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L’EXPRESS - L’IMPARTIAL LUNDI 19 MARS 2012 20 MONDE ALLEMAGNE Pasteur luthérien, il est l’homme le plus populaire d’outre-Rhin. Elu hier à la tête du pays, il s’impose comme une conscience morale au tournant de la réunification. Joachim Gauck, le nouveau président BERLIN PATRICK SAINT-PAUL Jamais un président de la République fédérale n’aura connu un tel triomphe électoral. Premier président allemand sans étiquette politique et premier chef de l’État issu de l’ex-RDA, Joachim Gauck, 72 ans, a les larmes aux yeux lorsque le Bundestag lui offre une standing ovation ce dimanche. Surnommé «le berger de la liberté», le pasteur luthérien, héros du soulèvement démocratique face au régime est-allemand, vient d’être élu avec un score de 80%. Immensément populaire outreRhin, Gauck incarne un espoir presque démesuré pour ses concitoyens avides de valeurs morales modernes mais solides. «Quel beau dimanche!», s’est-il exclamé, rappelant qu’il y a vingt-deux ans jour pour jour avaient eu lieu les premières et dernières élections libres de RDA, quelques mois avant la réunification allemande du 3 octobre 1990. «Je n’oublierai jamais ces élections. Jamais! Pour la première fois, à 50 ans, j’ai eu le droit de désigner librement, à bulletin secret, nos gouvernants, a-t-il raconté, visiblement ému. Vous avez élu un président qui ne peut pas penser sans l’idée de liberté.» Candidat de consensus soutenu à la fois par les conservateurs de la chancelière, ses partenaires libéraux et par l’opposition sociale-démocrate et écologiste, Gauck a été élu avec 991 voix Cela ne peut «pas devenir normal que les présidents partent prématurément.» JOACHIM GAUCK NOUVEAU PRÉSIDENT ALLEMAND Joachim Gauck, le nouveau président allemand élu, hier au côté de sa compagne Daniela Schadt. KEYSTONE sur 1 232 suffrages exprimés au sein de l’Assemblée fédérale chargée d’élire le président de la République. Sa rivale, la chasseuse de nazi Beate Klarsfeld, investie par le parti de la gauche radicale Die Linke, n’a obtenu que 126 suffrages. «De toutes mes forces et de tout mon cœur, je dis oui à la responsabilité que vous m’avez confiée», a lancé Gauck, ajoutant vouloir travailler au rapprochement entre les Allemands et leurs dirigeants… Soutenu par 80% de ses concitoyens, selon un sondage publié dimanche, il part avec une base solide. «Incarner l’Etat dans son ensemble» Soupçonné de corruption et accusé d’avoir porté atteinte à sa fonction par son comportement déplacé, son prédécesseur, Christian Wulff, avait été contraint à la démission le 17 février, après seulement vingt mois à la tête de l’État. Avant lui, Horst Köhler avait lui aussi démissionné en mai 2010. «Cela ne peut pas devenir normal que les présidents partent prématurément», estime le quotidien «Süddeutsche Zeitung», pour lequel le président doit durablement «incarner l’État dans son ensemble»… En théorie, le mandat est de cinq ans. Le poste, essentiellement honorifique, est dépourvu de pouvoirs réels. Cependant, le président allemand est censé incarner l’autorité morale: une fonction cruciale dans un pays qui reste marqué par les traumatismes des dictatures nazie et communiste. Doté d’un parcours et d’une droiture irréprochables, Gauck paraît taillé sur mesure pour le rôle. Un «professeur de démocratie» venu de l’Est Cet homme grand, posé et souriant, réputé brillant ora- teur, prévient qu’il n’est «ni Superman ni infaillible». Fille de pasteur et originaire de l’ex-Allemagne communiste comme lui, Angela Merkel avait qualifié Gauck de «professeur de démocratie», pour le rôle qu’il a joué à la fin de la RDA et lors de la réunification. Sa vie fut marquée par le totalitarisme. Gauck a 11 ans lorsque son père est déporté dans un camp de travail en Sibérie en 1951, pour «agitation antisoviétique». Il doit renoncer aux études de lettres germaniques et à son rêve de devenir journaliste parce qu’il refuse d’adhérer aux jeunesses communistes du FDJ. Il se tourne vers les études de théologie, où il peut cultiver sa distance avec le parti unique, SED. À la fin des années 1980, le pasteur luthérien est révolté par les agissements de la Stasi, la police secrète est-allemande, qui brutalise ses jeunes paroissiens. Ils sont pourchassés et harcelés parce qu’ils ont tagué des slogans critiquant le régime sur les murs de sa ville de Rostock. C’est alors que Gauck s’engage contre la direction de la RDA. Figure du Nouveau Forum pour la démocratie, il prend la tête des manifestations à Rostock. Après la chute du Mur, il préside la commission chargée de la dissolution du ministère de la Sécurité intérieure, la Stasi, dont il gérera ensuite les archives pendant dix ans. Gauck fera la lumière sur les agissements du régime estallemand et son obsession de contrôler la vie des autres. Depuis, le pasteur de Rostock ne se lasse pas de parcourir le pays, pour raconter son histoire et prêcher le «miracle de la démocratie» et son combat pour la liberté. Au départ, la chancelière ne voulait pas de cet «ovni» au château de Bellevue. Car Gauck échappe à la logique des partis, aux calculs politiciens et donc au contrôle de cette physicienne de formation. Relayant les espoirs des Allemands, la classe politique et les médias jugent qu’il possède les qualités pour aider la nouvelle Allemagne à trouver ses marques vis-à-vis du monde, en conciliant puissance assumée et sagesse. Après la longue période d’après-guerre, durant laquelle la priorité du pays fut de faire face à sa responsabilité historique, l’Allemagne entre dans une nouvelle phase. Celle de la consolidation de sa nouvelle identité. Un Allemand sur cinq est d’origine étrangère. Et le défi de la dénatalité ne cesse de faire augmenter la part d’immigrés dans la population allemande. Deux décennies après la réunification, d’importantes différences subsistent entre l’est et l’ouest du pays. Le socle de valeurs communes est appelé à évoluer pour redessiner les contours du «contrat social». Gauck doit être le catalyseur de cette évolution. Le Figaro YÉMEN Un Américain abattu par balle à Taëz Un Américain a été abattu par balle hier à Taëz, au sud-ouest de Sanaa, par des hommes circulant à moto, ont indiqué des sources de sécurité. Al-Qaïda a revendiqué ce meurtre, accusant la victime d’être un «missionnaire». Cette attaque meurtrière intervient deux jours après l’annonce du rapt d’une Suissesse. ATS-AFP INDE Deux touristes italiens pris en otages Deux touristes italiens ont été pris en otages par des rebelles maoïstes dans l’Etat d’Orissa, dans l’est de l’Inde, a annoncé la police locale hier. L’enlèvement a eu lieu mercredi ou samedi, selon les sources, dans une des régions de l’Inde où la rébellion maoïste est active depuis la fin des années 1960. ATS-AFP-REUTERS SYRIE Attentat sanglant à Alep Un attentat, le troisième en deux jours, a fait hier au moins deux morts à Alep dans le nord de la Syrie. Il est survenu à la veille de l’envoi d’experts mandatés par Kofi Annan pour négocier la mise en place d’une mission d’observation destinée à mettre fin à un an d’effusions de sang. ATS-AFP FRANCE Mélenchon défile dans les rues de Paris Des dizaines de milliers de personnes ont défilé hier à Paris derrière le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, révélation de la campagne électorale avec 11% d’intentions de votes. ATS-AFP GRÈCE Un nouveau chef pour les socialistes Evangélos Vénizélos, actuel ministre des Finances et seul candidat à la direction des socialistes grecs du Pasok, a annoncé hier soir son élection à la tête du parti. Il succède à Georges Papandréou. ATS-AFP ÉGYPTE Le chef de l’Eglise copte orthodoxe est décédé samedi des suites d’une attaque cardiaque. Les fidèles disent adieu à Chenouda III avec émotion Des dizaines de milliers de fidèles défilaient hier au Caire avec grande émotion devant la dépouille de Chenouda III. Le chef de l’Eglise copte orthodoxe est décédé samedi après quatre décennies à la tête de la plus grande communauté chrétienne du Moyen-Orient. Terrassé à 88 ans par une attaque cardiaque après de nombreux soucis de santé, Chenouda III laisse des fidèles inquiets des violences qui les visent et de la montée de l’islamisme, plus d’un an après la chute du président Hosni Moubarak. Le corps du patriarche, portant une tiare et revêtu d’habits sacerdotaux, était disposé assis sur un trône de bois sculpté dans la cathédrale Saint-Marc du Caire, siège de l’Eglise copte. C’est là que les funérailles doivent être célébrées demain. Dehors, les fidèles vêtus de noir patientaient sur plus d’un kilomètre. La télévision d’Etat a rappelé que le corps serait exposé jusqu’à mardi, dans l’espoir d’éviter un phénomène de foule encore plus important. Dans la cathédrale, beaucoup étaient en larmes. Certains prenaient une dernière photo de leur chef spirituel, tandis qu’un évêque était à genoux, la tête appuyée sur le trône. «C’est une grande perte pour l’Egypte», a déclaré le ministre du Tourisme, Mounir Fakhry Abdel Nour, un Copte proche de Chenouda.«Ilétaitsageettrèsécouté.Il va nous manquer en ces temps où nous avons besoin de sagesse et d’es- Le corps du patriarche assis sur un trône, dans la cathédrale Saint-Marc du Caire. KEYSTONE prit patriotique». «L’Egypte a perdu un de ses plus grands hommes», a déploréAl-Azhar,plushauteinstitution de l’islam sunnite. Ce décès est «une grave calamité qui afflige l’Egypte tout entière», a estimé le mufti Ali Gomaa, alors que le Parti de la liberté et la justice, issu des Frères musulmans, a salué le «grand rôle» de Chenouda III dans le pays. Conformément à ses vœux, le patriarche sera inhumé au monastère de Saint Bichoï, à Wadi Natroune (nord-ouest). Selon la presse, les évêques coptes d’Egypte et du reste du monde sont attendus au Caire pour les obsèques et les préparatifs en vue du choix du nouveau chef de cette Eglise orthodoxe. La mort du patriarche intervient dans un contexte de «profonds changements politiques et sociétaux en Egypte», a relevé le réalisateur copte Daoud Abdel Sayed, appelant à la désignation d’un successeur «capable de faire aboutir des réformes» dans cette institution. Très conservateur sur les ques- tions de dogme – il était farouchement opposé à tout assouplissement de l’interdiction du divorce chez les Coptes – Chenouda III était aussi considéré comme un ardent défenseur de sa communauté. Celle-ci représente 6 à 10% delapopulationégyptienne.Partisan du président Moubarak, puis conciliant avec le pouvoir militaire qui a suivi, il est apparu en décalage avec les Coptes ayant participé à la révolte début 2011. Mais pour de nombreux Egyptiens, il était un élément de stabilité dans un pays à l’avenir politique toujours incertain. Al’étranger,lepapeBenoîtXVIa saluéun«grandpasteur»,etleprésident américain Barack Obama un «avocat de la tolérance et du dialogue religieux». ATS-AFP