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Au
XXe
siècle, le combat abolitionniste se poursuit, bien que le réglementarisme et les
maisons closes aient disparu. De ce fait, ce “nouvel” abolitionnisme vise maintenant à
la disparition de la prostitution. Les protagonistes sont les mêmes, les catholiques et la
majorité des féministes, qui rallient la plupart des autres courants de la société civile (à
droite comme à gauche de l’échiquier politique).
L’argument féministe s’articule autour de la domination masculine, la prostitution étant
considérée comme l’un des paradigmes des violences faites aux femmes. La
réglementation de la prostitution enferme et opprime les femmes. Elle doit de ce fait être
combattue. L’argument des courants catholiques, lui, prend sa source dans la lutte
contre l’esclavage et la traite des êtres humains. La prostituée est considérée comme
une esclave (de son proxénète, des clients, voire du système dans son ensemble). De
ce fait, il faut lutter pour faire disparaître la prostitution, de la même façon que
l’esclavage a été combattu aux
XVIe
et XVIIe siècles.
Par ailleurs, l’approche de la prostitution dans les sciences humaines est essentiellement psychologique et abolitionniste ; sont recherchées les causes qui conduisent la
femme à se prostituer. C’est une forme de classification étiologique qui trouve sa source
dans les méthodes élaborées par les réglementaristes. Les causalités les plus
fréquemment évoquées sont des facteurs prédisposants (un milieu familial carencé, une
frustration affective infantile, une expérience incestueuse, une immaturité affective et
sexuelle, un milieu socio-économique peu favorisé), des facteurs attrayants (le plaisir,
l’argent, l’image mythique de la prostituée), des facteurs précipitants (l’occasion, le
milieu).
Ce type de démarche a inspiré les pratiques sociales depuis les années 1950 en
France, avec l’organisation de la lutte contre le proxénétisme et la prise en charge des
prostituées dans un dispositif psychosocial de réinsertion précisé par les ordonnances
de 1960. Ces ordonnances distinguent trois fléaux sociaux à combattre : la prostitution,
l’alcoolisme et l’homosexualité (elles ne sont toujours pas abrogées).
Mais des voix différentes se font entendre dans les milieux féministes en particulier (de
Beauvoir, [1949] 1986 ; Tabet, 1987 ; Pheterson, 2001). Paola Tabet par exemple
considère la prostitution comme une extension du mariage, dans un continuum de
domination des hommes sur les femmes, et critique la position féministe traditionnelle,
qui fait de la prostituée un bouc émissaire. Gail Pheterson reprend aussi le concept de
continuum d’échanges sexuels économiques entre femmes mariées et prostituées. Un
de ses apports fondamentaux réside dans l’analyse de l’opération de ce qu’elle nomme
le “stigmate de pute”. Ce stigmate devient une des clefs de la logique politique qui
subordonne les femmes aux hommes ; elle explore ainsi les voies par lesquelles ce
stigmate contrôle toutes les femmes (Pheterson, 2001).