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Dans les relations professionnelles,
on se tutoie souvem entre collegues du
merne age et de merne niveau de qualification. La plupart du temps, on vouvoie
ses superieurs hierarchiques, ainsi que
les personnes ayant un starut subalterne. Le tutoiernent est en revanche
completerneru banalise dans certaines
professions, telles que la publicite, le
cinema, l'enseignerneru ou la recherche.
Dans la vie publique officielle, le
« vous » est de rigueur, mais it arrive de
plus en plus que, dans des debars televises par exernple, les intervenants qui se
connaissent se tutoient. La tradition
veut que l'on utilise le « tu » entre militants syndicalistes ou politiques.
de la politesse, en coupant la parole sans
scrupule pour contredire, donner son
avis ou Iinir la phrase d'un iruerlocuteur
hesitant. La contestation, la critique, les
querelles, les zizanies, font partie des
plaisirs de la conversation. On parle
beaucoup, on est capable de s'entretuer
pour defendre une idee, quitte a se
reconcilier cinq minutes apres. Quel
Francais n'a pas refait le monde dans
une soiree avec des amis et apres
quelques verres "1
l'important est que la conversation
soit «nourrie », qu'elle ne tombe pas.
Les rires, le niveau des voix qui monte,
Ie ton qui change, le rythme qui s'acceJere, sont autant de signes que l'on a du
Choisir d'uriliser le « tu» ou Ie pJaisir a etre ensemble. 5i les interlocu« Vous» est donc raremem neutre. Cela leurs manifestem une baisse d'interel et
marque un rappon d'egalite, ou au d'attemion - Ie regard devient vague ou
contraire une distance affective, sociaIe, fuyant, Ie LOnbaisse -, il [aut trouver un
ou hierarchique. II y a, dans la plupan moyen de ranimer Ie debat, de faire
des cas, reciprocite. 5i une personne que rebondir la conversation. Cest aussi
1'0n tutoie repond par Ie vouvoiement, tOUlun art que de se lancer dans des
c'esl qu'il y a une tres grande difference digresSions, des parentheses, des assod'age et/ou pour manifester des rapports ciations d'idees, sans avoir I'air de
d'aulorite, de subordination. Dans une s'ecarter du sujet!
situation de conllil ou de slress, rutoyer
quelqu'un qu'on ne connalt pas est une
II est frequent qU'une conversation
marque de mepris ou d'insulle: un poli- generale se transforme en conversacier s'adresse a un delinquant en Ie tions particulieres. On ecoute Ie debat
tutoyant, des automobilistes en colere principal, on participe a la conversation
s'injuriem en se tutoyam.
du groupe et, en meme temps, on fait
des apanes* avec son voisin. 5i I'on eSl
doue, on peut participer simultanement
L'ART DE LA CONVERSATION
a deux conversations differentes !
La regie d'or est de ne pas etre
ennuyeux dans une discussion ou un
debal. Avoir de la repartie, savoir rnamer
la plaisanterie avec legerele et decontraction, sortir quelques bons mots ...
voila ce qui channe les Fran~is! Les
discussions som souvem passionnees.
On est capable de s'empoigner a propos
de n'importe quelle brouLille*.On n'hesite pas a defier les regles elementaires
La conversation a table est un peu
particuliere. Eliedoit etre spiriluelle, mais
legere, pour laisserplace aux plaisirsde la
gastronomie. La regie d'or est d'aborder
des sujets suffisamment generaux pour
que personne ne soit gene. De quoi
parlent surtout les Franc;aisa table? De ce
qu'ils om mange en d'autres occasions...•
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LE
DICTIONNAlRE DES MOTS QUI
BLANCHISSENT LA REAUTE
orlgtnal mals convenable. Un
artiste ou un homme politique atyplque
fait preuve de personnallte mals se
garde bien de choquer.
BAVURE: bnrtallte pollclere.
BLACK: [ ••• ] terme plus jeune que Noir et
molns Insultant que Negre.
CALVAlRE:
somme de problemes, sans
jugement moral.
COMMUNIQUER:
autrefois on partalt, on
bavardait, on discutalt et on se dlsputalt. Desonnals, on communique. II n'est
pas
reellement necessalre d'avolr
quelque chose Ii dire car, dans la
communication, Ie sens est secondaire.
DEGRAISSAGE: terme de lesslve pour designer des IIcenciements motives par une
perte de profit.
IW.WCINANT: apres avoir perdu leur sens
d'orlgtne, cet adjectlf et Ie verbe dont II
provlent se contentent de marquer une
legere surprise: • Maurice t' a Invite au
restau? Non, mals j'halluclne !•
LEGENDE: des qu'iI gagne un match, un
sportif entre dans la legende. II n'y reste
pas longtemps. Un livre ou un fllm
qu'une generation apprecle devlennent
culte (. un fllm-culte.).
MAL-coMPRINANT: con. De la meme veine,
pour s'epargner des mots crus, vous
avez noll-voyant pour aveugte, ou malentendant pour sourdingue.
pAS-TOUT-Aof'AJT-cOMME-LES-AUTRU:
expression utili see l'excEls pour parter d'un
indlvidu ou d'un evenement qu'on ne
parvient pas
definir par manque de
vocabulalre. On y devine neanmoIns un
sou~on d'orlgtnalite ou une difference,
meme legere, avec la nonne. ·Ce ne
sera pas un jour tout iii fait comme les
autres sur I'hlppodrome de Longchamp. •
PERSONNE DE PETITE TAJU.E: nain. Pour
masquer la realite, las perlphrases*
temes soot les bienvenues. Un handicape moteur n'est-iJ..pasplus chic transforme en personne iii mobIllte rectulte?
IOF: misereux, clochard, vagabond sans
domicile flxe, c'est+dire avec un domicile mobile, Ie plus souvent un carton.
SURREAuSTE: cliche en vogue. AdjectH
derive de son sens premier qui quallfle
dbsormais une scene qu'on juge insolite
ou surprenante [ ... ]
ATYPIQUE:
a
a
Actue/, n° 35, novembre 1993.
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