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On apprend ensuite que : « Le dispositif s’inscrit d’une part dans l’effondrement des institutions tutélaires telles que la famille, l’état, l’église, l’armée, les syndicats, et d’autre part dans l’injonction faite à l’individu pour qu’il devienne lui-même, en dehors de ces institutions et de ces constructions collectives, ce qui ne s’est jamais produit dans l’histoire. Dans une société en mal de repères symboliques, l’entreprise occupe souvent le terrain du sens et des valeurs. Il n’est donc pas étonnant que le coaching s’y développe de façon très significative » (www.sfcoach.org). La contradiction révélée dans ces écrits publics porte ici sur une entreprise ayant pour finalité le profit et une entreprise vue comme une institution productrice de sens. L’ambivalence dans ces définitions du coaching réside dans l’hypothèse que le développement de la personne promis dans ce type de démarche requiert une autonomie et une liberté, qui serait compatible avec l’objectif de performance économique, de l’obtention des résultats. Discours publics sur le coaching On peut mettre en valeur dans les écrits publics des consultants la théorie du « gagnantgagnant », comme double finalité légitimée du coaching. Ainsi, Alain Kerjean, promoteur des formations out door,315 la présente ainsi : « La construction d’une personne ne se termine pas à l’adolescence ou à la porte de l’entreprise. L’organisation est le lieu où s’inscrit et se poursuit sa quête d’identité et sa recherche d’unité. Ce n’est pas du paternalisme, mais la mise en œuvre d’une relation gagnant-gagnant. L’employé perçoit les objectifs de l’organisation comme un moyen d’atteindre ses propres objectifs et de réaliser ses idéaux personnels » (Kerjean, 2000). Les consultants promoteurs des séminaires out door dans les années 80, comme Edouard Stake ou Bob Aubrey se sont reconvertis dans le coaching aujourd’hui. Cette théorie du « gagnant-gagnant » est évoquée par certains des consultants-coaches interrogés : « Le coaching, c’est aider un dirigeant, un cadre, n’importe qui à bien comprendre l’environnement dans lequel il est, qu’il soit économique, qu’il soit structurel, culturel, bien comprendre son propre système à lui : quelles sont ses valeurs, ses motivations, appétences, qu’est ce qui est important pour lui et comment il peut trouver un équilibre dans tout çà. Et on a la conviction, nous, que si les entreprises arrivent à bien gérer ça, que non seulement les gens seront mieux, mais en plus on est convaincu de ça, l’économique ira mieux aussi » (entretien consultante-coach). Le terme de conviction signifie que cette théorie du « gagnantgagnant » relèverait plus d’un postulat que d’un vécu possible des managers ou salariés. Qu’en est-il ? Derrière cette approche consensuelle, on découvre un modèle de manager décrit dans l’analyse de Luc Boltanski et Eve Chiapello (1999) tirée des écrits du néo-management : ainsi, la Cité316 par projet s’organise autour de nouvelles valeurs susceptibles de mobiliser les salariés dans le capitalisme actuel ; le manager de cette cité est l’homme connexionniste (l’homme des réseaux), dont l’activité essentielle consiste à « s’insérer dans des réseaux et à les explorer, à s’engager et à se retirer d’une succession de projets, qui est capable d’établir des liens dont la qualité dépend de la distance qu’il a permis de franchir et de l’extension qu’il est susceptible de provoquer ». Les auteurs montrent que la légitimité de cet « impulseur de sens, de vie, d’autonomie » porte essentiellement sur ses qualités exceptionnelles, et non plus 315 Stages d’aventure en plein air où le manager est invité à dépasser ses limites pour mieux prendre des risques et s’engager plus efficacement dans des projets d’entreprise ensuite 316 Chacune des cités se définit par un ensemble de principes de justification permettant aux membres de cette cité de passer des accords et des compromis, dans un même Monde : il existe ainsi six cités antérieures à la Cité par projet : la Cité domestique, la Cité industrielle, la Cité inspirée, la Cité civique, la Cité marchande 222