. Notamment la vérification de la conformité des envois et de l’absence de doublons. médiation ? ». En ligne : http://bccn.wordpress.com/2010/02/25/mediationau-defi-de-la-selection-ou-selection-au-mepris-de-la-mediation/ (Consulté le 5 novembre 2010). 21. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le fait de retourner les ouvrages entraîne des retards de communication. La qualité de la sélection à l’origine est donc primordiale. 26. Le métier de bibliothécaire, Association des bibliothécaires de France ; sous la direction d’Yves Alix, Cercle de la Librairie, 2010, p. 486. 22. Valérie Tesnière, « La collection dans tous ses états », BBF, 1995, n° 3, pp. 16-20. En ligne : http://bbf.enssib.fr (consulté le 10/11/2010). 23. Par exemple, à la bibliothèque de Paris-X, 50 % des ouvrages sont acquis hors office. 24. Jean-Jacques Levive, Andrée Maldidier et Catherine Plet, op.cit. 25. Voir Carnets de notes, blogue de Bertrand Calenge, billet du jeudi 25 février 2010 intitulé « Médiation au défi de la sélection ? ou sélection au mépris de la 27. Traduction du texte du DVD de présentation de NBD/Biblion par Aline Girard et Jean-Pierre Sakoun, mai 2010. 28. 50 % appartiennent aux bibliothèques, 25 % aux éditeurs et 25 % aux libraires. 29. Merci à Aline Girard pour les précisions complémentaires qu’elle a bien voulu apporter concernant NBD/Biblion. Henk Das, le directeur de la société, a précisé qu’il s’agit d’une « organisation sans but lucratif », c’est-à-dire d’une « fondation ». (« Le soutien bibliothécaire au niveau national : NBD-Biblion », in « Les Politiques d’acquisition en bibliothèque », Les Cahiers du CLPF, n° 13, 2007). LUCIE MAILLAND 䊳 Externaliser le cœur du métier ? La sous-traitance des acquisitions en débat 55