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— Votre adresse ? demande-t-il, sans lever les yeux du carnet. — 55, Quatre-vingt-unième Rue Ouest. L'American Garden Building. — Chouette. (Il lève les yeux, impressionné.) Très chouette. — Merci. Je souris, flatté. — Est-ce que Tom Cruise n'habite pas là-bas ? demande-t-il. — Ouais. Soudain je serre les paupières, malgré moi, me pince le haut du nez. — Excusez-moi, mais ça ne va pas? l'entends-je dire. J'ouvre de nouveau les yeux, larmoyant. « Pourquoi me demandez-vous cela ? » — Vous paraissez... nerveux. J'ouvre un tiroir de mon bureau et en sors un tube d'aspirine. — Un Nuprin ? Kimball regarde le tube d'un air étrange, puis lève les yeux vers moi, avant de secouer la tête. « Euh non merci. » Il a tiré de sa poche un paquet de Marlboro, qu'il pose machinalement sur le bureau, à côté de la bouteille de San Pellegrino, tout en examinant quelque chose dans son carnet. — Mauvaise habitude, dis-je. Il lève les yeux et, remarquant mon air désapprobateur, m'adresse un sourire penaud. «Je sais. Je suis navré. » Je regarde fixement le paquet de cigarettes. — Est-ce que... vous préféreriez peut-être que je ne fume pas ? demande-t-il, hésitant. Je continue de fixer le paquet, pesant le pour et le contre. « Non... Je pense que ça ira. » — Vous êtes sûr ? — Aucun problème. Je sonne Jean. — Oui, Patrick ? — Apportez-nous un cendrier, pour Mr. Kimball. 358 Deux secondes plus tard, le cendrier est là. — Que pouvez-vous me dire sur Paul Owen? demande-t-il enfin, quand Jean est sortie, après avoir posé un cendrier en cristal de chez Fortunoff sur le bureau, à côté de la bouteille de San Pellegrino, intacte. — Eh bien... Je tousse, avale deux Nuprin. « Je ne le connaissais pas si bien. » — Mais jusqu'à quel point le connaissiez-vous ? — Je... Je ne sais vraiment pas quoi vous dire, faisje (ce qui contient une bonne part de vérité). Il faisait partie de tout ce... ce milieu de Yale, vous voyez. — De Yale ? dit-il, ne comprenant pas. Je reste silencieux, ne sachant pas moi-même ce que je veux dire. « Ouais... tout ce truc de Yale. » — Que voulez-vous dire par... le truc de Yale ? Il est intrigué, à présent. Nouveau silence. Qu'est-ce que je veux dire, en effet ? « Eh bien, déjà, je pense qu'il avait probablement des tendances homosexuelles inavouées. (Je n'en sais rien, mais cela m'étonnerait, vu son goût en matière de nanas.) Il prenait beaucoup de cocaïne... » Je m'interromps, puis conclus d'une voix mal assurée : « Enfin—le truc de Yale, quoi. » Je suis certain que ça sonne bizarrement, mais il n'y a aucune autre manière d'exprimer cela. Le silence est tombé sur le bureau. Soudain, la pièce paraît étriquée, étouffante. Malgré l'air conditionné réglé à fond, on a l'impression de respirer un air artificiel, recyclé. — Bien... Kimball contemple son carnet, d'un air impuissant. «Vous ne pouvez rien me dire sur Paul Owen ? » — Mon Dieu... fais-je en soupirant. Il menait une vie très rangée, je crois. Il... Il se nourrissait de façon équilibrée, dis-je, à court d'inspiration. Je sens de la frustration chez Kimball. « Quel genre d'homme était-ce ? demande-t-il. Mis à part... (Il hésite, 359