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m’impatiente. Anita hausse les épaules et pose le magazine qu’elle bouquinait quand je suis arrivée après le déjeuner. — Depuis quand tu achètes des revues de tatouages ? je lui demande suspicieusement en l’examinant. Elle soupire et me lance son regard « aide-moi, je suis perdue ». Je comprends aussitôt que je dois laisser mes petits problèmes de côté pour l’écouter. — Je n’arrive pas à me le sortir de la tête, m’avoue-t-elle. — Je me doute… Tu as pensé à retourner le voir ? — Justement, je me disais que je me ferais bien un autre tatouage, celui que j’ai a bien cicatrisé et… — Je t’arrête tout de suite. Tu ne vas pas te faire tatouer à chaque fois que tu auras envie de le voir ! Tu n’as pas besoin d’excuses. Tu y vas, tu lui demandes s’il a envie de sortir, et bam ! Elle sursaute quand je tape dans les mains. J’ai envie de l’aider à faire bouger les choses. J’ai besoin d’une occupation, quelque chose qui m’aide à penser à tout sauf à Damien. Et à la vie sociale qu’il avait. Le poids de la culpabilité ajouté à celui du chagrin, je ne pense pas être assez forte pour supporter ça. Non seulement je vais y laisser ma santé mentale mais aussi ma santé tout court. Je ne dors plus du tout. Alors j’écoute de la musique et je grappille quelques heures de sommeil à droite, à gauche. Pour le moment, ça suffit, mais jusqu’à quand ? M’occuper de la vie amoureuse d’Ana est un parfait moyen de me distraire. Je la laisse me répondre que jamais elle n’osera, mais je sais déjà ce qu’il me reste à faire. *** Je descends de la moto et la pousse sur les quelques mètres qui me séparent du garage. Je la mets sur béquille et enlève mon casque avant de secouer mes cheveux pour leur faire prendre un peu de volume. La Yamaha de la dernière fois est garée juste là, elle aussi. Je l’admire quelques instants et me décide à aller dire bonjour à Jonas. Je ne suis pas venue depuis deux semaines et je me sens coupable. J’ai réalisé que je n’avais pas besoin d’une excuse, comme Anita avec son tatouage, si je voulais venir lui rendre visite. J’entre et me sens bizarrement apaisée par l’odeur de cambouis. Qui l’eut cru ? — Que me vaut l’honneur de la présence d’une si belle jeune fille ? Je souris en le voyant arriver vers moi, les mains noires de graisse de moteur et les lèvres étirées en un beau sourire qui m’est destiné. J’ai l’impression de retrouver un vieil ami alors que je le connais depuis si peu de temps. Je tape avec mon poing le coude qu’il me tend. Si on m’avait dit un jour que je ferais ce genre de geste tellement masculin (et ridicule, disons-le). — Je suis désolée de ne pas être passée avant… Mon nouveau travail, tout ça… je bredouille. — Tu n’as pas à te justifier. Comment tu vas ? — Pas génial, mais vous savez, on se lève chaque matin et on fait ce qu’il y a à faire. — Oui, je sais. N’oublie pas que tu peux passer quand tu veux. — Merci, ça me touche. C’est tellement simple de m’ouvrir avec lui et de dire ce que je pense… C’est probablement la