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LUNDI 19 MARS 2012 L’EXPRESS - L’IMPARTIAL RÉGION 3 «C’est vraiment un binôme, quasiment une seule personne.» Onze chiens font partie de l’unité canine. Hommes et animaux s’entraînent une fois par semaine. NEUCHÂTEL Quand l’homme et l’animal ne font qu’un au service de la justice. Une unité de police qui a du chien ROMAIN BARDET (TEXTE) DAVID MARCHON (PHOTOS) «Ce job est exceptionnel et mon chien est une vraie passion.» Cyril Fallet dirige, depuis le début de l’année, l’unité canine de la Police neuchâteloise. Des hommes qui partagent leur quotidien avec leur animal, sur le terrain comme à la ville. Une relation qui s’avère indispensable et qui se construit très tôt déjà. «On choisit nos chiens quand ce sont encore des chiots et on les forme à notre façon», explique le Neuchâtelois de 37 ans. «Dans le travail, on apprend à connaître les réactions de l’animal, mais ça marche dans les deux sens. C’est vraiment un binôme, quasiment une seule personne.» Dix conducteurs de chiens et un stagiaire constituent, actuellement, l’unité canine cantonale. Des gendarmes de formation, spécialisés pour cette discipline au sein même de l’unité. Une maîtrise de leur animal qui est d’ailleurs jugée, tous les cinq ans environ, lors du championnat suisse (lire ci-contre). «Des chiens de pure race avec un pedigree» Mais qui dit maîtres, dit aussi chiens, et pas n’importe lesquels. «Nous sélectionnons des chiens de pure race avec un pedigree, c’est-àdire issu d’un élevage reconnu», souligne Cyril Fallet. Ces bêtes, principalement des bergers allemands, sont choisies selon leur bagage génétique. Des animaux issus de lignées dites «de travail». Et chose étonnante, la discrimination liée au sexe peut également toucher le monde canin: «A l’époque, il n’y avait que des chiens mâles, mais on s’est aperçu que les femelles pouvaient aussi bien faire le travail. Elles sont moins conflictuelles, plus respectueuses et plus attentives», confie le Neuchâtelois avec un sourire non dissimulé. Onze chiens composent l’effectif de la brigade. Des molosses formés et éduqués durant deux ans et demi pour suivre les ordres et mener à bien les missions. «Nous les faisons passer de l’instinct de proie à un intérêt de vigilance pour les personnes humaines.» Tous les chiens sont polyvalents et sont habilités à effectuer des travaux de flair et de défense. Cinquante fois plus de cellules olfactives Un odorat indispensable pour rechercher des personnes dans un espace ouvert ou fermé, mais également trouver des objets. Et le meilleur ami de l’homme est plutôt avantagé au niveau de son museau, puisqu’il possède 250 millions de cellules olfactives, contre seulement cinq millions chez l’être humain. Quant à la défense, le chien constitue une présence dissuasive, lors de manifestations sportives par exemple. «Il y a eu des cas ou nous arrivions à remplacer six à sept personnes par un seul chien», note le chef de l’unité canine neuchâteloise. Egalement une sécurité supplémentaire, lors de conduite ou de transfert de détenu, ou encore à l’occasion d’une interpellation à risques. Mais en sus de ces capacités générales propres à tous les chiens policiers neuchâtelois, certains sont spécialisés en explosifs ou en recherche de stupéfiants. Pour ce faire, le chien est entraîné à récupérer un jouet qui lui est propre, et pour qu’il emmagasine toutes les drogues et explosifs connus, une odeur lui est présentée les yeux bandés. Puis, le jouet est lancé au vu et au su de l’animal. «Il assimile les deux choses, car son but est de chercher sa balle. Ce n’est que du jeu pour lui», indique Cyril Fallet, qui préfère couper court aux rumeurs: «On ne leur donne pas de drogue.» Une Nous les faisons passer «de l’instinct de proie à un intérêt de vigilance pour les personnes humaines.» CYRIL FALLET CHEF DE L’UNITÉ CANINE DE LA POLICE NEUCHÂTELOISE Dix conducteurs de chiens et un stagiaire composent l’unité canine de la Police neuchâteloise. Cette section au mordant indéniable est dirigée depuis le début de cette année par Cyril Fallet (au premier plan avec sa chienne Azote). fois l’information gravée, elle ne disparaîtra pas, tant la mémoire canine est développée. Hommes et chiens s’entraînent un jour par semaine sur le terrain, en variant les lieux et les situations. Que ce soit dans un abri antiatomique, une école, un centre commercial ou en plein air, les gestes sont reproduits et les missions répétées. De plus, les hommes suivent, chaque année, une semaine de cours aux Diablerets (VD). Une sorte de «formation continue», s’amuse à dire Cyril Fallet. Parallèlement, les conducteurs de chiens conservent leur travail de gendarme, pour «garder un pied dans la réalité judiciaire», souligne le chef de l’unité canine. Une justice qui voit la criminalité augmenter, surtout en matière de stupéfiants. «Nous sommes plus disponibles qu’avant et plus facilement engageables», indique Cyril Fallet au regard de l’augmentation flagrante du nombre d’interventions de son unité ces dernières années. Mais l’homme se réjouit de «très bons résultats ces derniers temps». Championnat suisse à Sugiez Particularité de la discipline policière, un concours au niveau suisse est organisé tous les cinq ans environ. L’occasion de se confronter à d’autres maîtres-chiens venus des quatre coins du pays. Et cette année, c’est la police cantonale fribourgeoise qui organise le championnat suisse des conducteurs de chiens de police. Quarante-six conducteurs pourront montrer l’étendue de leurs talents dans des disciplines où les chiens s’avèrent être des partenaires indispensables au travail du policier. L’événement d’ampleur nationale, organisé en collaboration avec le Club fribourgeois des propriétaires de chiens de police, se déroulera jeudi et vendredi à Sugiez, sur le site des Etablissements de Bellechasse. Cette manifestation, dont l’entrée est libre, sera également l’occasion de fêter le 100e anniversaire de ce club et l’opportunité pour le grand public de découvrir des policiers à quatre pattes. Les meilleurs conducteurs de chiens de chaque canton Pour cette compétition, les 46 participants ont été sélectionnés au plan national. Chaque canton présente ses meilleurs conducteurs de chiens pour participer à ce championnat. Les conducteurs et leur fidèle compagnon seront jugés par 14 experts provenant de toute la Suisse, désignés par la Fédération suisse des conducteurs de chiens de police (FSCCP). Les chiens seront jugés sur leurs compétences dans six disciplines. Pour la défense, par exemple, l’évaluation se fera en quatre phases, comprenant la surveillance discrète, la réaction face à un malfaiteur qui se cache ou qui prend la fuite, la découverte d’un malfaiteur caché et la découverte d’un deuxième malfaiteur tentant la fuite. Les chiens seront également notés sur des disciplines telles que l’obéissance, la quête de personnes en forêt, d’objets le long d’un chemin et de personnes dans un bâtiment, ainsi que sur le pistage. Chaque année, toutes les polices suisses possédant une unité de conducteurs de chiens organisent un concours au sein de leur propre corps. Au terme de ce concours, le classement final est transmis à la FSCCP, qui tient, elle, un classement au niveau suisse. Le nombre de conducteurs participant par canton est établi par la fédération au prorata du nombre de conducteurs de chiens au sein de son corps. Lorsqu’un corps de police souhaite organiser le championnat, il demande l’accord à la FSCCP. La délégation neuchâteloise sera représentée, cette année, par Alain Fuellemann et son chien Jarhead. RÉD