Download Mode d'emploi

Transcript
— Il ne m’achètera pas avec un CD !
— Bon, fais comme tu le sens, se résigne-t-il. Allez, je vais bosser.
— Ouais, va gagner de quoi remplacer ma porte ! je lui rappelle alors qu’il ramasse son sac.
— C’est mignon, non ? me dit Anita une fois que nous sommes seules.
— Traîtresse !
— Avoue que tu trouves ça craquant, le coup du CD… C’est un peu un cadeau vintage, qu’il te fait
là… Et avoir choisi une chanson et tout… Ça fait petit garçon qui a enregistré une compilation à sa
copine…
Nous soupirons toutes les deux. C’est le genre de truc qui arrivait aux autres, mais à nous, jamais.
Soit on est toujours tombées sur les trous du cul de service, soit on n’a juste pas eu de bol. Mais je
n’ai jamais reçu de compilation à écouter en boucle dans mon lit le soir… Enfin, de la part de Joss
oui, mais ça ne compte pas…
D’accord, c’est mignon mais merde ! Il s’envoie en l’air pratiquement sous mon nez, alors qu’on
était en train de se rapprocher, et il croit vraiment pouvoir faire son mea culpa comme ça ? Non, je
suis désolée mais je ne suis pas une nana aussi facile à récupérer. Il va falloir qu’il soit plus tenace
que ça et plus repentant aussi…
VALENTIN
— Mais quel con !
Je ne peux pas contredire Paul, il a complètement raison. Il pose les deux mains à plat sur le
comptoir :
— Si je ne te connaissais pas, je dirais que cette nana te mène par le bout de la queue…
— Si seulement… je marmonne.
Parce que j’aimerais vraiment que ce soit le cas mais je m’interdis de la voir comme une potentielle
conquête supplémentaire. Je me sens aussi compliqué qu’une gonzesse. Le carillon nous coupe dans
notre discussion et je lâche un « putain de merde » quand je vois Angie s’avancer, fière, la tête haute
et… souriante. Je crois que je devrais m’inquiéter là, non ?
— Pierre… dit-elle en souriant de plus belle.
— Heu… Paul, la corrige-t-il, mal à l’aise. Je dois y aller, on se voit ce soir, V, me lance-t-il avant
de s’échapper et de me laisser seul face à elle.
Je le sens mal. Très mal.
— J’ai eu ton CD, dit-elle simplement.
Je ne réponds rien, ma technique du silence a payé la dernière fois alors, on ne sait jamais, si ça
peut sauver mon cul de cette situation…
— Seulement voilà, V, je ne suis pas l’une de tes petites traînées que tu peux mettre dans ton lit en
claquant des doigts. C’est peut-être l’impression que je t’ai donnée, mais tu as tout intérêt à
considérer que c’est de l’histoire ancienne. Tu sais tout autant que moi que tu prends mon frère
comme excuse parce que tu as peur de te lancer dans une relation. Et n’essaie pas de nier !
Je lève les mains en signe de reddition parce que je la sens vraiment tendue et je ne voudrais pas la
contrarier encore plus.
— Maintenant, les choses sérieuses commencent. Tu vas devoir gagner ma confiance ; et ce n’est
pas en sautant la première poule en chaleur qui passe que tu vas y arriver ! Après, ça dépend de toi.