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LUNDI 19 MARS 2012 L’EXPRESS - L’IMPARTIAL
AUTOMOBILISME
KEYSTONE
Button premier
vainqueur de la saison
Le Britannique a devancé
Sebastian Vettel et Lewis
Hamilton pour remporter le
Grand Prix d’Australie. PAGE 24
SPORTS
SKI ALPIN Le Neuchâtelois a mis un terme à sa carrière avec un costume d’époque.
Didier Cuche dans l’Histoire
SCHLADMING
PASCAL DUPASQUIER
Skis en bois, souliers de cuir, pantalon
et gants de laine, veste à boutons, guêtres, sac à dos et même casquette: Didier Cuche avait soigné le détail, samedi, pour son 369e et ultime départ en
Coupe du monde. «J’y avais pensé avant
de partir de la maison, mais je n’avais pas
eu le temps de m’organiser. J’ai trouvé tout
ça dans un musée autrichien», expliquet-il, un large sourire aux lèvres.
Le désormais tout frais retraité a pris
langue avec Günter Hujara pour être le
premieràs’élancersurlesecondtracé.Le
chef de course de la FIS lui a accordé
cinq minutes pour boucler sa manche
de géant. «Je ne savais pas si ça serait suffisant. C’est pourquoi, je n’ai pas traîné.»
Didier Cuche rend hommage aux
champions d’antan: «Quand on pense
que cela fait à peine 50-60 ans qu’ils
skiaient avec ça», admire-t-il. «J’ai mis 3
minutes15pourlamanche,soitdeuxminutes de plus qu’avec du matériel moderne...»
Affairé à la maîtrise de ses skis, le Neuchâtelois n’a pas eu le temps de succomber aux émotions. «Est-ce que j’ai pleuré?
Oui, mais de douleur», plaisante-t-il.
«C’était pénible, pas pour les cuisses mais
pour les muscles du tibia.»
Sous les ovations des 15 000 spectateurs du stade d’arrivée, Didier Cuche
a, pour la dernière fois, offert au public
son fameux lancer du ski. Figure réussie,
même avec le matériel de l’époque!
«J’ai apprécié d’avoir les coaches qui viennent sur la piste et, bien sûr, l’accueil à l’arrivée. On est en Autriche et il y a autant de
bruit qu’en Suisse... Cela dit, je suis resté à
mon affaire pour réussir mon «flip» du
ski. Qui a bien marché.»
Une petite communauté
En guise d’hommage, beaucoup de
concurrents se sont risqués au geste au
terme de leur course. «On s’était tous
mis un peu d’accord», confie Didier Défago, lequel s’en est plutôt bien sorti. Le
plus habile fut cependant Beat Feuz.
Didier Cuche a assuré le spectacle une dernière fois à Schladming. KEYSTONE
«Je voulais faire quelque chose pour Didier et c’est venu spontanément», raconte
l’Emmentalois, qui fut d’ailleurs le seul
à tenter – et réussir – le «flip» à l’issue
la première manche: «J’avais essayé une
seule fois auparavant mais ça n’avait pas
été concluant: je suis tombé et mon ski a filé
tout droit», ajoute-t-il. «Aujourd’hui, j’ai
bien maîtrisé, mais je ne vais pas reprendre
le flambeau. Cette figure, c’est celle de Didier Cuche, ça lui appartient.»
Didier Cuche est désormais un retraité du ski. Quand on le lui fait remarquer, le champion tente de garder
sa contenance: «Je dois encore tester
des skis et je vais rester ici jusqu’à lundi»,
annonce-t-il. «Mais quand je partirai,
cela risque d’être le grand coup de marteau. Je vais me dire: cette fois, c’est vraiment fini...»
Le Vaudruzien marque un temps
d’arrêt, ajuste sa casquette... Sa voix se
fait plus chevrotante: «Le cirque blanc,
c’est une petite communauté et cette camaraderie entre nous va me manquer le
plus. J’aimais aussi le fait de me battre
pour essayer d’être le meilleur», reconnaît-il tout en cherchant des alternatives: «Il y a pas mal d’autres challenge
pour compenser: le golf, la planche à
voile, peut-être des expériences en voiture sur circuit. On verra...»
Ce qui lui manquera le moins? «Toutes
Beat Feuz se retrouve finalement Gros-Jean comme devant
Le scénario redouté s’est produit samedi dans le géant: 21e, Beat Feuz n’a
pas marqué de point. Brillant vainqueur, Marcel Hirscher lui ravit le
grand globe.
Les finales de Schladming ont tourné à
la Berezina. Pour la première fois depuis
2006, le ski suisse boucle sa saison sans
boule de cristal. Après les échecs de Didier Cuche et Beat Feuz pour le classement de la descente et du super-G, c’est
le globe le plus prestigieux qui, cette
fois, a échappé à une armada helvétique
visiblement à bout de souffle.
Comme redouté après son élimination dans le super-G de jeudi, Beat Feuz
a vu le sacre lui filer sous le nez... pour
25 points. Eblouissant vainqueur à l’issue d’un samedi qui a tourné à la démonstration autrichienne avec un triplé dans le géant messieurs (Hirscher,
Reichelt, Mathis) et un quasi-doublé
dans le slalom dames (Manuela Kirchgasser 1re, Marlies Schild 3e), Marcel Hirscher a réussi l’exploit que toute
l’Autriche attendait depuis Benjamin
Raich en 2006: ramener la grande
boule de cristal.
LE SACRE D’UN TALENT
A 23 ans seulement, le Salzbourgeois semble bien parti pour un long
règne sur le cirque blanc. «Des
skieurs talentueux, on en trouve un
tous les dix ans. Des skieurs comme
Hirscher, on en trouve un tous les siècles», s’enflamme d’ailleurs Bernhard
Russi devant la technique, mais également la force mentale du slalomeur
autrichien.
Didier Cuche est admiratif lui aussi: Même si le gros globe de cristal a
«Hirscher fait partie de cette nouvelle gé- finalement échu à Marcel Hirscher, Beat
nération qui commence à émerger. Feuz n’avait aucun regret KEYSTONE
Comme Pinturault ou Mathis, il prend des
angulations incroyables. Si tu essaies d’en mière manche aurait pu relancer ses acfaire autant, tu te fous par terre...»
tions hier matin. Pour devancer l’Autrichien, le skieur de Schangnau aurait dû
LE FAIR-PLAY DE FEUZ
décrocher la 10e place, atteignable avec
S’il échoue finalement d’un cheveu, un retard de 1’’94. «J’ai abandonné le slaBeat Feuz n’a pas à rougir de sa lom depuis les juniors. Je ne suis pas en
deuxième place, entérinée le samedi mesure de rivaliser avec les spécialistes»,
déjà. Le Bernois a en effet renoncé au note-t-il péremptoire.
slalom d’hier. «Si l’écart avait été de 5-6
Si le sourire est un peu forcé, le jeune
points, j’y aurais participé. Mais avec 25 homme n’avoue aucun regret: «J’ai tout
longueurs de retard, je n’avais pas la moin- donné et, finalement, ce n’est pas trop tradre chance», estime-t-il.
gique. Je suis déjà tellement content de ma
L’élimination de Hirscher en pre- saison...»
OPÉRATION À LA FIN MARS
Avec 1330 points au total contre 363
l’hiver passé, Beat Feuz a connu une
progression foudroyante: «Je ne m’attendais pas du tout à ça», admet-il. «J’ai décroché quatre victoires, 13 podiums et je
me suis battu jusqu’à l’avant-dernière
course pour le général. Peu de skieurs suisses se sont retrouvés dans cette situation
par le passé. C’est très positif.» En délicatesse avec son genou gauche depuis février, l’Emmentalois subira une petite
opération à la fin du mois. Ensuite, après
quelques jours de vacances, il sera
temps de songer à l’hiver prochain et au
périlleux défi de la confirmation. «Je sais
qu’il me sera difficile de refaire une saison
comme celle-là», acquiesce-t-il. «Mais j’ai
montré de quoi j’étais capable et je ne ressens aucune pression de ce côté-là.»
Le mot de la fin? Il appartient à Didier
Cuche, dont Beat Feuz, du haut de ses 25
ans, est désigné comme le successeur:
«S’il reste en bonne santé, Beat a de magnifiques années devant lui. Le jour où il sera
complètement en confiance et qu’il ne sera
pas embêté par le genou, il va aller très,
très vite.» PAD
ces heures d’entraînement, toutes ces heures à passer au froid dans des conditions
pas toujours très bonnes», répond-il. «Il y
a aussi la prise de risques, le fait de toujours chercher la limite sans ne jamais devoir la dépasser. Au niveau de l’adrénaline, c’est intéressant. Mais au moment où
on arrête, ce sont ces moments qu’on ne regrette pas», conclut-il. Didier Cuche
s’en va pour de bon. Il devra s’y faire.
Nous aussi. MYHRER ULTIME SURPRISE
La Coupe du monde messieurs s’est
achevée sur une surprise. En gagnant
le slalom de Schladming, le Suédois
Andre Myhrer s’est emparé du globe
de la spécialité. Ce dénouement est
totalement imprévu. Tout le monde
s’attendait en effet à un ultime duel
entre les deux meilleurs slalomeurs
de l’hiver, Ivica Kostelic et Marcel
Hirscher. Mais il n’y a même pas eu de
match. Dès la première manche, le
Croate est parti à la faute sur la quatrième porte, tandis que l’Autrichien a
enfourché à mi-parcours.
Les mésaventures de Kostelic et
Hirscher ont favorisé les desseins
d’Andre Myhrer. A 66 points de Kostelic avant ce dernier slalom, le Suédois devait terminer au minimum
2e pour rafler le globe. Une mission
remplie avec brio par le coureur de
Bergsjö, qui s’est imposé pour la
deuxième fois de la saison, la quatrième fois de sa carrière.
A 29 ans, Myhrer s’est adjugé un
globe que les Suédois attendaient
depuis 1993 et le sacre de Thomas
Fogdoe, déjà en slalom. SI