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Crédits-Pac pour lutter
contre la crise alimentaire
Lors d’une récente audition au Parlement
européen sur les montants que l’UE pourrait
libérer pour lutter contre la crise alimentaire
dans le monde. L’idée avait été d’utiliser les
surplus budgétaires – un milliard d’euros – à
cette fin.
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Jacques Diouf, Directeur général de la FAO
En fait, on se souvient que,
début juillet, les Commissaires
Louis Michel (développement)
et Mariann Fischer Boel (agriculture) avaient suggéré d’utiliser les surplus budgétaires de
la Pac (crédits non utilisés, soit
un milliard d’euros) pour parer
à la crise alimentaire dans les
pays en développement. On
sait – et c’était un grief souvent répété en son temps par
le Ministre José Happart- que
ces surplus budgétaires de la
Pac (qui surviennent bien plus
souvent qu’on ne le croit) retournent systématiquement
dans les caisses des Etats
membres. Un petit «pactole»
auquel, dans les conditions
actuelles des Finances publiques de la plupart des pays,
ceux-ci ne sont guère disposés
à renoncer.
Un milliard pourquoi?
Une partie du milliard
d’euros devra, a-t-il été souligné au Parlement européen
«servir à acheter de la nourriture aux populations, car les
stocks de grain n’ont jamais
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été si bas. Mais la plus grande
partie ira à l’achat de semences et de fertilisants, pour
aider ces pays à développer
leur propre production alimentaire».
«Il faut aller vite et prendre des décisions même si un
milliard d’euros ne va pas résoudre la crise alimentaire», a
estimé le président de la commission «développement »
du PE .
Soutien a l’initiative
de l’UE
Malgré le soutien qu’il
a apporté à la proposition,
Jacques Diouf, Directeur général de la FAO (Organisation
des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), a
estimé qu’il est déjà trop tard
pour la campagne de plantation dans l’hémisphère sud.
«Nous aurons une deuxième
occasion en septembre-octobre dans l’hémisphère nord.
Mais il faut aller vite».
«Cette facilité est une
bonne idée, au bon moment», a estimé pour sa
Egoïsme de pays riches…
part le Directeur exécutif du
Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM)
qui a estimé la durée probable
de la crise alimentaire actuelle
à «trois ou quatre ans».
Le président de la commission parlementaire des
budgets, a pour sa part regretté que la Commission
européenne ait compliqué
la procédure avec l’adoption de cette proposition. Il a
néanmoins indiqué que l’avis
budgétaire sur cette «facilité»
serait adopté en septembre.
La commission du développement quant à elle adopter
son rapport le 7 octobre. En
plénière, une majorité qualifiée devra être réunie pour
adopter la proposition.
Respect
des engagements
«Au Conseil, les Etats
membres qui sont en faveur
de la facilité sont aussi ceux
qui consacrent le moins d’argent au développement» (en
pourcentage de PIB), a relevé une députée britannique.
Pour rappel, en 2007, l’aide
publique au développement
fournie par les Etats membres a baissé de 1,7 milliards
d’euros, selon l’OCDE…
Les parlementaires ont rappelé les Etats membres à leurs
engagements en matière de
financement des Objectifs du
millénaire, lors du Sommet
de juin 2008. Enfin, l’idée a
été émise de créer un «Fonds
européen d’aide alimentaire
mondiale «, sous forme d’une
nouvelle flexibilité «qui manque au cadre européen».
«Cette flexibilité serait dotée
avec les marges excédentaires du budget de l’UE», a
expliqué la députée.
Le budget programmé pour la Politique Agricole
Commune est rarement pleinement utilisé. Les
fonds non utilisés retournent chez les Etats
membres à due proportion. Notre compatriote,
le Commissaire Louis Michel, chargé du
développement, avait proposé que ces surplus
servent à développer l’agriculture (l’accès à
l’eau, les infrastructures agricoles, etc.) des pays
pauvres, en particulier de ceux qui viennent de
connaître des émeutes de la faim… Le moins que
l’on puisse dire est que cette initiative n’a guère
suscité l’enthousiasme des Etats membres. Vous
avez dit égoïsme ?
Interrogé le 15 juillet à
Bruxelles en marge du Conseil
agricole, M. Barnier, le ministre français de l’agriculture,
est resté prudent sur l’adoption de cette proposition par
les Vingt-sept. Selon lui, cette
initiative de Bruxelles est «
très ambitieuse, très importante, nouvelle, une mesure
exceptionnelle pour répondre
à une situation exceptionnelle
». « Nous allons l’étudier de
façon constructive, je ne peux
pas dire aujourd’hui au nom
du Conseil, parce que nous
n’en avons pas discuté tous
ensemble, quelle sera la réponse du Conseil », a-t-il encore indiqué.
Pour sa part, le ministre allemand de l’agriculture, Horst
Seehofer, a répété le scepticisme de son pays face à cette
proposition qui vise notamment à financer des engrais
et des semences dans les pays
pauvres. Faisant référence au
système européen de navigation par satellite Galileo, qui
a bénéficié de 1,6 milliard de
surplus de la PAC en 2007,
M. Seehofer a déclaré : « cela
ne doit pas devenir la règle
de dépenser des moyens de
l’agriculture pour l’espace ou
d’autres buts définis par la
Commission.
Pressions de M.
Michel
Comme « cela arrive très
souvent, les Etats membres
prennent une décision de
principe et quand il s’agit de
la mettre en oeuvre on trouve
36 000 raisons pour contourner l’engagement que l’on
a pris publiquement», a dénoncé M. Michel devant la
commission développement
du Parlement européen. «Je
ne suis pas prêt à être le complice silencieux de ces trucs-là
», a-t-il affirmé, dénonçant
les « contorsions » de certains pays pour « échapper
à leurs engagements ». Le
commissaire a appelé les
eurodéputés à faire pression
auprès des Etats membres. «
Si le Parlement nous soutient,
c’est très difficile pour les Etats
membres quels qu’ils soient
de se débiner par rapport aux
engagements qu’ils ont pris »,
a insisté M. Michel.
L’adoption de cette proposition par le Parlement et le
Conseil, selon la procédure de
codécision, doit avoir lieu en
une seule lecture. Les travaux
des commissions parlementaires et du Conseil, devront
être accélérés au maximum,
fait-on valoir le Commissaire,
pour assurer une adoption
définitive de ce projet au plus
tard en novembre.
L’ONU: investir davantage dans l’agriculture
Des marchés déréglementés ne peuvent
garantir la sécurité économique pour tous,
selon un rapport de l’ONU publié le 1er juillet
qui appelle à de nombreux changements de
politique, y compris une augmentation de
l’investissement public dans l’agriculture.
«On ne peut se fier uniquement aux mécanismes
des marchés pour apporter
un niveau satisfaisant de sécurité économique», affirme
le rapport annuel sur la situa-
tion économique et sociale du
monde, publié par l’ONU.
Selon l’étude, la pression
exercée sur les pays en développement pour qu’ils ouvrent
leurs marchés commerciaux
et financiers avant de se doter d’exploitations agricoles
productives et d’une infrastructure rurale, relevait d’une
mauvaise politique.
«Le manque de capacité
(de production) qui en découle est devenu un facteur
déstabilisant concernant un
élément essentiel de la sécurité personnelle et sociale
— la possibilité pour un pays
de nourrir ses citoyens», dit-il.
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